L’Europe hésite à maintenir son aide au développement en Ouganda

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La question du maintien de l’aide au développement se pose parmi plusieurs pays européens et à Bruxelles, après que l'Ouganda a renforcé sa législation réprimant durement l'homosexualité. 

L’aide au développement de plusieurs pays européens à l’Ouganda est sur la sellette. Le pays africain vient d’adopter une loi musclant considérablement la répression des homosexuels, faisant fi des nombreux avertissements internationaux.

Le 24 février, le président Yoweri Museveni a paraphé le texte qui prévoit un durcissement des sanctions contre les homosexuels. La législation prévoit entre autres un délit « d’homosexualité aggravée » passible d’une peine de prison à perpétuité. Ce délit vise en particulier les homosexuels « récidivistes » ou porteurs du VIH. La nouvelle législation rend également obligatoire la dénonciation des homosexuels.

La loi antigay a immédiatement soulevé l’indignation de nombreux pays et remet en cause le soutien des plusieurs bailleurs de fonds internationaux.

Réactions immédiates

Dès l’annonce du président ougandais, le secrétaire d'État américain John Kerry a déclaré que les États-Unis allaient réexaminer leurs relations avec l'Ouganda, notamment leurs programmes d'assistance. Une mesure de rétorsion qui pourrait s’avérer efficace, puisque Washington est l'un des principaux donateurs internationaux à Kampala. « Les États-Unis ont fourni plus de 485 millions de dollars d'assistance bilatérale pour l'année budgétaire 2014 », a précisé à l’AFP la porte-parole du département d'État, Jennifer Psaki.

Parmi les pays européens, plusieurs ont d’ores et déjà suspendu leur programme d’aide à l’ancienne colonie britannique, parmi lesquels la Norvège et le Danemark.

Les Pays-Bas ont quant à eux gelé le versement de 7 millions d'euros annuels au système judiciaire ougandais, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Le pays a pour l’heure maintenu son aide aux projets sociaux, qui représente environ 16 millions d'euros par an, afin de ne pas pénaliser les citoyens ougandais.

Si la question du gel des crédits de l’aide financière internationale s’est posée parmi l’ensemble des bailleurs de fonds, la décision n’est pas simple à prendre pour les gouvernements des pays donateurs.

Un pays sous assistance internationale

En effet, cette ancienne colonie britannique, qui fait partie des pays les moins avancés, dépend fortement de l’aide internationale. Avec 2,3 milliards d’euros d’aide publique au développement annuelle, l’Ouganda est l’un des pays les plus aidés d’Afrique.

« La France n’est pas forcément en faveur de la suspension temporaire de l’aide, car cela pénalise généralement directement les populations » explique un conseiller auprès du ministre chargé du Développement.

En comparaison avec les Pays-Bas, la Norvège ou le Danemark, la France est un bailleur de fonds modeste en Ouganda, où son aide bilatérale s’élève à moins d’un million d’euros.

Au niveau européen, la question du maintien de l’aide a été mise sur la table par les Pays-Bas. Les concertations sont actuellement en cours entre les différentes représentations diplomatiques des États membres et les États membres doivent adopter une déclaration commune dans les jours à venir pour condamner politiquement la loi réprimant l’homosexualité. 

Difficulté des sanctions

Pour l’heure, l’Union européenne ne « pense pas prendre de sanctions à l’encontre de l’Ouganda en suspendant son aide au pays », souligne un diplomate européen. Car si certain États membres poussent à la prise de sanctions, d’autres espèrent encore faire reculer le président ougandais, et comptent sur le sommet UE-Afrique des 2 et 3 avril prochains pour débloquer la situation.

D’autant que l’Union européenne est un bailleur de fonds important pour l’Ouganda, auquel il consacre plus de 460  millions d’euros via ses différents programmes d’aide tels que le fonds européen de développement (FED).

« L’Union européenne a déjà suspendu son aide à certains gouvernements en cas de violation de droits de l’homme par exemple », explique un diplomate à Bruxelles. Mais l’aide à destination de projets sociaux qui profite directement aux populations est toujours maintenue ».

Du côté des ONG, la prise de sanctions est généralement jugée peu constructive. L'organisation Oxfam a rappelé qu'elle soutenait des programmes d’aide « dans de nombreux pays en Afrique, dont 30 ont des lois discriminatoires envers la communauté homosexuelle ».  

« Notre travail consiste à plaider pour un changement de ces lois » poursuit l'organisation, précisant qu'elle poursuivra ses actions en Ouganda. 

L’Ouganda a adopté le 24 février une législation renforçant fortement la répression de l’homosexualité. Les dispositions les plus controversées de la loi,  qui prévoyaient notamment la peine de mort dans certains cas d’homosexualité « aggravée »  ont été abandonnées. Cette loi a suscité de critiques virulentes de la part des partenaires occidentaux de l'Ouganda, qui participent largement au financement de ce pays via l’aide financière internationale.

  • 2 et 3 avril 2014: Sommet UE-Afrique à Bruxelles

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