L’Indonésie affronte les pandémies malgré la suppression des aides de l’UE

Poor people

Les patients atteints de tuberculose font la queue pour leur traitement devant l'hôpital Persahabatan en Indonésie. [Henriette Jacobsen]

L’UE a supprimé en 2014 ses aides au pays en matière de santé. Le Fonds mondial pour la santé, le GAVI et des programmes locaux ont pris le relais. Un reportage d’EURACTIV à Jakarta.

Depuis début 2014, l’UE a interrompu le soutien qu’elle apportait à l’Indonésie en matière de politique de santé. Un choix étonnant étant donné la situation sanitaire du pays, où les cas de tuberculose et de SIDA sont légion, mais lié à un arbitrage politique plus général. Les aides de l’UE aux pays à revenu moyen se concentrent désormais sur d’autres secteurs comme l’éducation et les droits de l’homme.

>> Lire : « Temps difficiles » dans la lutte mondiale contre les maladies infectieuses

Franck Viault, en charge de la coopération à la délégation de l’UE à Jakarta, explique que l’aide au développement pour l’Indonésie a « drastiquement changé » depuis janvier 2014, mais « l’UE a toujours  d’énormes programmes  en Indonésie, dans les domaines de l’éducation et de la gouvernance et un nouveau programme dans le secteur de la justice, comprenant la gestion des finances publiques et la lutte contre la corruption ».

Le secteur de la santé en Indonésie avait reçu une attention considérable de la part des agences d’aide internationale depuis les années 1980. Les programmes de vaccination des enfants ont notamment été couronnés de succès.

Franck Viault reconnait que l’UE s’est retiré des programmes de santé alors que SIDA demeure un problème majeur, surtout dans l’est du pays.

« Là-bas, même avec l’aide du Fonds mondial, les programmes ne progresseront pas si le système de santé n’est pas renforcé », estime Franck Viault. Le Fonds mondial  est précisément destiné à lutter contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme ; il reçoit des fonds de l’UE.

Persahabatan Hospital in Jakarta.

La lutte contre la tuberculose

À l’hôpital Persahabatan, le principal centre de santé à l’est de Jakarta, le Dr Elina Burhan s’inquiète du nombre croissant de cas de tuberculose dans la capitale.

Les données sont frappantes : en une année, de décembre 2013 à décembre 2014, l’hôpital a découvert 2 900 nouveaux cas de tuberculose, 680 patients ont été inscrits à la clinique pour recevoir un traitement et 400 patients sont décédés. Chaque jour, l’hôpital Persahabatan soigne 300 patients, qu’ils soient nouveaux ou pas. Il s’agit du plus grand centre respiratoire du pays et du seul hôpital de Jakarta équipé pour traiter la tuberculose pharmaco-résistante.

Mais la maladie infectieuse, qui attaque généralement les poumons, est difficile à combattre puisqu’elle se déplace dans l’air et se transmet souvent entre des personnes vivant dans des conditions difficiles. Pour renverser cette tendance à la hausse de la maladie, l’Indonésie a introduit un nouveau système d’assurance maladie, qui compte parmi les moins chers et les plus importants du monde.

Plus de 130 millions de personnes ont rejoint le programme qui inclut notamment l’accès gratuit aux traitements pour les patients atteints de tuberculose. Cela représente plus de la moitié de la population en Indonésie, où vivent 252 millions de personnes.

Les patients ont envahi les hôpitaux publics et la qualité des soins est irrégulière. Pour les patients atteints de la tuberculose, un traitement gratuit est souvent insuffisant. La maladie requiert un contrôle continu et un traitement strict au quotidien pendant deux ans.

« Nous proposons des services de soin situés à proximité des maisons des patients pour qu’ils n’aient pas à se déplacer trop loin chaque jour pour obtenir leur traitement », nous explique Elina Burhan.

Pour des patients comme Wistono, ce n’est pas encore suffisant. Ce chauffeur recevait un traitement près de la mosquée de Chilanta.  Alors qu’il avait été soigné en 2013, on lui a encore une fois diagnostiqué la tuberculose. Cette fois, la clinique locale lui a conseillé de se rendre à l’hôpital Persahabatan pour recevoir un traitement plus lourd. Mais cela, Wistono ne peut pas se le permettre financièrement. Ces allées et venues quotidiennes, pendant un mois, lui couteraient 100 000 roupies . Wistono n’en gagne que 30 000 par mois.

>> Lire : La lutte contre la tuberculose achoppe sur le coût des traitements

Dr Erlina Burhan speaks to Wistono, a driver and tuberculosis patient at the Persahabatan Hospital in Jakarta, Indonesia.

Nafsiah Mboi, présidente du Fonds mondial et ancienne ministre de la santé en Indonésie (2012-2014) est un des architectes du système d’assurance maladie du pays. Elle admet que le programme est ambitieux difficile à mettre en place, mais espère qu’il sera opérationnel d’ici 2019, date à laquelle il devrait couvrir la totalité de la population indonésienne.

« Le principe, hormis la solidarité, est d’aider les gens à sortir de la pauvreté» a rappelé Nafsiah Mboi à EURACTIV. « Personne ne devrait se trouver face à des risques financiers. Notre responsabilité est d’assurer aux citoyens un accès égal au système de santé », a-t-elle déclaré.

« C’est un programme complet car il inclut la prévention, la promotion de la santé, les traitements et la rééducation. Maintenant, comment être sûr que nous couvrons les pauvres ? Nous savions que 11 % de la population est pauvre, soit 28 millions de personnes, mais il y a aussi ceux qui se trouvent proches du seuil de pauvreté. Ces personnes ne sont pas encore pauvres mais le deviendront si elles tombent malades. Nous avons donc décidé de couvrir 86 millions de personnes. Leurs frais médicaux seront payés par le gouvernement. C’est ça la solidarité », a affirmé l’ancienne ministre lors d’une interview.

« Le travail n’est pas encore terminé. Mais nous ne pouvons pas reculer. Nous gagnerons cette bataille. Nous sommes encore au stade d’apprentissage et je sais que tout ne fonctionne pas encore parfaitement, mais grâce à la surveillance et à la souplesse des équipes, je peux constater des progrès évidents », a déclaré Nafsiah Mboi.

Les bénévoles et les communautés locales agissent

Pour tenir ses promesses faites aux plus démunis en Indonésie, le nouveau système de santé public dépend largement de l’action des bénévoles. Ces volontaires, qui viennent généralement d’organisations religieuses, recherchent des cas de tuberculose dans la communauté afin de s’assurer qu’ils terminent leur traitement. L’une de ces bénévoles, Mae Munah, originaire de l’est de Jakarta, travaille comme volontaire depuis plus de deux ans. Elle rend visite aux habitants vivants dans des zones où l’on recense de nombreux cas de tuberculose.

Koja, un autre bénévole du nord de Jakarta, a confié à EURACTIV que rechercher des personnes atteintes de la tuberculose pouvait s’avérer être une activité sociale qu’elle pratiquerait avec d’autres amis volontaires. Se rendre chez des gens malades peut toutefois être intimidant. Parfois, elle n’est pas invitée à franchir le seuil de la porte car les tuberculeux en Indonésie sont souvent stigmatisés et beaucoup ont peur de perdre leur emploi si leur test de dépistage de la tuberculose se révèle positif. Koja met également en danger sa propre santé quand elle rencontre des personnes malades qui ne portent pas de masques. Dans ce cas, sans formation particulière, il est difficile pour elle de faire son travail correctement et de faire la différence.

One patient is carried to the Persahabatan Hospital in Jakarta by his friends to get tuberculosis treatment as he is too week to stand or sit.

Hormis les bénévoles faisant le travail des infirmières et d’autres professionnels de la santé, l’Indonésie compte aussi sur les vaccins et les médicaments de BioFarma, une institution publique depuis plus de 100 ans, pour maintenir la santé de la population.

BioPharma, située sur Java, l’île principale de l’Indonésie, produit tous les vaccins du calendrier de vaccination habituel du pays et les distribue dans toute l’Indonésie avec l’aide de GAVI, l’Alliance du Vaccin.

>> Lire : Le sommet du vaccin récolte 6,6 milliards d’euros à Berlin

Grâce à la recherche et l’innovation de BioPharma, le ministre de la santé de l’Indonésie a pu introduire un nouveau vaccin dans le programme de vaccination 2013 pour les enfants âgés d’un an. Une seule injection les protège désormais de cinq maladies infectieuses, qui sont la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l’hépatite B (HB) et l’Haemophilus influenzae de type B (HIB).

Biopharma peut facilement distribuer les vaccins nécessaires sur l’île de Java, toutefois, les distribuer dans les 6000 îles de l’Indonésie  est un véritable défi. C’est pourtant indispensable puisque les personnes les plus démunies et les taux élevés de certaines maladies se trouvent à l’est, sur les îles les plus reculées. Les vaccins devant être conservés à une température particulière, la géographie du pays et ses infrastructures rendent la distribution difficile et l’option privilégiée est l’hélicoptère.

Si les experts de BioPharma affirment que moins de 2 % des vaccins arrivent en mauvais état ou cassés, leur transport et distribution représente un coût supplémentaire au système de santé fragile mais néanmoins ambitieux du pays.

L'Indonésie, économie émergente, prend une place de plus en plus prépondérante sur la scène internationale. Le pays reçoit toujours des aides internationales pour établir des services de santé de base, comme la vaccination des enfants.

Dans un pays composé de plus de 6 000 îles habitées, il est difficile d'améliorer l'accès aux services de santé, qu'il s'agisse de vaccination ou de traitements contre la tuberculose ou le sida.

  • 2015: Année européenne pour le développement

Subscribe to our newsletters

Subscribe