L’Indonésie prend le relais de l’aide internationale sur les campagnes de vaccination

Ebulili, la sage-femme, vaccine Vani, 19 ans et enceinte de son premier enfant, contre la tuberculose dans le village de Cihampelas, Bandung occidental, Indonésie. [Henriette Jacobsen/Flick]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Combattre la maladie dans les pays en développement.

L’Indonésie a décidé d’élaborer elle-même ses vaccins contre les maladies infectieuses, en prévision de la fin imminente des fonds de développement européens et étrangers alloués au système de santé du pays. Une enquête EURACTIV en Indonésie.

L’Indonésie a investi dans le développement de vaccins via l’entreprise pharmaceutique d’État, Bio Farma afin faire face aux nombreuses maladies infectieuses qui se multiplient dans ce pays d’Asie du Sud-Est.

?Le système de santé indonésien a bénéficié d’une aide au développement européenne des années 1980 à janvier 2014. Depuis, l’Indonésie a assuré seule les soins de santé de plus de 200 millions de personnes réparties sur plus de 6 000 îles et nombre de zones rurales.

Environ 28 millions d’Indonésiens vivent sous le seuil de pauvreté, et 80 millions se situent juste à la limite, mais pourraient facilement basculer dans la pauvreté s’ils tombaient malades. Les maladies évitables et curables font encore des ravages dans le pays. On estime ainsi que 50 000 enfants de moins de cinq ans meurent chaque année de pneumonie et de diarrhée. L’Indonésie a aussi l’un des taux de tuberculose les plus élevés au monde.

Rôle central de l’UE

L’UE a joué un rôle important dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme dans le pays, en soutenant le gouvernement et ses partenaires de la société civile.

L’Indonésie a reçu plus de 571 millions d’euros du Fonds mondial depuis 2003. Ces dix dernières années, la Commission a également promis plus de 83 millions d’euros à GAVI, l’Alliance du vaccin, qui aide l’Indonésie.

>> Lire : Le sommet du vaccin récolte 6,6 milliards d’euros à Berlin

Dans un an, les dons de GAVI à l’Indonésie, qui permette de financer les campagnes de vaccinations, prendront fin. L’Indonésie compte donc sur Bio Farma, une entreprise d’État créée il y a 120 ans, pour reprendre le flambeau. Cette entreprise pharmaceutique de 1 300 employés est située dans la région du Bandung occidental, à 100 kilomètres de Jakarta, la capitale.

Elle produit tous les vaccins des campagnes de vaccination régulières du pays et a développé le vaccin pentavalent, qui protège de la diphtérie, du tétanos, de la coqueluche, de l’hépatite B et le l’Hib (qui cause méningites et pneumonies chez les enfants), le tout en une seule injection.

La réduction du nombre d’injections à administrer a permis de limiter le nombre de déplacements vers des centres de santé pour les Indonésiens. Ce vaccin est le résultat d’années de recherche et est à présent utilisé dans tout le pays.

Rahman Rustan, secrétaire général de Bio Farma, a expliqué à EURACTIV que de nombreuses maladies « dynamiques » affectent l’importante population indonésienne.

« Nous devons pouvoir anticiper les maladies du futur. Nous ne devons pas seulement nous concentrer sur la production, mais également sur la recherche pour déterminer de quoi nous aurons besoin à l’avenir. »

Bio Farma, un succès

40 % des vaccins produits par Bio Farma sont administrés dans le pays. Le reste est livré à l’UNICEF et l’Organisation mondiale de la Santé, entre autres. Les produits de l’entreprise pharmaceutique ont été exportés vers plus de 133 pays.

« En tant qu’entreprise d’État, l’obligation principale de Bio Farma est de répondre aux besoins du gouvernement, définis dans le programme de vaccination national », explique Rahman Rustan. « C’est notre priorité. »

« Quand Bio Farma produit trop, il nous incombe de distribuer les vaccins à d’autres pays, surtout à des pays qui n’ont pas de capacité de production des vaccins », ajoute-t-il.

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La vaccination est l’une des priorités absolues du ministère de la Santé. Les investissements dans les vaccins ont d’ailleurs été très rentables depuis le lancement du programme national, en 1997.

La polio a par exemple été éradiquée dans le pays depuis 2006. En 2012, l’Organisation mondiale de la santé et Unicef estimaient que 81 % des enfants indonésiens étaient complètement vaccinés. En raison de son importante population, l’Indonésie reste toutefois le troisième pays du monde en termes d’enfants non vaccinés.

Les situations sont cependant très différentes d’une région à l’autre. Dans les provinces de Papouasie et de Papouasie occidentale, par exemple, seuls 40 % des enfants sont vaccinés.

Les vaccins sont administrés dans des centres de santés, des cliniques et des hôpitaux. Au niveau communautaire, plus de 50 000 sages-femmes supervisent environ 260 000 posyandu, des dispensaires villageois où les vaccinations sont régulières. Pour nombre d’Indonésiens, ces posyandu constituent la première ligne de soins médicaux disponible. On y enregistre les naissances, pèse les bébés, vérifie les courbes de croissances et vaccine les enfants.

Planification décentralisée

Comme pour d’autres services de santé, la planification des vaccins est décentralisée et les gouvernements locaux sont responsables de leurs campagnes de vaccination. Le gouvernement central gère quant à lui la production des vaccins, l’élaboration des lignes directrices, du contrôle de qualité et de la surveillance et l’évaluation des programmes.

Tous les vaccins inclus dans le programme de vaccination normal du pays sont produits localement par des entreprises aux normes de l’OMS et financées par le gouvernement indonésien.

Pour continuer à afficher de bons résultats, Bio Farma devrait continuer à collaborer étroitement avec d’autres entreprises pharmaceutiques, comme Sanofi et GlaxoSmithKline, explique Rahman Rustan. Cette collaboration est surtout nécessaire pour nombre de nouveaux vaccins, toujours en phase d’élaboration, et dont l’aboutissement dépend de nouvelles technologies.

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L’Indonésie est une économie émergente qui s’impose peu à peu sur la scène internationale.

Le pays reçoit toujours le soutien de donateurs internationaux pour développer ses services de santé, tels que l’accès de tous les enfants à la vaccination.

Dans ce pays composé de 6000 îles habitées, rendre les services de santé accessible à chaque personne – de la vaccination au traitement de la tuberculose et du SIDA – est un véritable défi. 

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