L’ONU à la peine face aux réfugiés palestiniens

Palestinian refugees queue for UNRWA food aid in Yarmouk camp, Syria. Photo: ONU Brasil/Flickr

EXCLUSIF / Les coupes budgétaires dans les aides humanitaires, la crise de l’eau dans la région de Gaza et la proximité du conflit syrien remettent en question une partie des aides humanitaires destinées aux réfugiés palestiniens.

Les réfugiés palestiniens sont dans une situation de plus en plus précaire selon le dernier rapport de l’ONU. Pierre Krähenbühl, à la tête de l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA), était à Bruxelles pour une série de réunions de haut niveau. Il souhaite en effet éviter que le déficit dans le budget d’aide alimentaire ne devienne le terreau d’une véritable crise humanitaire. La nourriture pourrait, selon lui, être bientôt rationnée voire la population risquerait de subir des ruptures d’approvisionnement en denrées alimentaires dans la bande de Gaza avant la fin de l’année.

« Nous avons besoin d’une aide qui s’échelonne entre 25 et 30 millions de dollars (environ 22 millions d’euros) afin d’assurer le prochain approvisionnement en nourriture, puisque qu’il nous faut un certain temps pour acheminer l’aide alimentaire dans la bande de Gaza », a expliqué Pierre Krähenbühl au sein des locaux de l’UNRWA à Bruxelles. « Le manque de financement est d’une telle ampleur que d’ici septembre nous aurons des difficultés à acheter [des denrées alimentaires]. Les vivres pourraient alors manquer à la fin de l’année ».

« Le cas échéant, nous réduirions le nombre de bénéficiaires ou nous devrions introduire un rationnement », a-t-il ajouté. « Il n’y a pas de solution miracle », selon lui.

Le 4 juin, l’UE a donné son accord en vue d’attribuer 246 millions d’euros à l’UNRWA pour la période 2014 à 2016. Mais cette somme ne comble pas les 69 millions d’euros qui manquent dans le budget de l’organe onusien. L’Office des réfugiés a essayé en effet de mener au mieux ses missions qui lui ont été assignées avec ces fonds rendus disponibles par l’Assemblée générale de l’ONU.

Seulement 30 % des projections initiales ont été levés pour une campagne de fonds d’urgence destinée aux  territoires occupés palestiniens dont l’objectif était de 300 millions de dollars, soit 220 millions d’euros. Même chose pour une campagne humanitaire pour la Syrie : 24 % des 417 millions de dollars (305 millions d’euros) ont été débloqués.

« Il ne va pas de soi que l’UNRWA puisse poursuivre sa mission alors que les besoins des réfugiés sont en constante augmentation en Syrie, au Liban, en Jordanie, en Cisjordanie et à Gaza, en particulier à cause de la situation syrienne », a indiqué Pierre Krähenbühl.

« Nous ne sommes pas du tout dans une situation ordinaire », a-t-il continué. « C’est probablement le pire concours de circonstances auquel l’UNRWA n’ait jamais eu à faire face et les décideurs politiques doivent réellement s’en rendre compte ».

Aux yeux de Pierre Krähenbühl, la situation des réfugiés palestiniens est insoutenable et l’Occident l’ignore à ses propres dépens. La question palestinienne « se retrouve toujours au centre des attentions, nous devons donc agir maintenant avant que la situation ne dégénère ».

Selon lui, le manque de compréhension des dynamiques régionales représente le plus grand problème. Ces flux migratoires sont engendrés par le déplacement des réfugiés palestiniens de Syrie entre autres vers les territoires occupés palestiniens. Même en Syrie, la crise est déjà flagrante.

Blocus syrien

Le blocus du camp de réfugiés de Yarmouk à Damas, ravagé par la guerre, a repris la semaine dernière, car les élections syriennes sont terminées, selon les autorités du pays.

Lors des dernières ruptures d’aide, 128 réfugiés sont morts de faim. Les résidents des camps ont été contraints de manger des chats, des chiens et des plantes non comestibles pour survivre, selon le rapport d’Amnesty International.

« Nous avons pu apporter plus d’aides depuis janvier, ce qui est une bonne chose. Mais, en même temps, elles ne correspondent qu’à 25 % de ce qui est nécessaire à la population sur le plan alimentaire », a-t-il exposé à EURACTIV. « On doit en faire plus afin de faciliter l’accès aux aides. Nous avons obtenu des résultats modestes, mais positifs grâce à la distribution de kits d’hygiène, mais l’assistance médicale n’a pas encore été déplacée et c’est ce dont nous avons besoin », selon le chef suisse de l’UNRWA.

Plus de la moitié des 545 000 réfugiés palestiniens en Syrie ont été déplacés durant le conflit. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs traversé les frontières jordanienne et libanaise, certains ont même atteint Gaza.

« La catastrophe syrienne a d’importantes répercussions sur la stabilité régionale », a-t-il soutenu. « Le fort sentiment de désarroi, de désespoir et de peur au sein de la communauté de réfugiés palestiniens fait, en un sens, écho […] à celui de désarroi, de désespoir et d’aliénation des populations de réfugiés palestiniens à Gaza et en Cisjordanie, car elles m leur situation, qui est extrêmement précaire, semble sans lendemain ».

L’eau, la future poudrière de Gaza

À Gaza, 60 % de la population dépend de l’aide alimentaire d’UNRWA. Près de la moitié des Gazaouites est au chômage. Traverser les frontières de Gaza, qui s’étendent sur 41 km de long et 12 km de large, est impossible pour la plupart des 1,6 million des Palestiniens, dont la majorité sont par ailleurs des réfugiés. Ceci s’explique par le blocus israélien qui est mené pour des questions de sûreté.

En 2013, l’organe onusien avait besoin de 238 millions de dollars, soit 174 millions d’euros, afin de lutter contre les effets engendrés par l’effondrement économique de la bande de Gaza. Mais même cette somme pourrait être insuffisante en cas de rupture en approvisionnement en eau dans la région. Le rapport de l’ONU prévoit qu’une telle situation pourrait se produire dès 2016 et serait irréversible d’ici 2020.

Près de 90 % de l’eau de Gaza en provenance de l’aquifère côtier est déjà contaminée par les nitrates et le chlore et serait par conséquent impropre à la consommation. Dans la région, la consommation moyenne d’eau est bien en dessous des normes minimales sanitaires posées par l’Organisation mondiale de la santé. Un tiers de la population n’a accès à l’eau courante que six à huit heures par jour.

« Nous ne sommes qu’à quelques années du moment où les ressources aquifères de Gaza seront parfaitement inutilisables, car surexploitées et profondément contaminées par l’eau de mer et de fait non potable », a assuré Pierre Krähenbühl.

« Le point de non-retour n’est pas loin. Il faut lever le blocus illégal sur les matériaux en vue d’améliorer l’accès à l’eau et les installations sanitaires. Il faut que les experts sur le terrain s’attaquent à ce paramètre crucial en vue d’assurer des conditions de vie viables dans la bande de Gaza », a-t-il conclu. 

L'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) a été créé en 1949. Son objectif est d’assister près de 750 000 réfugiés palestiniens dispersés entre la Cisjordanie, Gaza, la Jordanie, le Liban, et la Syrie, ainsi que d'autres pays de la région à la suite de la Guerre d'indépendance d'Israël, que les Palestiniens appellent la « Nakba » (la Catastrophe).

Avec le temps, la population de réfugiés n’a eu de cesse d’augmenter. Aujourd'hui, l'UNRWA doit prêter assistance à plus de cinq millions de réfugiés recensés qui vivent souvent dans des infrastructures vétustes, et dont les droits fondamentaux sont quotidiennement bafoués. À cause de l’endroit d’où ils se situent et de leur vulnérabilité, les réfugiés palestiniens se retrouvent souvent pris dans des guerres civiles et des conflits régionaux. 

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