L’UE envisage une sortie de l’aide pour les bons élèves africains

A school in Burkina Faso

L’Afrique a toujours besoin d’énormément d’aide internationale au développement, mais elle connaît également des réussites avec des pays comme le Ghana, qui se dirigent vers une sortie éventuelle de l'aide, ont expliqué des fonctionnaires de la Commission européenne à EURACTIV.

Des documents de la Commission consultés par EURACTIV révèlent des différences concernant l’incidence de l'aide au développement entre les pays d'Afrique subsaharienne.

Il semblerait au contraire que des « cas de réussite » ressortent.

Le pourcentage d'enfants qui fréquentent l'école primaire, la mortalité infantile, le nombre de naissances en présence de personnel compétent, de personnes vaccinées contre la rougeole et de celles qui vivent sous le seuil de pauvreté, figurent parmi les indicateurs clés qui mesurent les progrès dans le développement.

Malgré les critères de lutte contre la pauvreté, fixés par les objectifs du Millénaire pour le développement, des statistiques fiables sont maintenant disponibles dans tous les pays afin de permettre une comparaison.

Erica Gerretsen, chef d'unité faisant fonction de la DG développement et coopération (Devco) et en charge de l'Afrique de l'Ouest, a expliqué à EURACTIV qu'alors que la situation restait difficile dans l'ensemble sur le continent africain, la perspective d'une sortie de l'aide était de plus en plus proche dans certains pays.

Certaines données révèlent des réussites éclatantes. Au Ghana, le pourcentage d'enfants qui fréquentent l'école primaire est proche des 100 %. En 2009, plus d'un million d'enfants des pays d'Afrique occidentale sur 24 millions n'ont pas été à l'école. Au Burkina Faso, le nombre de filles qui fréquentent l'école est passé de 61 % à 75 % entre 2007 et 2010. La proportion d'enfants qui ont terminé l'école primaire a augmenté de 36 % à 52 %.

Appropriation locale

« L'appropriation locale des projets d'aide est importante. Les concepts d'aide "importés" d'Europe peuvent avoir des conséquences à court terme, mais ils sont rarement efficaces à long terme », a indiqué Mme Gerretsen.

Selon des fonctionnaires de la Commission, les raisons principales du succès sont la bonne gouvernance et la stabilité politique, notamment une gouvernance économique et financière efficace, dans lesquelles le secteur privé se sent en confiance et ne craint pas l'abus ou la corruption.

« Il n'est pas possible de développer une entreprise, ou un producteur agricole ne peut pas développer son activité d'une manière saine, s'il n'est pas certain de posséder effectivement sa terre », a ajouté Mme Gerretsen.

L'UE propose des aides aussi bien en termes de construction d'infrastructures telles que des palais de justice qu'en termes de formation de juristes et d'administrateurs.

Erica Gerretsen a pointé le Ghana comme bon exemple d'un pays qui s'approprie les projets de développement.

« La Commission commence à envisager une sortie de l'aide et à penser au moment où les autorités du Ghana diront à Bruxelles : "Merci beaucoup, mais il n'est plus nécessaire que vous portiez assistance sous forme de projets ou d'appui budgétaire" », a-t-elle déclaré.

Distribution honnête des ressources nationales

Outre l'appui budgétaire (voir « Contexte »), des efforts supplémentaires sont réalisés afin de s'assurer que les propres ressources économiques et financières du pays sont distribuées.

Le Ghana est devenu un producteur de pétrole ces dernières années, mais de mauvais exemples d'autres pays tels que le Nigeria démontrent que les ressources de pétrole ne sont pas suffisantes pour échapper à l'emprise de la pauvreté.

« Notre intérêt est de garantir que les recettes du pétrole soient correctement dirigées vers les plus pauvres. Le Ghana n'est pas parfait, des améliorations sont nécessaires dans le domaine de la gouvernance et de la lutte contre la corruption, mais dans le domaine du développement, nous [en] sommes très satisfaits », a déclaré Mme Gerretsen.

Des données de la Commission révèlent que le Ghana est parvenu à lutter contre l'abattage illégal et qu'il a bénéficié d'un plan d'action européen, le FLEGT (application des réglementations forestières, gouvernance et échanges commerciaux). Ce plan d'action offre un certain nombre de mesures afin d'exclure le bois illégal des marchés, d'améliorer la demande de bois légal et d'accroître la demande de bois responsable.

Le Ghana a également fait des progrès dans la distribution de l'eau et l'assainissement, ce qui a permis à une population de 267 000 habitants d'avoir accès à de l'eau salubre entre 2007 et 2011. Cette avancée a contribué à l'éradication de 90 % des cas de ver de Guinée et de 40 % des cas de maladie diarrhéique chez les enfants de moins de cinq ans.

Favori des donateurs

Outre le Ghana, le Burkina Faso est un pays qui a « souscrit entièrement » à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement. Il est donc devenu l'un des « favoris des donateurs », a poursuivi Mme Gerretsen.

La population de 17 millions d'habitants reçoit une aide de 708 millions d'euros pour la période 2007-2013, conformément au 10Fonds européen de développement de l'UE, une somme qui est « assez importante », selon Erica Gerretsen. À titre de comparaison, les financements européens pour le Ghana s'élèvent à 455 millions d'euros pour la même période.

L'UE a investi massivement dans les infrastructures de base au Burkina Faso, comme les routes, ce qui favorise le commerce.

L'eau salubre constitue l'un des autres éléments majeurs de l'aide européenne au Burkina Faso. Entre 2009 et 2010, des programmes financés par l'UE ont contribué à l'approvisionnement en eau de plus de 500 000 personnes, selon des documents de la Commission. L'UE contribue également aux programmes de réduction de la pauvreté.

Omer Kaboré, le directeur d'Oxfam Burkina Faso, a déclaré à EURACTIV lors d'un entretien téléphonique que l'aspect positif de l'UE en tant que donateur était sa présence sur le terrain, ce qui lui permet d'être « très bien informée de la réalité, très flexible et capable de s'adapter aux changements de manière appropriée ».

C'est essentiel dans des pays comme le Burkina Faso, où les chocs externes peuvent menacer la mise en oeuvre d'un projet, a-t-il ajouté, exprimant son inquiétude quant au potentiel de déstabilisation du Mali voisin.

L'Éthiopie est un autre pays où l'aide au développement de l'UE a contribué à la réduction de la pauvreté et aux progrès dans la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement, selon des responsables.

Le pourcentage de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté a diminué, passant de 40 % à 20 % entre 2005 et 2011. Au cours de la même période, les inscriptions dans les écoles primaires sont passées de 70 % à 85 % et l'accès à l'eau potable a augmenté de 50 % à 80 %.

Le programme « Filet de sécurité productif » est l'une des réussites les plus présentées par la Commission. Il propose des transferts d'argent et de denrées alimentaires à environ 7,5 millions d'Éthiopiens les plus vulnérables. En échange, les bénéficiaires s'engagent dans des activités de travaux publics ou une formation professionnelle. Le programme regroupant plusieurs donateurs Promoting Basic Services permet d'employer plus de 100 000 enseignants supplémentaires dans les écoles primaires et un nombre important de travailleurs sociaux.

L'UE se vante également d'être le premier donateur à subventionner le secteur routier de l'Éthiopie. Le réseau routier s'est donc étendu de manière significative et une grande partie des travaux ont été réalisés par des sous-traitants locaux.

Malgré un environnement politique changeant, l'UE a été en mesure de préserver ses relations avec la société civile éthiopienne. Les fonds de la société civile de l'UE sont les seuls qui permettent aux organisations locales de s'engager dans les activités de gouvernance et de développement.

Le succès est fragile

M. Kaboré d'Oxfam a toutefois prévenu que les experts étrangers ne devraient pas « se laisser duper » par des chiffres positifs de l'aide au développement.

« Lorsque nous parlons d'atteindre de grands succès dans l'accès des personnes à l'enseignement, nous devons être certains qu'une meilleure qualité d'enseignement suit le succès en quantité », a-t-il déclaré. « Pour le dire simplement, avoir des milliers d'étudiants dans une école n'est pas un succès si les enseignants sont absents ou si les classes sont surpeuplées. »

« Il en va de même pour l'accès à l'eau. Plusieurs points d'eau, qui ont été installés sans impliquer la communauté dans la chaîne de gestion de l'eau pour le développement durable, se sont effondrés », a-t-il poursuivi.

Lorsqu'EURACTIV lui a demandé s'il partageait le point de vue selon lequel le Burkina Faso se dirigeait vers une sortie de l'aide, M. Kaboré a clairement indiqué que ces points de vue étaient trop optimistes.

« Il est difficile de l'imaginer à court terme », a-t-il ajouté.

Des réductions des budgets d'aide en raison de la crise de la zone euro pourraient en outre miner les réalisations précédentes, a mis en garde M. Kaboré. « Nous pouvons comprendre que l'Europe a des priorités internes, mais nous devons lui dire de ne pas tourner le dos à l'Afrique et de ne pas oublier tous les efforts réalisés ces dernières années afin d'aider les pays en sous-développement à sortir de la pauvreté », a-t-il indiqué.

« Des pays qui reviennent de loin »

À côté des bons élèves, il semble exister une catégorie de pays « qui reviennent de loin », à savoir ceux qui se sont beaucoup améliorés malgré une situation considérée comme désespérée récemment.

Le Liberia en est un exemple. Ce pays est en proie à des guerres civiles depuis les années 1980 qui ont tué approximativement 250 000 personnes et dévasté l'économie. Depuis l'élection d'Ellen Johnson Sirleaf en 2006 au poste de président, la situation du pays s'est grandement améliorée et le statut d’indépendance a été réintroduit.

Mme Sirleaf est la première femme chef d'État en Afrique et a reçu le prix Nobel de la paix en 2011.

Au Niger et au Togo, des avancées politiques ont permis à la Commission de lancer des projets importants de développement. 

L'Union européenne est présente partout en Afrique avec des délégations et des projets dans tous les pays sauf en Guinée équatoriale, qui n'a ni signé ni ratifié l'accord de Cotonou. L'aide européenne s'intègre totalement aux objectifs du Millénaire pour le développement de l'ONU.

Le soutien à une gouvernance économique et financière s’inscrit dans le cadre du dixième Fonds européen de développement (FED), l'instrument principal destiné à fournir une aide communautaire pour la coopération au développement au cours de la période 2008-2013.

En règle générale, les fonds de l'UE fournissent deux types d'aide :

  • des projets, qui bénéficient d'un niveau élevé de visibilité et où un drapeau peut être planté ;
  • un appui budgétaire, souvent considéré comme une contribution à la « appropriation locale » des projets de développement.

Selon la Commission, ces aides renforcent la gouvernance. L'aide la plus visible semble être l’appui en matière d’organisation d'élections, mais il en existe également d'autres comprenant l'assistance aux organisations de la sociétés civile, ce qui renforce la capacité des partis politiques.

Un système judiciaire performant et une législation transparente en matière de propriété foncière sont aussi considérés comme des domaines d’aide importants.

Institutions européennes

Organisations internationales

Gouvernements

  • Ghana Statistical Service : Statistiques
  • Institut national de la statistique et la démographie, Burkina Faso : Statistiques
  • Central Statistical Agency, Ethiopia : Statistiques

ONG

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