L’UE ne veut pas payer pour les « faux fonctionnaires » ghanéens

Construction d'une route dans la région de la Volta. Ghana, 2011. [ Chad Skeers/flickr]

Les aides de l’UE  au Ghana ont été suspendues l’année dernière. Le pays devrait cesser de déclarer des « employés fantômes », prévient William Hanna, ambassadeur de l’UE à Accra.

L’aide de l’UE au Ghana, d’un montant total de 200 millions d’euros, a été interrompue en 2013 sur fond de crise des finances publiques. Success story de l’Afrique noire, le Ghana a connu une croissance rapide, basée sur l’exportation d’or, de cacao et de pétrole. Mais une crise interne a brusquement interrompu l’accélération de l’activité économique.

Selon William Hanna, l’aide européenne a été suspendue à cause de problèmes fiscaux au Ghana. Le gouvernement discute actuellement d’un programme d’aide avec le Fonds monétaire international (FMI). Un accord pourrait être conclu d’ici le mois de février. La reprise des versements européens dépend notamment de l’issue de ces négociations.

La fiscalité n’est cependant pas le seul problème du Ghana. En août dernier, l’UE a notamment eu connaissance de l’ajout de « fonctionnaires fantômes » dans les listings de la fonction publique ghanéenne. Un subterfuge destiné à gonfler les coûts, explique William Hanna.

« Si nous payons des fonctionnaires ghanéens, cet argent doit réellement être versé à des instituteurs ou des infirmières, pas à des employés fantômes », a-t-il affirmé dans un entretien accordé à Reuters.

L’UE a lancé une enquête pour déterminer l’ampleur du problème, ajoute l’ambassadeur, qui se félicite de la création par le gouvernement ghanéen d’un comité interministériel chargé de faire la lumière sur cette affaire. 

« Le gouvernement n’a pas seulement reconnu le problème, il compte y mettre un terme en identifiant les fonctionnaires fantômes et en punissant les responsables. Il s’agit de retirer ces noms de la liste des fonctionnaires, mais aussi d’éviter ces dérives à l’avenir », explique-t-il.

Le Ghana compte un grand nombre de fonctionnaires d’État en comparaison avec sa population de 25 millions d’habitants, et la facture des salaires a augmenté de façon exponentielle depuis 2012, année des élections, quand le gouvernement a lancé l’harmonisation des salaires dans le secteur public.

Le déficit budgétaire est alors grimpé à 12,1 %, ce qui a poussé les agences de notation à déclasser le pays. Et les problèmes d’ordre macro-économique du Ghana ne s’arrêtent pas là : l’inflation a atteint 17 % en novembre et la valeur de la devise nationale a dégringolé depuis 2013.

Le représentant du FMI au Ghana, Samir Jahjah, assure que le gouvernement ghanéen s’est attelé aux problèmes des fonctionnaires fantômes au début de l’année 2014. Le gouvernement a en outre déclaré avoir réduit considérablement la part des salaires dans ses dépenses.

« Une fois que les derniers détails des réformes à moyen terme seront fixés, et que les institutions internationales et donateurs extérieurs auront reçu les assurances financières nécessaires, des mesures seront établies afin de soutenir le programme économique ghanéen », assure Samir Jahjah.

>> Lire aussi : Nouvel effort de transparence sur l’aide de la France au Mali

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