La distinction Nord et Sud en passe d’évoluer sur le climat à la COP de Lima

Prakash Mathema, Chair of Least Developed Countries Group at UN Climate Change Negotiations - ©International Institute for Sustainable Development.

Prakash Mathema, président du groupe des pays les moins développés lors des négociations de l'ONU sur le changement climatique - ©International Institute for Sustainable Development.

La participation de certains pays en voie de développement au financement du Fonds vert pour le climat augure le début d’un timide changement des rapports entre le Nord et le Sud dans le cadre des  négociations internationales sur le réchauffement climatique. 

Alors que la COP 20 de Lima tire à sa fin, la perspective d’avancées notables sur le front des contributions nationales à la réduction des émissions de CO2 s’amenuise.

Rassemblés dans la capitale péruvienne depuis presque deux semaines, les négociateurs des 192 pays qui se sont engagés à trouver un accord contraignant lors de la 21ème  Conférence des Parties qui doit se dérouler à Paris en 2015, et doivent en poser les jalons cette semaine à Lima.

>>Lire : L’UE fait monter la pression sur la COP20

Et l’objectif n’est pas mince. Car la COP 21 représente la dernière chance de trouver un accord permettant de limiter la hausse des températures à + 2° en 2050 et de garder le réchauffement climatique  a un niveau acceptable sur le long terme.

A quelques heures de la fin de la conférence internationale, « on s’achemine vers une décision sur les formats que devront prendre les différentes contributions nationales, mais sur les autres sujets, rien ne semble tranché et les propositions formulées par les différents groupes de pays sont laissées sur la table » détaille Romain Benicchio, le représentant d’Oxfam France à Lima.

Les pays demeurent fortement divisés sur d’autres sujets  tels que le contenu contributions nationales  que chaque pays doit annoncer avant juin 2015 ou encore sur les financements qui devront être mis en place, notamment pour aider les pays en développement à financer la réduction de leurs émissions et leur adaptation au changement climatique.

Les financements au coeur des désaccords

« Il y a des pays en développement  qui ont besoin de cette prévisibilité des financements pour savoir s’ils pourront financer leur projet de lutte contre le changement climatique » poursuit Romain Benicchio.  Les pays développés ont en effet promis 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 destinés à financer l’adaptation au changement climatique dans les pays pauvres. 

Dans le dernier projet de texte négocié à Lima, la question du financement a cependant quelque peu avancé. Le projet a en effet « pris en compte une proposition des pays d’Afrique et d’Amérique Latine, demandant aux pays développés de décrire les progrès en cours pour atteindre l’objectif des 100 milliards de dollars et de fournir une feuille de route détaillée sur la façon dont le financement sera augmenté  au cours des prochaines années » explique Oxfam.

Mais dans les faits, les moyens pour atteindre l’objectif restent vagues, et les pays en voie de développement, notamment au sein du G77, qui rassemble les pays en voie de développement, s’impatientent. 

Négociations difficiles

Si la question des financements cristallise en partie les tensions entre pays développés et pays en voie de développement, c’est que contrairement au protocole de Kyoto, l’ensemble de pays devra participer à l’accord contraignant de Paris en 2015, et plus seulement les pays développés, ceux de  « l’Annexe  2 ».

Lors des précédentes négociations, les pays participants étaient en effet répartis en deux catégories : les pays en voie de développement, rassemblés sous l’Annexe 1 et les pays développés, jugés en grande partie responsables du réchauffement climatique, rassemblés sous l’Annexe 2.

Et selon leur appartenance à l’une ou l’autre des catégories, les pays devaient prendre des engagements différenciés en matière de lutte contre le réchauffement climatique; c’est ce qui s’appelle la différenciation, un thème qui devrait s’avérer clé dans le futur accord.

Premier pas du Fonds vert

Si cette différenciation est maintenue en fonction du poids économique des pays et de leur responsabilité historique dans le réchauffement climatique, les frontières commencent doucement à s’estomper.

« Nous attendons probablement trop des pays industrialisés et des pays développés, car aujourd’hui tous les pays souffrent de problèmes sociaux, politiques et économiques » a expliqué  à Lima Anwar Hossain Manju, le ministre de l’Environnement du Bangladesh, rapporte le site RTCC.

Par ailleurs, plusieurs pays en voie de développement tels que le Mexique, le Chili, la Corée du Sud ou le Panama  ont ainsi contribué à la première capitalisation du Fonds vert pour le climat, qui a atteint son objectif de lever 10 milliards de dollars avant la fin de l’année 2014 lors de la conférence de Lima. 

Ce Fonds est un des outils par lesquels doivent transiter une partie des 100 milliards de dollars par ans destinés à financer l’adaptation au changement climatique dans les pays pauvres.

Si le Fonds vert est toujours principalement financé par les pays développés,  «la participation de certains pays du sud « envoie un message très important dans le cadre de ces négociations » explique Romain Benicchio.

Question de la différenciation

Reste que la question de la différenciation des contributions entre les pays développés et les pays en voie de développement est loin d’être réglée, mais la prise de conscience monte autour de la responsabilité future des grands pays émergents tels que la Chine et l’Inde qui sont  les 1er et 4e émetteurs de gaz à effet de serre au niveau mondial.

Le G77 a de son côté réitéré ses demandes en faveur d’un accord qui ne se fasse pas au détriment des pays en voie de développement ainsi que d’avantages de précisions sur les modalités de financement des 100 milliards d’euros par an d’ici 2020 promis par les pays en développement.

Le groupe des pays les plus pauvres, qui regroupe 48 gouvernements a d’ailleurs associé sa voix aux demandes formulées par les pays membres du G77. Signe que les pays du Sud restent largement alignés sur leurs attentes face aux pays occidentaux. 

Contexte

La vingtième Conférence des parties (COP20) à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui se tient à Lima du 1er au 12 décembre 2014, est la deuxième des trois conférences qui doit conduire à l’adoption d’un nouvel accord international de lutte contre les changements  climatiques, attendue en décembre 2015 à Paris.

À la fin de la COP20-CMP10, la France deviendra officiellement la « présidence montante » de la COP. Elle disposera de bureaux auprès de la présidence péruvienne et sera conviée aux réunions.

Prochaines étapes

  • décembre 2015: COP 21 à Paris

Plus d'information

Cop 20 Lima

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