La filière du commerce équitable en attente d’un plan de relance

En France, la consommation de produits de commerce équitable n’est pas à la hauteur de sa notoriété. Sa relance est nécessaire pour développer ce circuit commercial. Les producteurs dans les pays en développement sont en demande.

Bien que largement disponibles dans les magasins spécialisés comme les supermarchés français, les produits estampillés « commerce équitable » ont subi, ces dernières années, le contrecoup de la crise. La progression des ventes a fortement ralenti depuis 2007.

Avec une consommation par tête de 6,4 euros par personne et par an aujourd’hui, l’Hexagone se situe loin derrière d’autres pays européens comme la Suisse ou le Royaume-Uni, où le consommateur dépense en moyenne plus de 34 euros sur l’année. Un potentiel sous-exploité, pour un pays qui reste l’un des principaux marchés du commerce équitable.

Le ministre chargé du développement Pascal Canfin et le ministre de l’économie sociale et solidaire Benoît Hamon tentent d’y remédier, à travers un plan de soutien d’environ 7 millions d’euros entre 2014 et 2015, annoncé le 29 avril.

Opportunités

L’aide concerne tant le renforcement des capacités des petits producteurs du Sud que les distributeurs présents sur le marché français. Car à l’heure actuelle, c’est moins l’offre que la demande qui flanche. L’enjeu se trouve notamment du côté de la grande et moyenne distribution, où les ventes pourraient davantage progresser, souligne Julie Stoll, de la Plateforme du commerce équitable (PFCE).

Du côté des pays en développement, les circuits de commerce équitable sont pourtant devenus une réalité. L’entrée dans ces filières peut se révéler intéressante notamment pour les petits cultivateurs de café, sucre, cacao, coton, des denrées dont les cours sur les marchés conventionnels sont bas.

« Il ne s’agit plus d’une niche », estime Ignace Coussement, de l’alliance Agricord, un réseau d’agences de développement du monde agricole.

Les contrats de commerce équitable assurent en effet aux petits producteurs un prix de vente prenant en compte les différents coûts liés à leur production. En étant en partie préfinancées, les commandes aménagent un flux de revenus plus régulier. Dernier pilier de cette pratique, les primes de développement qui, accordées aux organisations de producteurs, permettent de soutenir leurs investissements.

Défense des intérêts locaux

Les clauses sociales et environnementales présentes dans les cahiers des charges peuvent convaincre certains producteurs déterminés à protéger collectivement leurs ressources naturelles.

Par exemple, les communautés rurales qui produisent de la quinoa en Bolivie « ont elles-mêmes fait inclure des normes de durabilité auprès des organismes de certification de produits de commerce équitable », remarque Thierry Winkel, responsable de la division Environnement à l’Institut de recherche sur le développement (IRD).

Freins

Toutefois, ce cas reste une exception à la règle. Dans la nécessité de vendre, les petits producteurs du Sud cèdent plus facilement à des contrats moins favorables proposés par les entreprises agroalimentaires ou en relation avec le secteur de la grande distribution.

Les petits producteurs « manquent de capacités à respecter les standards de commercialisation (hygiène, traçabilité, santé…), pour entrer sur les marchés européens et nord-américains », note l’économiste du développement Gaëlle Balineau, du Centre d’études et de recherches sur le développement international (CERDI).

Cet obstacle pose la question de la rentabilité réelle du commerce équitable pour les petits producteurs. Au-delà des prix, « les critères fixés dans les cahiers des charges impliquent davantage d’efforts voire une réallocation du temps de travail entre les différentes cultures, vivrières ou pérennes », remarque la chercheuse. 

Les autres impacts, sur le développement économique et social d’une région investie dans la filière du commerce équitable, sont également difficiles à quantifier. 

Subscribe to our newsletters

Subscribe