La France augmente son ambition écologique avec un nouveau plan climat

Neutralité carbone et élimination des véhicules à énergie fossiles: le plan climat de la France mise sur les annonces ambitieuses. 

Le ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot, a détaillé son projet de plan climat jeudi 6 juillet, un programme plus ambitieux que celui du gouvernement précédent, qui prévoit notamment la neutralité carbone en 2050, ou l’interruption de la vente de voitures fonctionnant aux énergies fossiles en 2030.

« Si on regarde ses pieds, on tombe. Je suis un funambule » a en préambule prévenu le ministre, soulignant que le changement climatique est un sujet complexe et vertigineux.

Attaquant bille en tête les États-Unis, le ministre a d’emblée regretté qu’« un des grands acteurs de la conférence de Paris ait fait une pause dans ses engagements, ce qui est douloureux » a regretté le ministre.

Il a néanmoins assuré qu’il ne confondait pas « l’attitude brutale » du président américain avec la société civile américaine. Dans la même veine, il a condamné la « violence extrême » du reniement des États-Unis face à leurs engagements en faveur des pays en voie de développement. « Nous avons une responsabilité, nous nous sommes engagés à mobiliser 100 milliards de dollars de financement » a rappelé le ministre, évoquant le Fond vert pour le climat pour lequel la France doit contribuer à hauteur d’un milliard d’ici 2020, et l’initiative pour les énergies renouvelables en Afrique (2 milliards).

Pour la France, le plan proposé place le pays « parmi les premiers, juste derrière la Suède et le Costa Rica », a assuré le ministre en soulignant l’ambition forte de ce nouveau programme.

« La contrainte climatique peut aussi améliorer le quotidien des Français », a assuré le ministre, en insistant sur le fait que son rang dans le gouvernement indiquait que la priorité environnementale devait infuser dans le reste de l’équipe gouvernementale.

Nicolas Hulot très attendu sur sa feuille de route climatique

La feuille de route sur le climat du ministère de la transition écologique est attendue dans les prochains jours. Un sujet qui suscite à la fois espoir et anxiété.

Un Accord de Paris irréversible

Le plan se détaille en 6 grands thèmes, dont le premier est de rendre irréversible la mise en œuvre de l’accord de Paris, notamment en associant les citoyens au sein du Comité économique, social et environnemental, que le président Macron a qualifié de « chambre du futur ».

Paradoxalement, la première mesure annoncée par le ministre a porté sur une prime à la casse pour remplacer les voitures diesel. D’autres mesures pour les particuliers, comme des primes de précarité énergétique ou l’encouragement de l’autoconsommation. Aujourd’hui,  « 14 000 foyers consomment leur énergie, 350 000 revendent à EDF : on peut aller plus vite et plus loin » assuré Nicolas Hulot.

Changer de logiciel sur l’économie circulaire, le charbon, le prix du CO2

Le ministre veut aussi mettre au cœur de son projet l’économie circulaire.  « Il faut changer d’échelle, et même de logiciel sur l’économie circulaire », a assuré le ministre, soulignant que pour les entreprises il s’agissait de gagner en productivité. Une feuille de route sera publiée en 2018 sur le sujet. Il a aussi évoqué le projet d’en finir avec les énergies fossiles. « Le GIEC nous dit de laisser les ¾ des énergies fossiles sous le sol, il faut les écouter », a-t-il assuré, en annonçant la fin de la production d’électricité au charbon pour 2022.

« Le charbon représente 5 % de notre production d’électricité, ce qui est peu, mais déjà beaucoup trop. Nous cesserons d’ici 2022 toute production d’énergie au charbon » a-t-il aussi assuré, tout en confirmant le projet d’interdire tout nouveau permis d’exploration hydrocarbures.

La France veut aussi renforcer le prix du carbone pour donner un prix à la pollution, et pour donner un avantage compétitif à l’économie non carbonée. Ce qui se traduira par un prix du carbone supérieur à 100 euros en 2030, dont le niveau exact doit être défini lors de la prochaine loi de finances. L’étendue des émissions de CO2 concernée par un prix du COdoit aussi passer de 25 % en 2020 à 50 % en 2030. Le HFC, gaz utilisé pour la réfrigération, sera aussi concerné par la contrainte CO2.

Le marché du carbone à la recherche du juste prix

Le 15 février, les eurodéputés donneront un nouveau souffle au système d’échange de quotas d’émission européen, qui tarifie les émissions de gaz à effet de serre. Parviendront-ils à fixer le prix juste ? Euractiv se penche sur la réforme.

Enfin l’objectif global de réduction de CO2 vise la neutralité carbone en 2050, plutôt qu’une division par 4 des émissions aujourd’hui inscrite dans la loi.

« Il faut un équilibre de neutralité entre les puits de carbone et les réductions d’émission. C’est un objectif long et compliqué, mais la contrainte engagera une dynamique » estime le ministre.

Fin des véhicules à énergie fossile

Le gouvernement a aussi annoncé la fin de la vente des voitures à essence et diesel d’ici 2040,

« C’est un objectif lourd, mais il y a un motif de santé publique », a souligné le ministre sur le sujet, alors que Volvo a annoncé qu’il ne vendrait plus de voiture à essence d’ici 2019.

Le secteur de l’électricité veut jouer un rôle clé dans la transition énergétique de l’UE

Les acteurs du solaire, de l’éolien, des piles à combustible, du cuivre et des pompes à chaleur lancent l’Alliance de l’électrification. Un nouveau lobby qui veut donner à l’électricité une place clé dans le processus de décarbonisation de l’Europe.

« Il faut réconcilier économie et écologie », a répété l’ancien journaliste, estimant que l’écologie pouvait être un outil de sortie de crise, évoquant l’initiative Science come to France, destinée à inviter des chercheurs sur le climat à s’installer en France, ou encore le projet de faire de Paris la capitale de la finance verte fait aussi partie des objectifs de la France.

La révolution énergétique est aussi une aubaine pour la paix dans le monde selon le ministre, qui a rappelé que la plupart des conflits depuis 1945 avaient un lien avec du pétrole ou du gaz.  Le ministre a regretté la longue durée d’installation des éoliennes offshore notamment, en raison de la multiplication des recours, qui allongent sérieusement les délais.

Le ministre a souligné la forte exposition du secteur agricole au changement climatique, et proposé d’engager la transformation des systèmes agricoles, pour que l’agriculture devienne aussi une solution à la crise climatique.

Huile de palme

La France veut aussi interrompre la « déforestation importée » en France : le ministre veut fermer la porte aux produits importés du Congo, d’Asie du sud-est ou d’Amazonie, notamment pour la production d’huile de palme non durable. « Nous allons fermer la fenêtre qui permettait d’intégrer de l’huile de palme dans le diesel et de protéines végétales dans l’alimentation du bétail », a assuré le ministre.

Face cette palanquée de projets ambitieux, les observateurs gardent leur sang-froid. Ainsi, si le WWF a salué l’ambition des annonces, il souligne aussi que le renoncement à la taxe sur les transactions financières (TTF) ne va pas dans le bon sens et s’avère contradictoire.

Par ailleurs, la marche arrière faite sur les perturbateurs endocriniens mardi dernier suscite les interrogations.

Enfin sur la question du nucléaire, l’objectif de réduction de la part du nucléaire à la moitié de la consommation d’énergie finale en 2050, reste inchangé, à 50 %.