La France détaille son plan pour augmenter l’aide au développement

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Le gouvernement français a dévoilé son plan pour atteindre l’objectif de 0,55 % du revenu national brut dédié à la solidarité internationale d’ici 2022. Mais la hausse des crédits ne commencera qu’en 2020.

L’aide au développement française va reprendre une courbe ascendante à partir de 2020. A l’issue d’une réunion du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID), le gouvernement a annoncé son plan d’attaque pour atteindre son objectif  de consacrer 0,55% du revenu national brut à l’aide au développement d’ici à 2022.

Cette promesse de campagne d’Emmanuel Macron, censée remettre la France sur les rails de ses engagements internationaux en matière de solidarité internationale, était restée lettre morte dans les premières décisions budgétaires du quinquennat.

Les millions manquants de l'aide au développement française

Le budget français dédié à la solidarité internationale devrait augmenter de 500 millions d’euros au cours des trois prochaines années. Le gouvernement évalue à pourtant à 6,4 milliards les besoins d’ici 2022.

La France, qui s’est engagée comme l’ensemble des pays développés à consacrer 0,7% de sa richesse nationale à la coopération au développement, s’est largement écartée de son ambition sous le coup de l’assainissement des déficits publics.

Résultat, l’aide française a reculé de 0,42% en 2012 à 0,38% en 2016, quand dans le même temps le Royaume-Uni ou encore l’Allemagne atteignaient leurs objectifs de solidarité internationale.

Une trajectoire à partir de 2020

Pour mettre fin à ces années de vache maigre, le gouvernement d’Edouard Philippe a préparé une trajectoire visant à atteindre un premier palier de 0,55%, fixé par le président Emmanuel Macron. L’augmentation graduelle prévue dans les conclusions table sur 0,44% en 2018 et 2019, puis 0,47% en 2020,  0,51% en 2021 et 0,55% en 2022.

Une trajectoire qui met l’accent sur le budegt de la seconde partie du quinquennat, au grand dam de la société civile qui réclamait un effort immédiat.

«Le gouvernement a certes un plan pour la solidarité internationale mais il entretient délibérément le flou sur les moyens budgétaires pour y parvenir et n’envisage pas d’augmentation avant 2020 », explique Michael Siegel d’Oxfam France.

Les promesses d’APD de Macron jugées insuffisantes

Le président français a annoncé « un effort considérable » pour augmenter le budget de l’aide publique au développement d’ici 2022. Mais paradoxalement, les montants de l’aide resteront inchangés en 2018.

« La France ne peut remettre à plus tard son combat contre l’extrême pauvreté et le changement climatique que des millions de personnes subissent déjà. Le budget d’aide au développement doit augmenter significativement dès 2019 », ont également rappelé plusieurs ONG* dans un communiqué.

Pour la société civile, échaudées par les nombreuses promesses non-tenues des dernières années, ces annonces sont encore insuffisantes. « Un rattrapage énorme sur les deux dernières années est irréaliste », a  affirmé Michael Siegel.

« L’élan dont a besoin notre APD et que nous pensions voir décoller rapidement sous l’impulsion du président de la République, prendra finalement plus de la moitié du quinquennat pour se concrétiser réellement », a déploré la plateforme d’ONG françaises Coordination Sud dans un communiqué.

Selon le député En Marche Hubert Julien-Laferriere, rapporteur du budget de l’aide publique au développement à l’Assemblée nationale, le coup d’accélérateur devrait cependant avoir lieu dès 2019.

« En 2019, il y aura un milliard d’euros de plus dans les autorisations d’engagement, ce qui va permettre de lancer les projets. Donc je pense que la trajectoire commence donc dès 2019 », a-t-il expliqué à Euractiv.

Parmi les autres décisions du gouvernement, le recentrage géographique sur les pays les plus pauvres d’Afrique, notamment du Sahel, ainsi que sur certaines priorités thématiques telles que l’égalité homme-femme et l’éducation, devraient également permettre à la France de renforcer la part de dons dans son aide.

Plus de dons

Lacune régulièrement pointée du doigt, la part de don dans l’aide française est réduite. Actuellement, les dons français représentent environ 300 millions d’euros, alors que l’ensemble de l’aide française comptabilisée par l’OCDE avoisine les 9 milliards d’euros.

Résultat, le soutien français est plus important dans les pays à revenus intermédiaires tels que l’Inde ou le Viêt-Nam, plus à même de profiter des prêts que les pays les plus pauvres, notamment d’Afrique subsaharienne.

« Les dons bilatéraux ont fondu de 40% en 10 ans car  ils ont toujours été la variable d’ajustement, ce qui fait que les pays les moins avancés ne sont plus les principaux bénéficiaires de l’aide française. Aujourd’hui les principaux bénéficiaires ne sont pas du tout les pays du Sahel et il faut que ça change. Ce sera le cas dès l’année prochaine », a affirmé Hubert Julien-Laferriere.

Ainsi, la moitié des dons de l’État et les deux-tiers des subventions mises en œuvre par l’Agence française de développement, (AFD) devront bénéficier aux 19 pays prioritaires. **

« La hausse va clairement bénéficier aux dons puisque les priorités comme le sahel ou l’éducation le prêt n’est pas adapté. L’outil qui répond aux priorités géographiques et sectorielles c’est le don, il n’y a pas de doute la dessus. » a détaillé  Hubert Julien-Laferriere.

Le budget 2018 éloigne encore plus l'objectif de 0,55% d'APD

L’Assemblée nationale a voté aujourd’hui le budget pour l’année 2018. La place attribuée à l’aide au développement y est bien en deçà des promesses faites par Emmanuel Macron.

 

*Action Santé Mondiale, CARE France, ONE, Oxfam France et Printemps Solidaire

**Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Djibouti, Ethiopie, Gambie, Guinée, Haïti, Liberia, Madagascar, Mali Mauritanie, Niger, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sénégal, Tchad, Togo) 

 

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