La France met les bouchées doubles sur la prévention des conflits

Jean-Baptiste Lemoyne [Judith Litvine /MEAE]

Alors que les conflits armés se multiplient dans le monde, Paris a lancé le 13 juin une nouvelle stratégie pour la prévention, la résilience et la paix durable dans les pays en développement.

Prévenir plutôt que guérir. La nouvelle approche de la France face aux situations de crises et à la fragilisation des États prévoie un doublement des fonds alloués à la paix et à la sécurité et une approche qui vise à intervenir en amont des crises.

« Gagner une guerre c’est une chose […] éviter la guerre c’en est une autre » a expliqué Jean-Baptiste Lemoyne à l’occasion de la présentation de la stratégie française au Quai d’Orsay, le 13 juin à Paris.

« Les facteurs de vulnérabilité sont plus importants que jamais », a ajouté Jean-Baptiste Lemoyne. «  Aujourd’hui, 20% de la population mondiale vit dans des situations de vulnérabilité ». Et la fragilisation des populations et des États s’accélèrent dans plusieurs domaines. En 2016, le nombre de pays touchés par des conflits violents a été le plus élevé depuis près de 30 ans, souligne le rapport de la Banque mondiale et des Nations unies intitulé « Chemins pour la paix ».

Cette tendance à la multiplication des conflits pourrait aboutir à une situation de conflit généralisée dans les pays à faibles revenus d’ici à 2030. Selon la Banque mondiale, la moitié de la population pauvre dans le monde pourrait ainsi vivre dans des pays affectés par des niveaux élevés de violence d’ici à 2030.

Et la faim dans le monde, en constant recul depuis des années, est elle aussi repartie à la hausse depuis 2016. Le réchauffement climatique entraîne également de plus en plus de déplacement de population.

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Intervention en amont

La durée des situations de crise nécessite aujourd’hui des interventions de la part des acteurs du développement pendant les crises, et non plus seulement pour accompagner la sortie de crise. « En moyenne, un réfugié reste 17 ans dans un camp de réfugié avant de pouvoir rentrer chez lui. Il est inconcevable que pendant tout ce temps il n’ait pas accès aux services de base, qu’il ne puisse pas travailler, que ses enfants n’aient pas accès à l’éducation », pointe un responsable de l’AFD.

« Nous ne pouvons plus attendre qu’un conflit s’achève pour intervenir sur le terrain, nous devons être présents dès le déclenchement du conflit, lorsque notre présence peut aider les populations à construire une résilience », a affirmé la  directrice générale de la Banque mondiale, Kristalina Georgieva.

« L’action dans les situations de crise au cours des 50 dernières années a largement manqué sa cible », regrette Achim Steiner, administrateur du PNUD, le Programme des Nations unies pour le développement.

Engagements financiers

Pour mettre en œuvre sa nouvelle stratégie, la France a prévu d’augmenter le budget du fonds « Paix et stabilité » de l’Agence française de développement, qui bénéficiera de 100 millions supplémentaires par an, soit 200 millions au total d’ici à 2020. Cette hausse sous forme de don sera financée par la taxe sur les transactions financières.  « On ne peut agir sur les crises sans prendre en compte leurs causes profondes sur le temps long, en amont et en aval, et sur le temps court de l’apaisement » a déclaré Rémy Rioux, Directeur général de l’AFD

Entre 2007 et 2016, la France a consacré environ 3,2 milliards d’euros par an en moyenne aux États fragiles.

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