La France peine à honorer ses engagements envers l’Alliance du vaccin

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En matière de santé, la France contribue à plusieurs fonds multilatéraux dont l’Alliance du vaccin, ou GAVI. Mais le recul du budget d’aide au développement met cette contribution sous pression.

La France peine à honorer ses engagements de financement d’aide au développement dans le secteur de la santé. Avec un projet de budget 2015 qui entérine une baisse de 2,8 %des crédits consacrés à l’aide publique au développement  par rapport à 2014, les arbitrages s’avèrent complexes.

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« Le financement de l’aide au développement en matière de santé est souvent fait sous forme de dons. En bon gestionnaire, l’État sait qu’il est plus efficace d’opérer des coupes budgétaires là-dessus » détaille Bruno Rivalan, responsable de plaidoyer à Global Health Advocates France. 

Selon les calculs de l’ONG,  depuis 2012 le budget de l’APD dédié à la santé diminue. Hors annulations de dette, cette baisse était de 9,82 % en 2014. Et le projet de budget 2015 reflète un recul de 8,83%.

Du côté du gouvernement, on dément tout désengagement de l’État sur le budget santé de l’APD. « Le budget de l’APD santé reste une priorité pour la France » soutient l’entourage d’Annick Girardin, la secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie, qui souligne que le « budget 2015 n’est pas encore complètement figé ».

Engagements internationaux

Si l’aide au développement française souffre depuis plusieurs années, sur le front de la santé la France doit pourtant respecter ses engagements au sein des grands fonds internationaux en faveur de la santé dans les pays en développement, comme le Fonds mondial, l’Alliance du Vaccin ou encore UNITAID, qui constituent les principaux canaux de distribution de l’aide française en matière de santé.  

 « Le secteur de la santé est principalement financé via des initiatives multilatérales, car il faut une atteindre un niveau critique pour être efficace dans  » explique-t-on dans l’entourage de la secrétaire d’État au développement.

Concrètement, l’aide bilatérale de la France en matière de santé n’a représenté qu’environ 100 millions d’euros entre 2010 et 2015, alors que la seule participation au Fonds mondial contre le sida représente à elle seule 360 millions d’euros par an, celle de GAVI s’élève à 100 millions d’euros entre 2011 et 2015 et enfin UNITAID perçoit environ 110 millions d’euros par an.

Les financements innovant au secours de la santé

? Pour faire face aux difficultés budgétaires, la France a misé sur la contribution des financements innovants. La taxe sur les transactions financières (TTF) à la française et la taxe sur les billets d’avion, des financements innovants censés apporter une aide additionnelle, sont de plus en plus sollicitées.

Ainsi, la contribution française au Fonds mondial, habituellement financée par le budget de l’État bénéficie cette année de financement en provenance de la TTF financières et de la taxe sur les billets d’avion. « En 2011, 60 millions d’euros de la contribution française au Fonds mondial provenaient de ces taxes. En 2015, c’est 173 millions qui devraient provenir de ces taxes » souligne Bruno Rivalan. Il y a un véritable effet de substitution des taxes au budget de l’Etat» regrette le responsable de plaidoyer.

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L’Alliance du vaccin, GAVI, qui travaille à l’amélioration de l’accès à la vaccination des enfants dans les pays les plus pauvres pourrait aussi devoir compter sur les financements innovants. En effet, en 2011, la France a promis une enveloppe de 100 millions d’euros à l’Alliance pour le vaccin sur la période 2011- 2015.

Gavi en attente

«Mais  la France n’a toujours pas respecté la promesse faite en 2011 de débourser 100 millions d’euros d’ici fin 2015 ; 27,5 millions d’euros ne sont pas programmés dans le projet de budget 2015»  s’étonne Global Health Advocates.

Du côté du gouvernement, on évoque un trou de 22 millions d’euros, « dont les financements n’ont pas encore été identifiés.  Les financements innovants pourraient être mis à contribution ».  Au niveau politique, « La France reste engagée aux côtés de Gavi » a tenu à rappeler Annick Girardin lors d’une audition au Sénat le 3 décembre. 

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Et le temps presse, puisqu’en janvier 2015, Berlin va accueillir la conférence de reconstitution des ressources de Gavi pour la période 2016-2020.Une période pour laquelle la France n’a pas encore communiqué ses engagements. « La contribution française n’a pas encore été définie. Elle sera annoncée lors de la conférence » explique-t-on au ministère. Pour la période 2016-2020, GAVI espère obtenir  7,5 milliards de dollars, soit 5,6 millions d’euros. 

« L’Allemagne, qui prendra la présidence du G7 le 1er janvier 2015, multiplie les messages de soutien et les engagements pour la vaccination et la santé globale. A l’inverse, nous remarquons un désengagement progressif de la France, alors que la santé a toujours été un marqueur de sa politique extérieure. En restant muette et en faisant le choix de faire de la santé mondiale une variable d’ajustement, la France risque de perdre de son influence sur la scène internationale », explique Bruno Rivalan, responsable plaidoyer de Global Health Advocates France.

« La santé est un enjeu mondial que la France ne peut nier. L'épidémie d'Ebola a démontré que les crises sanitaires ne connaissent pas de frontières et que des systèmes de santé fiables sont cruciaux pour éviter que des épidémies ne se transforment en crise humanitaire. La France n'a aucune excuse valable de renoncer à ses engagements en faveur d'une organisation qui améliore la santé des enfants dans les pays les plus pauvres et contribue à renforcer les systèmes sanitaires », selon Friedrike Röder de ONE France.

Depuis sa création en 2000, Gavi a permis de vacciner 440 millions d’enfants. Grâce aux fonds mobilisés en janvier prochain, Gavi espère pouvoir atteindre 300 millions d’enfants supplémentaires.

Pour cela 7,5 milliards de dollars, soit 6 milliards d’euros, seront nécessaires.

  • Janvier 2015 : conférence des donateurs en Allemagne

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