La France veut doubler ses échanges commerciaux avec l’Afrique

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La France souhaite relancer ses échanges commerciaux avec l’Afrique pour reprendre une part de marché en nette diminution depuis dix ans. Et profiter de la croissance du continent, une des plus dynamiques du monde.

Les entreprises françaises doivent mettre le cap sur l’Afrique. Le message semble partagé par les quelque 500 chefs d’entreprises africaines et françaises rassemblés à l’occasion de la conférence consacrée au « nouveau modèle de partenariat économique » entre la France et l’Afrique.

Ce forum s’est tenu à Paris sous l’égide du ministère de l’Économie et des finances et du Medef international, l’avant-veille du sommet pour la paix et la sécurité en Afrique des 6 et 7 décembre.

« Je retiens cet objectif: la France doit doubler ses échanges avec l’Afrique, dans les deux sens, exportations et importations », a déclaré le président François Hollande à l’issue de ce forum.

Et pour cause. L’intérêt des investisseurs étrangers pour le continent ne cesse de croître : le montant des investissements a triplé en cinq ans. Une dynamique largement alimentée par de nouveaux partenaires tels que la Chine, dont la part de marché a bondi de 2 % en 1990 à 16 % en 2011.

Rattraper le terrain perdu

De son côté, la France voit depuis dix ans sa part de marché sur le continent reculer. De 2000 à 2011, elle est passée de 10 à 4,7 %.

C’est pour enrayer cette baisse et profiter de la croissance africaine que le ministère de l’Économie et des finances a confié à l’ancien ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, la tâche de rédiger un rapport sur la nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France.

Présenté à l’occasion du forum, le rapport propose quinze actions visant à redynamiser les échanges commerciaux entre la France et l’Afrique parmi lesquelles :

    Poursuivre et amplifier les mesures révisant la politique française de visas économiques afin de faciliter la circulation des acteurs économiques entre la France et l’Afrique.

  • Soutenir le financement des infrastructures en Afrique.
  • Réduire le coût de mobilisation des capitaux privés et des primes de risques appliquées à l’Afrique.
  • Augmenter les capacités d’intervention de l’Union européenne en faveur de l’Afrique.
  • Susciter des alliances industrielles franco-africaines dans des secteurs clés pour les économies française et africaine : agriculture, énergie, transport, développement urbain, biens de grande consommation, numérique, industries culturelles, santé, tourisme et sécurité.
  • Favoriser l’investissement des entreprises françaises en Afrique.
  • Créer une fondation publique-privée franco-africaine qui sera le catalyseur du renouveau de la relation économique entre la France et l’Afrique.

Un marché convoité

« Tout le monde connaît le potentiel de l’Afrique de demain », a soutenu Hubert Vedrine. L’Afrique enregistre un taux de croissance parmi les plus dynamiques du monde, qui devrait atteindre 5,6 % en 2013 et 6,1 % en 2014. Mais aussi une démographie galopante qui doit en faire un marché de consommateur convoité. Du côté de Bercy, on estime que le doublement du montant des exportations vers l’Afrique dans les cinq prochaines années représenterait une manne de 200 000 emplois créés pour la France.

Des constats partagés

Parmi les propositions du rapport, un certain nombre a retenu l’attention des chefs d’entreprises du continent africain. Les entrepreneurs présents ont notamment pointé du doigt les difficultés d’accès à l’éducation de haut niveau en France pour les étudiants africains, dénonçant une politique d’immigration excluante. « Il ne faut pas avoir peur que ses étudiants restent en France : l’appel du pays est trop fort » a affirmé, Jean-Kacou Diagou.

Autre frein au développement des investissements, l’évaluation du risque. Pour Jacqueline Mugo, Secrétaire Générale de Business Africa, le Medef du continent, « la perception du risque des hommes d’affaires français en Afrique est mauvaise. Il est surévalué du fait de l’instabilité de quelques pays ».

« Nous espérons que ce forum va donner lieu à des orientations et des décisions politiques fortes et engageantes tant de la part des décideurs africains que français » a affirmé Miriem Bensalah Chaqroun, présidente de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc – (CGEM) à l’occasion d’une table ronde organisée lors du forum sur la nouvelle dynamique économique entre la France et l’Afrique.

Sortir de la logique souveraine

« Ce rapport doit être un électrochoc : la France ne peut pas se permettre luxe de rater le coche de la croissance africaine » a affirmé Jean-Michel Severino, coauteur du rapport. Il s’agit également d’un changement de mentalité dans les relations entre les partenaires.

« Il faut arrêter ce discours politiquement correct qui fait croire que la France est là uniquement pour aider l’Afrique et « accessoirement » pour faire des affaires. Ce n’est pas vrai » a affirmé Jean-Kacou Diagou, président de la Fédération des Organisations patronales d’Afrique de l’Ouest africain.

Pour l’heure, ce nouvel élan que Paris tente de donner aux relations commerciales entre la France et le continent africain doit cohabiter avec une politique d’aide publique au développement importante.

Quatrième contributeur mondial d’Aide publique au développement (APD), la France concentre en effet la majeure partie de ses financements sur l’Afrique en général et en particulier l’Afrique subsaharienne (41 %).

Pour autant, ces financements publics sont jugés insuffisants au regard des défis du continent. « Lorsqu’on se projette à 10 ou 20 ans, l’aide publique au développement ne représentera plus que quelques pour cent du Produit intérieur brut (PIB) des pays bénéficiaires » souligne Emmanuel Faber, directeur général délégué de Danone.

Missionné par Pascal Canfin, le ministre délégué chargé du développement, le patron de Danone doit remettre un rapport au mois de janvier sur les innovations de l’aide publique au développement.

  • janvier 2014: remise du rapport sur les innovations de l'aide publique au développement.
  • Un partenariat pour l’avenir : 15 propositions pour une nouvelle dynamique économique entre l’Afrique et la France – décembre 2013
  • Rapport d'information des sénateurs Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel -L'Afrique est notre avenir - octobre 2013

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