La France veut plus de coordination entre les agences d’expertise européennes

Un quart des projet d'Expertise France se déroulent au sahel.

Chevilles ouvrières de politique de solidarité, les agences européennes d’expertise internationale veulent plus travailler ensemble. Objectif : s’imposer face aux agences onusiennes, notamment sur la question de la sécurité.

Après trois ans d’existence, Expertise France, l’agence française issue de la fusion des différents bureaux d’expertise internationale au sein des ministères français gère aujourd’hui un portefeuille de plus de 500 projets et de 900 millions d’euros. Elle vient de prendre la tête du réseau d’agence européenne de coopération et de développement (Practitioners’ Network for European Development Cooperation).

La France veut développer le réseau des agences européennes, qui regroupe une quinzaine de ses homologues européens.  « Ce  réseau rassemble les agences de mise en œuvre européenne. C‘est à la fois un réseau d’agences nationales qui participent à la mise en œuvre de leur politique de coopération nationale et européenne, mais aussi une plateforme d’échange », explique Sébastien Mosneron Dupin, directeur général d’Expertise France.

Les agences d’expertises  fournissent un appui aux pays en développement pour renforcer leurs capacités sur des thématiques aussi variées que les finances publiques, le développement durable ou la bonne gouvernance. Et de plus en plus sur la sécurité, un sujet devenu central dans la politique européenne de développement.

L'expertise internationale française tente de s'imposer face à l’Allemagne

L’agence d’expertise technique à l’internationale, Expertise France, ambitionne de devenir un acteur européen. Dans ce secteur dominé par l’Allemagne, la coordination européenne peine à émerger.

A l’image de l’action française en matière de développement, Expertise France réalise 80 % de son activité  en Afrique dont la moitié en Afrique subsaharienne et un quart au Sahel. Et possède des compétences particulières en matière de sécurité, « ce qui n’est pas le cas de toutes les agences européennes » précise Sébastien Mosneron Dupin.

Le réseau européen  regroupe pour l’heure 11 pays : l’agence autrichienne (ADA), espagnole (AECID), italienne (AICS), portugaise (Camões), britannique (British Council), Tchèque (CzDA), belge (Enabel), allemande (GIZ), luxembourgeoise (LUX-DEV), slovaque (SlovakAid), suédoise (Sida) et néerlandaise (SNV). Et pèse ensemble 2 milliards d’euros de projets conjoints en 2017.

Un panel qui devrait s’élargir. « Nous réfléchissons notamment à la manière d’aider les nouveaux états membres tels que la Lituanie, la Slovaquie ou encore la Pologne à créer leurs propres  agences d’expertise » explique Sébastien Mosneron Dupin. « Ces pays ont une expérience assez récente de passage à l’Union européenne, donc ils sont particulièrement bien placés pour intervenir dans le voisinage Est de l’Europe ». Au-delà de l’élargissement du réseau, la question du maintien de l’agence britannique dans la foulée du Brexit est également un sujet de préoccupation.

Bras armé de la Commission

Dans le domaine de l’expertise, la coordination de l’action européenne n’est pas portée par un coopérateur unique, puisqu’aucune agence européenne n’existe. A charge des différentes agences nationales de se coordonner, au risque de voir la cacophonie s’installer sur le terrain. « Si l’on arrive en ordre dispersé dans un pays, on génère une partie du problème au-delà de la solution » explique le directeur général.

En effet, la multiplication des agences sur le terrain nécessite une coordination particulièrement pointue. «  Au Mali, il y a 35  bailleurs de fonds qui représentent environ 50% de l’investissement public du pays. Si les 35 entités ne sont pas coordonnées, c’est la cacophonie ! » explique-t-il.

Le renforcement de la mise en œuvre conjointe de programmes de coopération  va ainsi être un des axes de la présidence d’Expertise France.

La France réorganise son expertise technique internationale

Le projet de loi sur le développement et la solidarité international, adopté par le Sénat, prévoit la création d’une structure unique pour chapeauter l’ensemble de l’’expertise internationale française.

«Élaborer des réponses communes, c’est la certitude de proposer les réponses les plus adaptées aux problématiques des pays bénéficiaires. Ensemble, nous serons mieux positionnés auprès des bailleurs de fonds, notamment l’Union européenne dont moins d’un tiers du budget dédié aux programmes d’aide transite par les agences des États membres » explique Sébastien Mosneron Dupin.

« Nous sommes aujourd’hui le bras armé de la Commission européenne pour la mise en œuvre des projets. Avant, la Commission se reposait surtout sur les agences onusiennes comme le CNUD, mais c’est moins le cas aujourd’hui depuis la Commission Juncker  » explique Sébastien Mosneron Dupin.

La mise en place du fonds fiduciaire pour l’Afrique, dont un des principaux axe est celui de la sécurité a notamment donné un coup d’accélérateur à la coopération des agences. Et cela devrait se poursuivre.  « Le réseau réfléchit avec la Commission sur différents sujets et notamment sur le continuum sécurité et développement » conclut Sébastien Mosneron Dupin.

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