La gestion des crises humanitaires profite aussi des nouvelles technologies

La prévention est un élément important de l’aide humanitaire et de la gestion des crises, et les nouvelles technologies peuvent jouer un rôle fondamental à cet égard, estime Christos Stylianides. [Sarantis Michalopoulos/EURACTIV]

Systèmes d’alertes météo, communication en temps réel et cartes de débit pour les réfugiés : le recours aux nouvelles technologies rend l’aide humanitaire plus efficace  selon le commissaire Christos Stylianides. Un article de notre partenaire Euroefe.

L’aide humanitaire fournie par l’Union européenne aide près de 120 millions de personnes chaque année, selon les données de la Commission. Ensemble, l’UE et ses membres figurent parmi les principaux bailleurs de fonds humanitaires dans le monde (60 % des fonds humanitaires) alors que son budget destiné à l’aide humanitaire ne représente que 1 % de son budget total, soit un peu moins de deux euros par habitant.

Christos Stylianides était chirurgien-dentiste, avant de rejoindre le gouvernement de la République de Chypre. Il a été élu eurodéputé lors des élections européennes de 2014 et a rejoint le PPE. Il est ensuite devenu commissaire à l’aide humanitaire et à la gestion de crise.

Comment la politique d’aide humanitaire de l’UE a-t-elle changé et évolué, et à quels nouveaux défis est-elle confrontée ?

La nature et la durée des crises humanitaires évoluent, et nous devons adapter nos réponses en conséquence. Il y a des conflits armés dans nos pays voisins qui font souffrir la population locale et créent une crise migratoire sans précédent. À cela s’ajoutent d’autres causes telles que la rareté des ressources, le changement climatique et le manque de perspectives économiques. Nous continuons d’être les premiers bailleurs de fonds humanitaires et de développement, en contribuant à près de 60 % du total mondial.

Mais il est clair qu’avec des besoins croissants et des ressources qui se tarissent, nous devons être très attentifs à rendre notre aide aussi efficace que possible. Par conséquent, nous essayons de compléter notre action, disons plus traditionnelle, de soutien financier par les idées plus innovantes d’organisations internationales et d’ONG.

En Turquie, par exemple, nous distribuons aux réfugiés des cartes bancaires de débit pour leur permettre de choisir eux-mêmes les produits de première nécessité, ce qui préserve leur dignité et soutient l’économie locale. Nous sommes parmi les principaux donateurs en Irak et en Syrie et nous mobilisons le reste de la communauté internationale grâce à des conférences de donateurs.

J’ai aussi un intérêt personnel pour des sujets qui sont plus éloignés de l’attention des médias ; par exemple, pour l’éducation des enfants dans les situations d’urgence, qui leur garantit un meilleur avenir. Quand j’ai commencé mon mandat, nous consacrions à peine 1 % de notre aide humanitaire à ce problème. Cette année, nous atteindrons 8 %.

La Commission défend d'arrache-pied l’aide humanitaire en cash

La Commission européenne préfère prodiguer de l’aide humanitaire sous forme d’argent liquide, afin que les bénéficiaires puissent décider eux-mêmes comment le dépenser.

Dans quelle mesure la prévention fonctionne-t-elle ? Comment les nouvelles technologies numériques peuvent-elles aider ?

La prévention est un élément important de l’aide humanitaire et de la gestion des crises, et les nouvelles technologies peuvent jouer un rôle fondamental à cet égard. La numérisation nous permet d’obtenir et d’analyser les données de manière plus rapide et efficace. Par exemple, nous pouvons améliorer les systèmes de détection de catastrophes naturelles. Les satellites permettent de rendre plus précises les cartes des zones touchées par une crise, naturelle ou humanitaire, plus précises. Aujourd’hui, notre système satellitaire Copernicus est utilisé dans le monde entier pour tout type de catastrophe, qu’il s’agisse d’incendies au Portugal, d’ouragans dans les Carabes ou de tremblements de terre en Italie ou au Mexique. Ces nouvelles technologies bénéficient aussi directement aux populations touchées, leur permettant d’accéder aux informations et aux services en temps de crise. Il est clair que les nouvelles technologies seront de plus en plus d’importantes, à la fois pour la prévention que pour l’aide.

Le changement climatique et l’augmentation significative des catastrophes naturelles sur la planète semblent irrémédiablement liés. Le concept de « résilience » dans l’aide humanitaire évolue. Quel est le rôle de l’UE dans cette stratégie, en particulier dans les pays en développement ?

En effet, le lien entre changement climatique, catastrophes naturelles et crises humanitaires devient de plus en plus évident. Pour faire face à ces crises, nous devons aller au-delà de la réponse immédiate et urgente. En ce sens, il est très important d’associer l’aide humanitaire et la coopération au développement, ce qui permettrait d’améliorer la « résilience », c’est-à-dire la capacité d’une communauté à se remettre rapidement d’une situation de crise. Pour cela, il faut s’attaquer aux différents facteurs de vulnérabilité, en plus d’agir dans la prévention et la résolution des conflits.

L'aide humanitaire risque une double peine avec le scandale Oxfam

En République dominicaine, l’aide humanitaire soutient à bout de bras le système de santé souvent mis à rude épreuve par les catastrophes naturelles. Après le scandale d’Oxfam en Haïti, l’aide de l’UE qui passe surtout par Oxfam sur cette zone pourrait être remise en question.

 

Comment la dernière initiative, RescEU, pourrait-elle aider des pays, comme l’Espagne et le Portugal qui sont victimes presque chaque année de graves incendies de forêt ?

Dans l’UE, nous disposons actuellement d’un système efficace, mais limité, pour faire face aux catastrophes naturelles, telles que les incendies de forêt, sur la base de contribution volontaire de nos États membres. Parfois, nous sommes dépassés par l’ampleur d’une catastrophe, comme cela a été le cas l’année dernière au Portugal. Malgré nos efforts pour coordonner l’aide rapidement, les pays voisins n’étaient pas en mesure de partager leur équipement, car ils en avaient en toute logique besoin pour leurs propres feux de forêt. Pour faire face à ce genre de situation, j’ai lancé une proposition innovante appelée « rescEU ». Ce plan permet un renforcement de la capacité de l’Europe à faire face aux catastrophes naturelles et la création de capacités européennes qui peuvent servir de filet de sécurité lorsque les pays sont dépassés.

Il s’agit donc de créer un mécanisme de solidarité responsable. L’objectif est que, une fois rescEU opérationnel, nous puissions réduire considérablement les dommages économiques et environnementaux causés par les incendies de forêt d’autres types de catastrophes naturelles.

Aide au développement: assez de paroles, des actes!

Les ONG appellent Emmanuel Macron à respecter ses promesses sur l’aide au développement.

Pensez-vous que la situation en Syrie puisse devenir une nouvelle « crise oubliée », loin des feux des projecteurs ? Que peut et devrait faire l’UE pour apaiser les souffrances de la population syrienne ?

La crise en Syrie continue d’être une priorité immédiate pour l’UE. Du point de vue humanitaire, nous aidons le peuple syrien depuis le début de la crise et nous sommes encore les principaux donateurs. Notre objectif est de répondre aux besoins des Syriens les plus vulnérables, à la fois en Syrie qu’à l’extérieur du pays. Malgré les difficultés, nous fournissons de la nourriture, l’eau potable, des articles non alimentaires, des abris, des soins médicaux à des millions de Syriens, par le biais d’organisations internationales et d’agences. Mais comme je l’ai rappelé à plusieurs reprises, il est crucial de fournir cette aide sans obstacles ou risques. Avec Federica Mogherini, la Haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, nous avons demandé à toutes les parties au conflit de prendre toutes les mesures nécessaires pour respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU afin de garantir la réduction de la violence et la protection du peuple syrien.

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