La lutte contre la tuberculose achoppe sur le coût des traitements

Tuberculosis

La tuberculose est aujourd'hui encore la maladie infectieuse la plus meurtrière au monde. [Henriette Jacobsen]

 La pénurie récurrente des médicaments contre  la tuberculose  complique la lutte contre cette maladie mortelle mais curable. Un tiers de la population mondiale est porteuse de la bacille. 

La tuberclose représente une charge considérable pour les services de santé dans le monde, a souligné le Dr. Lucica Ditiu,secrétaire exécutive du partenariat anti-TB (Stop TB Partnership), un organe international de coordination de la lutte contre la tuberculose qui rassemble gouvernements, donateurs et ONG, ors d’un exposé au Parlement européen le 21 janvier, elle a souligné la charge considérable que représente la maladie pour les services de santé dans le monde.

Le point sur la tuberculose latente

La tuberculose est une maladie infectieuse répandue et souvent mortelle qui attaque en général les poumons, mais peut aussi affecter d’autres organes. Elle se propage dans l’air quand les personnes souffrant d’une infection active transmettent des fluides respiratoires dans l’air ambiant, en toussant ou en éternuant, par exemple.

La plupart des personnes porteuses de la maladie n’ont cependant pas de symptômes. On parle dans ce cas de tuberculose latente. Une infection latente sur dix devient active. Si la malade n’est pas soignée, elle tuera alors la moitié des personnes touchées.

« Selon l’Organisation mondiale de la santé, deux milliards de personnes, soit un tiers de la population mondiale, sont porteuses du bacille de la tuberculose, le microbe qui cause la maladie », explique Lucica Ditiu. « C’est énorme, nous ne pouvons pas rester inactifs face à une infection de cette ampleur. Le problème est que la maladie n’est pas diagnostiquée, soignée ou suivie correctement, et Dieu sait comment les gens se soignent. »

Les traitements contre la tuberculose sont coûteux et il existe un problème d’approvisionnement au niveau mondial. « Je dois vous rappeler qu’il s’agit d’un problème récurrent, parce que ces médicaments ne sont plus protégés par des brevets », explique Walter Seidel, qui dirige l’unité chargée de l’éducation, de la santé, de la recherche et de la culture à la Direction-Générale de la coopération internationale et du développement (DG DEVCO).

>> Lire : La lutte contre la tuberculose en panne de financements

« La production de certains médicaments est difficile, parce que la technologie est complexe, mais il y a d’autres raisons. L’une de ces raisons est que la tuberculose est une maladie de pauvres et que les pauvres n’ont pas de pouvoir d’achat, l’industrie pharmaceutique a donc peu d’intérêt à produire les traitements nécessaires. Le fait que le marché soit très réglementé est aussi décourageant pour les producteurs », ajoute-t-il.

Lucica Ditiu ne partage cependant pas cet avis et rappelle que nous pourrions tous attraper la tuberculose : « Malheureusement, nous ne choisissons pas l’air que nous respirons et la tuberculose se propage dans l’air. C’est une maladie qui traverse les frontières. Il est vrai que c’est une maladie de pauvres, mais je voudrais ajouter que c’est une maladie de tout le monde. Londres est même appelée la capitale de la tuberculose en Europe, parce que la ville a un gros problème de tuberculose, qui ne fait qu’empirer. »

Encourager la production locale

Iain Richardson, responsable de la production pour l’entreprise pharmaceutique Eli Lilly, indique que son entreprise avait un programme de développement des médicaments combattant la tuberculose, mais qu’elle a décidé d’y mettre fin pour des raisons d’offre et de demande. « Pendant des années, nous avons eu besoin de subventions et notre objectif est devenu de trouver des partenaires susceptibles de mettre en place un système durable », explique-t-il.

Nirj Deva, eurodéputé britannique du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), appelle les pays en développement à épauler la production locale de médicaments contre la tuberculose.

« Les petites et moyennes entreprises, tout comme les microentreprises, forment la plateforme par excellence de notre économique de marché, mais nous devons encourager la production nationale. Nous devons mettre en place une approche intégrée au niveau local pour construire une production durable, qui permettra de réduire le coût des traitements tout en augmentant leur disponibilité dans les zones où ils sont les plus utiles », déclare-t-il, sans omettre qu’il existe des obstacles, comme l’absence d’infrastructures et de main d’œuvre qualifiée et des entraves commerciales.

« Dans les pays en développement, les PME sont souvent confrontées à des réglementations bien plus strictes qu’au sein de l’UE. Elles ne disposent souvent pas de système de protection des données, par exemple. La création d’un environnement favorable aux entreprises et la conversion durable des PME à l’économie officielle, afin qu’elles puissent prospérer, doivent être des priorités, au même niveau que la réduction des lourdeurs administratives », défend-t-il.

La tuberculose (TB) et la tuberculose multi-résistante (TB-MDR) connaissent une hausse dangereuse en Europe.

Face à la multiplication de cas de tuberculose multi-résistante en Europe de l'Est et dans les anciens États soviétiques, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) tire la sonnette d'alarme. Malheureusement, cette crise sanitaire ne reçoit que peu d'attention, déplorent les professionnels, surtout quand la maladie est combinée au VIH/sida.

En 2013, 1,1 million de personnes porteuses du virus du sida ont attrapé la tuberculose. Si elle peut être facilement évitée et est tout à fait curable, la tuberculose reste la maladie la plus courante parmi les porteurs du VIH, et notamment les personnes en cours de traitement antirétroviral. Tous les ans, environs 360 000 porteurs du virus, soit la plupart d'entre eux, décèdent de tuberculose.

>> Lire : La France réduit sa contribution à la lutte contre le sida

  • 2015 : Année européenne du développement.

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