La malnutrition infantile creuse son sillon à N’Djamena

L’hôpital de l’Amitié Tchad-Chine possède la seule unité de traitement de la malnutrition sévère aiguë gratuite à N'Djamena.

Dans la capitale tchadienne, l’hôpital de l’Amitié Tchad-Chine traite les cas de malnutrition aiguë chez les jeunes enfants. Un fléau des campagnes qui a gagné la ville depuis plusieurs années.

Asta Beshir Ali passe un bracelet brachial autour du bras de son nourrisson de 8 mois. Et montre avec le sourire la zone orange qui s’affiche sur le bracelet de plastique, signe que son enfant est hors de danger.

Le bracelet tricolore permet de mesurer le diamètre du bras des jeunes enfants, et de détecter le niveau de malnutrition, allant du vert (état normal) au rouge (état grave).

« Je suis venue ici car Issa avait des ballonnements et la diarrhée et il était dans la zone rouge », explique la jeune mère de 22 ans. Son jeune enfant a été traité pour malnutrition sévère aiguë dans l’hôpital de l’Amitié Tchad-Chine. Et après avoir repris quelques dizaines de grammes et été soigné pour ses coliques, il doit sortir dans la journée.

Le fils d’Asta Beshir Ali a huit mois et souffre de malnutrition sévère aiguë.

Le cas d’Asta Beshir Ali est loin d’être une exception à N’Djamena, la capitale du Tchad, où la malnutrition aiguë sévère des nourrissons et des jeunes enfants  – le stade le plus grave  – s’étend de manière alarmante. La capitale tchadienne, qui compte 1,3 million d’habitants, affiche le triste record du plus haut taux d’enfants mal nourris en milieu urbain de toute l’Afrique.

Malnutrition en milieu urbain

Fléau des campagnes, la malnutrition infantile épargne généralement les grands centres urbains, où l’activité économique permet toujours aux familles un accès minimum à l’alimentation. Et où les moyens économiques et sanitaires sont concentrés pour répondre aux besoins alimentaires de base.

Dans le pays touché de plein fouet par la crise économique depuis 2015 et la chute des prix du pétrole, le nombre d’enfants touchés par la malnutrition sévère a grimpé sans discontinuer. Il est passé d’environ 100 000 en 2010 à plus de 260 000 en 2018.

Le mari d’Asta Beshir Ali fait partie de la population dont les revenus se sont taris avec la crise économique. Son métier de moto-taxi a directement été touché par la crise et la rareté des clients ne permet plus à la famille de se nourrir correctement.

« Cette année, le nombre de cas [de malnutrition] a explosé depuis le mois de mars », explique Alexis, le coordinateur médical de l’unité pour les enfants mal nourris.

Période de soudure

Le pic d’hospitalisation démarre dans le sillage du début de la saison de la pluie. Les conditions d’hygiène se dégradent. Les diarrhées se font plus fréquentes. « Et c’est également le début de la période de soudure, pendant laquelle la pénurie de nourriture se fait durement sentir avant la nouvelle récolte », explique le coordinateur.

Face à la multiplication des cas, l’Alliance pour l’action médicale internationale (Alima), l’ONG en charge de l’unité pour les enfants mal nourris au cœur de l’hôpital a poussé les murs. Pour une capacité de 80 lits, le service accueille souvent plus de 100 enfants. « Aujourd’hui, ce sont 150 enfants que l’on traite. On s’arrange comme on peut, mais c’est loin d’être nickel », détaille Alexis. La politique, c’est de ne refuser personne. « On est déjà monté jusqu’à 167 lits » poursuit-il.

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Un peu plus loin, la salle de jeu a également été transformée en lieu de transit, pour les enfants sous surveillance avant leur sortie définitive. La durée moyenne du séjour est de seulement 5 jours. « Il faut parfois faire des sorties plus rapides que ce que l’on souhaiterait, la priorité c’est de libérer des lits », reconnait le médecin référent Halarou Assoumaria.

La saturation de la seule unité publique et gratuite de traitements des enfants mal-nourris de la capitale est devenue préoccupante pour les 7 médecins et 26 infirmières. Dans le vaste bâtiment, que les habitants de N’Djamena appellent communément l’hôpital chinois, le nombre de cas traité en 2018 a déjà augmenté de 40% par rapport à la même période sur l’année précédente. Une hausse qui a fait grimper en flèche le risque de malnutrition aiguë sévère, de 1,4% à 4,9% des enfants de la capitale.

40% d’augmentation des cas 

« Résultat, cette année nous pensions prendre en charge environ 33 000 cas, et nous avons du réévaluer à 52 000 », explique le médecin. Une hausse qui risque de mettre à mal les capacités de l’unité, la seule à prendre en charge gratuitement le traitement contre la malnutrition, grâce aux financements apportés par la coopération française et européenne.

La saison des pluies a débutée à N’Djamena. [Cécile Barbière]

« Les enfants ne sont pas suivis, et ils arrivent directement à l’hôpital, souvent dans un état critique. », explique une infirmière. Ces admissions tardives entraînent un taux de décès important – de l’ordre de 7% en 2018 – dont la majorité intervient dans les 24 heures suivant l’hospitalisation.

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Outre la pauvreté, la malnutrition aiguë sévère est aussi le fait d’une mauvaise alimentation. Et ne concerne pas seulement les classes sociales défavorisées, mais aussi les plus aisés.

Pour éviter les rechutes et prévenir la malnutrition, l’hôpital mise sur la formation à l’alimentation infantile des jeunes mères. Éducatrice, Clarisse enchaîne chaque jour des ateliers culinaires et de sensibilisation collective à l’alimentation infantile. « Je montre aux mères qu’avec les aliments à la disposition de presque toutes les familles comme le sorgho, le riz ou le mil on peut nourrir correctement son enfant », explique-t-elle.

La jeune femme tente aussi d’encourager les jeunes femmes à pratiquer l’allaitement exclusif. Une pratique peu répandue au Tchad. « Beaucoup de femmes arrivent ici en disant que leur lait est maudit, qu’il transmet des maladies à leur enfant. L’ignorance joue beaucoup », explique-t-elle.

La formation permet souvent d’éviter que la malnutrition ne se répète d’un enfant à l’autre. « Et cela fonctionne mieux quand le père assiste aux ateliers, car c’est lui qui fait les achats », explique Clarisse.

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