L’Afrique continue de perdre de l’argent en flux financiers illicites

[DFID - UK Department for International Development]

Les Français reconnaissent l'importance de l'aide au développement internationales, mais se sentent mal informés. [DFID - UK Department for International Development]

Les flux financiers illicites font perdre chaque année au moins 50 milliards de dollars à l’Afrique, soit davantage que l’ensemble de l’aide au développement que reçoit le continent, selon un rapport de l’OCDE.

Les flux financiers illicites demeurent un problème majeur en Afrique. Dans son rapport « Flux financiers illicites, l’économie du commerce illicite en Afrique de l’Ouest », publié mardi, l’OCDE rappelle que le continent africain perd en moyenne chaque année 50 milliards de dollars.

Selon les estimations du groupe de haut niveau du Comité économique pour l’Afrique des Nations Unies, ces flux seraient en augmentation depuis le début du siècle, où ils représentaient moins de 20 milliards de dollars par an.

Le financement du développement bute toujours sur l’évasion fiscale

Chaque année, l’évasion fiscale fait toujours perdre davantage aux pays en développement que la totalité de l’aide octroyée par les pays développés.

En se concentrant sur l’Afrique de l’Ouest, l’OCDE établit une cartographie des économies criminelles à l’origine de flux financiers illicites, allant du commerce illégal de médicaments au trafic d’êtres humains. Pour l’organisation internationale, le coût financier de ces flux serait démultiplié par ses conséquences sur le développement et la stabilité des pays concernés. Le trafic de cocaïne serait ainsi utilisé pour « intimider ou corrompre les agents publics », tandis que le commerce de véhicules volés permettrait de financer le terrorisme.

La lutte contre les flux financiers illicites mise en échec

Les initiatives n’ont pourtant pas manqué pour lutter contre les flux financiers tant au niveau africain qu’international. Plusieurs gouvernements africains ont ainsi ratifié des conventions internationales portant sur le sujet, et adopté des législations sur le blanchiment d’argent ou la lutte contre le terrorisme.

Au niveau européen également, de nouveaux outils ont récemment été mis en place, comme l’entrée en vigueur de la quatrième directive européenne anti-blanchiment, ou encore l’adoption de la proposition de reporting public pays par pays en juillet 2017, qui obligera les multinationales européennes à publier le détail de leur activité dans l’ensemble des pays où elles exercent une activité.

Reporting pays par pays : une victoire contre l'optimisation fiscale

Les grandes entreprises devront révéler le détail de leurs activités pays par pays, même en dehors de l’Union européenne. Une mesure de transparence qui devrait permettre aux pays les plus pauvres de mieux lutter contre l’évasion fiscale.

Les ONG luttant contre l’évasion fiscale …

Pour autant, les raisons à l’origine des flux financiers illicites persistent. En particulier, ces derniers persisteraient du fait de leur intégration dans les économies locales. « Dans certains cas (…), retirer une économie illicite revient à retirer une source de subsistance importante », souligne Tuesday Reitano, directrice de l’Initiative mondiale contre le crime organisé transnational.

Les flux financiers illicites seraient par ailleurs auto-entretenus du fait de leur interaction avec des facteurs de développement et de gouvernance. « Les profits illicites peuvent être utilisés pour influencer les processus politiques, permettant aux acteurs liés aux groupes criminels de se maintenir au pouvoir et tirer profit de leur activité criminelle », souligne le rapport.

Des flux supérieurs à l’aide au développement

Le constat semble d’autant plus alarmant  « que les flux financiers illicites dépassent l’aide publique au développement, qui s’élevait à 41 milliards de dollars en 2016 », explique Nadine Gbossa, chef de la division directrice de la division partenariats et politiques globaux à l’OCDE.

« Les deux enjeux sont différents, rappelle Linda McAvan, présidente de la commission du développement au Parlement européen, qui enjoint les « États membres à faire plus pour l’aide publique au développement, en particulier à respecter leur engagement de consacrer 0.7 % de leur PIB à cette dernière ».

Actuellement, seuls cinq États membres respectent ce taux. Du côté français, cette aide devrait être portée à 0.55 % du RNB selon les déclarations d’Emmanuel Macron, contre un niveau de 0.38 % en 2016.

Comment les flux financiers illicites pénalisent l'aide au développement

Les flux financiers illicites touchent de plein fouet les pays africains, qui voient disparaitre chaque année l’équivalent de toute l’aide publique au développement envoyée par les bailleurs de fonds.

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