L’aide à l’agriculture intensive recule timidement en Afrique

Le Burkina Faso est membre de la NASAN. [Gilles Paire / Shutterstock.com]

Cible de nombreuses critiques, la Nouvelle Alliance pour la Sécurité alimentaire et la Nutrition vient de perdre le soutien de la France. Elle conserve pour l’heure celui de l’Allemagne et de l’UE.

La France a finalement jeté l’éponge. En plein remaniement de sa stratégie d’aide publique au développement, le gouvernement français a décidé le 8 février de retirer son soutien à la Nouvelle Alliance pour la Sécurité alimentaire et la Nutrition (NASAN)

Ce vaste programme lancée par les pays du G7 et financée en partie par l’UE avait pour objectif de faciliter le développement de partenariat publics-privés en Afrique afin de donner un coup de fouet à la productivité agricole.

Au travers de cette transformation du modèle agricole, la NASAN espérait permettre l’amélioration de la sécurité alimentaire sur le continent, encore fortement touché par la malnutrition. Ainsi que de sortir 50 millions de personnes de la pauvreté d’ici 2022.

Rassemblant des pays donateurs, dix pays africains (Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ethiopie, Ghana, Mozambique, Tanzanie, Bénin, Malawi, Nigéria, Sénégal) et des grandes firmes de l’agrobusiness tels que Cargill, Monsanto ou Louis Dreyfus, la NASAN ambitionnait de mettre en œuvre un modèle d’agriculture intensive en Afrique.

Pourtant, depuis le lancement de l’initiative, les critiques à l’encontre du modèle de développement sous-tendu par l’Alliance se sont multipliées. Pour la société civile, les projets de la NASAN sont davantage profilés pour le bénéfice des grands semenciers que pour celui des petites exploitations familiales, qui constituent la vaste majorité du tissu agricole africain.

Toilettage réglementaire

Dans le dernier bilan d’étape réalisé fin 2016 par plusieurs ONG, la balance des bénéfices obtenus par la mise en œuvre de la NASAN semblaient en effet clairement pencher en faveur des investisseurs privés.

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Les eurodéputés réclament un changement radical de cap pour la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, qui tend à répliquer le modèle d’agriculture intensive dans les pays africains.

En effet, depuis 2012, les dix pays partenaires avaient mis en œuvre 92% de leurs 210 engagements de modifications législative ou réglementaire, relève le rapport. À l’inverse, selon les dernières données disponibles datant de 2015,  seuls 18% des projets annoncés au Bénin et 22% des projets annoncés en Côte d’Ivoire avaient été déclarés mis en œuvre.

…en demi-teinte

« La Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) a engendré des conséquences catastrophiques pour les communautés locales impactées, et aggravé l’insécurité alimentaire et nutritionnelle des plus pauvres », a rappelé l’ONG Oxfam dans un communiqué.

Responsable de la mise en œuvre du programme au Burkina Faso, la France a finalement décidé de retirer son soutien à l’initiative. Une décision pour l’instant isolée, puisque le reste des partenaires n’ont pour l’instant pas annoncé leur intention d’embrayer.

En Allemagne, les ONG appellent également à un désengagement de l’État fédéral, tandis qu’au niveau européen c’est le Parlement qui a tiré la sonnette d’alarme dès 2016, pour l’instant en vain.

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« Ce retrait de la France devrait être pris en compte par les autres partenaires de la NASAN, tels que l’Union européenne et les États africains. L’Allemagne, autre contributeur majeur de la NASAN, doit également annoncer son retrait », ont déclaré les ONG.

Le Royaume-Uni, autre pays contributeur n’a pas refinancé  le projet depuis fin 2016. « Mais sans qu’il y ait eu d’annonce officielle de retrait », explique Bertrand Noiret d’Oxfam France.

Une réorientation vers l’agriculture familiale

En France, c’est une étude réalisée par le centre de recherhce agronomique pour le développement (CIRAD) sur les résultats des projets NASAN au Burkina Faso et plus spécifiquement le pôle de croissance de Bagré qui a poussé le gouvernement à se désengager.

« Le pôle de croissance de Bagré avait par exemple prévu un projet d’irrigation qui a mené à l’éviction des petits paysans de la zone et provoqué des cas d’accaparement des terres assez évidents », explique  Bertrand Noiret.  « Le fait que la France se retire seule ne remet pas en cause l’existence même de la Nasan. Il faut maintenant que la France pousse les autres contributeurs à quitter l’alliance. »

Dans le relevé de décision de Paris, le gouvernement fait état de son intention de renforcer « son appui, notamment en Afrique et en particulier au Sahel, à un développement rural inclusif et à l’agriculture familiale ».

Cette volonté de réorienter l’aide française à l’agriculture familiale n’est pas pour l’heure suivie par l’Allemagne, autre contributeur à la NASAN.

« Depuis son lancement, la NASAN n’a jamais répondu aux besoins des petits agriculteurs dans les États membres », affirme Jan Urhahn, spécialiste de l’agriculture et de l’alimentation pour le réseau INKOTA.

En 2017, le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) avait décidé de promouvoir l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) et de lui octroyer 10 millions d’euros. Comme le NASAN, l’AGRA dépend aussi beaucoup de la diffusion d’engrais minéraux plutôt que de la promotion de la fertilisation organique.

« Tous ces programmes représentent une agriculture obsolète », déclare Jürgen Maier du Forum Environnement & Développement. Au lieu de cela, les ONG allemandes demandent au gouvernement fédéral de répondre aux appels des petits agriculteurs pour plus de souveraineté alimentaire, pour le respect du droit à l’alimentation et pour une agriculture respectueuse de l’environnement et du climat. « Nous exhortons le gouvernement fédéral à enfin promouvoir les approches agro-écologiques et les formes alternatives de marketing et à promouvoir un changement nutritionnel », explique Sarah Schneider de MISEREOR.

Reste à savoir si le nouveau gouvernement allemand entendra cet appel. Car pour l’heure, les experts et les représentants de la société civile ne considèrent pas la stratégie allemande pour le développement durable comme des lignes directrices suffisamment ancrées dans le nouvel accord de coalition.

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