L’aide au développement française revient à son niveau de 2012

L'éducation sera la priorité du gouvernement Macron pour l'aide publique au développement. [Anton Ivanov/Shutterstock]

En 2017, l’aide au développement française a reprise une courbe ascendante. Mais après des années de baisses successives, cette reprise a seulement ramené la solidarité internationale de l’Hexagone au niveau de 2012.

En 2017, la France a été le pays qui a le plus augmenté son aide publique au développement (APD). Après des années de baisse du budget consacré à la solidarité internationale, l’Hexagone a affiché une hausse de près de 15% entre 2016 et 2017, selon les statistiques publiée le 8 avril par le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE.

Cette hausse a ramené l’aide française à 0,43 % du revenu national brut (RNB), alors qu’elle s’établissait à 0,38 % en 2016. Mais elle a surtout permis à la France de se remettre sur les rails de l’objectif international de consacrer 0,7% du RNB à la solidarité internationale, dont le pays s’éloignait inexorablement depuis des années.

Objectif de 0,7%

Pour 2017, comme les années précédentes, seule une poignée de pays respecte l’objectif des 0,7%, tous situés en Europe. Le Danemark (0,72%), le Royaume-Uni (0,7%) la Norvège (0,99%), le Luxembourg (1%) et la Suède (1,01%) figurent depuis plusieurs années au tableau d’honneur des pays donateurs, tandis que l’Allemagne, qui avait atteint l’objectif en 2016 est repassée sous la barre symbolique des 0,7 %.

« Bien que la France soit encore loin de son engagement international de 0,7%, elle est de retour sur le devant de la scène internationale en matière d’aide au développement. Ce sursaut est d’autant plus crucial que d’autres pays donateurs se désengagent. Elle doit poursuivre cet effort et montrer l’exemple en s’assurant que les augmentations d’aide aillent aux pays qui en ont le plus besoin » a déclaré Friederike Röder, directrice France de ONE.

La France détaille son plan pour augmenter l’aide au développement

Le gouvernement français a dévoilé son plan pour atteindre l’objectif de 0,55 % du revenu national brut dédié à la solidarité internationale d’ici 2022. Mais la hausse des crédit ne commencera qu’en 2020.

La promesse du nouveau président français d’atteindre un premier pallier de 0,55% du RNB pour le développement en 2022 apparaît également plus atteignable.

« L’augmentation de plus d’un milliard d’euros de l’aide française au développement est une bonne nouvelle. Mais la France ne doit pas relâcher les efforts. Pour concrétiser sa promesse, le gouvernement devra augmenter son aide de 6 milliards d’euros d’ici 2022 »   a rappelé Michael Siegel, porte-parole d’Oxfam France sur l’aide au développement.

L’effort français demeure cependant insuffisant sur certains aspects, notamment celui des dons. En effet, l’aide de la France est majoritairement octroyée sous forme de prêts, et non de dons. Une structure qui peu s’avérer problématique pour répondre aux enjeux de lutte contre la pauvreté.

« L’aide française est marquée par une forte proportion de sa part de prêts, qui pilotés avec des exigences de solvabilité ne bénéficient pas aux pays les moins avancés. Ce déséquilibre croissant doit s’inverser au profit des dons » avance Philippe Jahshan, président de Coordination SUD.

Au niveau mondial, la part des prêts dans l’aide interroge également. Car l’aide au développement demeure largement orientée vers les pays à revenu intermédiaires, qui sont les bénéficiaires de la majorité de l’aide mondiale, tandis que les pays les moins avancée ne reçoivent que 45% de l’aide totale.

Une proportion problématique selon l’OCDE, qui appelle à concentrer davantage les ressources sur ces Etats fragiles. « Nous devons nous rappeler que l’aide au développement sert avant tout à venir en aide aux populations et aux pays qui en ont le plus besoin, et où les flux financiers habituels sont toujours difficiles à attirer. Ne l’oublions pas » a rappelé Charlotte Petri Gornitzka, la présidente du comité d’aide au développement de l’OCDE, précisant que le CAD se devrait d’être attentif à la part de prêt dans l’aide des pays donateurs.

L’aide au développement mondiale en baisse

La hausse de l’aide française intervient dans un contexte assez tendu pour l’aide au développement mondiale, qui après avoir connu plusieurs années de hausse a baissé en 2017, selon les chiffres de l’OCDE.

L’aide publique au développement des  pays membres du CAD s’est en effet établie à 146,6 milliards de dollars, soit une baisse modeste de 0,6%. Concrètement, ce léger recul s’explique par la part moindre consacrée par les pays donateurs à l’accueil des réfugiés, dans la continuité d’un tassement de la crise. L’aide dédiée à l’accueil des réfugiés par les pays donneurs a en effet chuté de 13,6 %. Les coûts des réfugiés dans les pays donneurs ont ainsi représenté 9,7 % de l’aide, contre 11 % en 2016.

Ainsi, sans prendre en compte le coût des réfugiés dans les pays donneurs, l’aide mondiale a augmenté de 1,1 % en 2017.

L'accueil des réfugiés cannibalise l’aide au développement

Nombre de pays utilisent de plus en plus leur aide au développement pour financer l’accueil des réfugiés sur leur sol. Une tendance qui devrait se poursuivre en 2016, selon un rapport de l’ONG ONE.

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