L’aide française à la traîne sur l’égalité homme-femme

Malgré ses engagements, la France peine à faire parvenir son aide aux pays les plus pauvres ainsi qu’à l’égalité homme-femme, pointe une évaluation de l’OCDE.

L’OCDE a passé au crible l’aide au développement française. Dans un résumé de son rapport, qui sera rendu public en septembre, le comité d’aide au développement de l’OCDE (CAD) pointe un certain nombre de succès, mais aussi de faiblesses dans la politique de l’Hexagone en matière de coopération sur la période 2013-2018.

L’évaluation, dont Euractiv a obtenu une copie, pointe les « baisses successives » de l’aide française depuis la dernière évaluation menée par l’OCDE en 2013. En effet, entre 2012 et 2016, la France a vu passer son aide publique de 0,45 % de la richesse nationale à 0,38 %, ce qui représente une baisse d’environ 850 millions d’euros.

Baisse de l’aide

Mais Paris elle, s’est engagée en 2017 à reprendre une trajectoire ascendante, afin de rehausser son aide à 0,55% du revenu national brut (RNB) d’ici à 2022.

Pour être réalisé, l’objectif ambitieux de 0,55% du RNB consacré à la solidarité internationale devra dégager des caisses de l’État 6 milliards d’euros supplémentaires par rapport à 2016. Une gageure, alors que Paris est seulement en passe de sortir de la procédure pour déficit excessif dans laquelle elle est embourbée depuis 10 ans.

«  L’engagement de la France d’augmenter son APD d’ici à 2022 est la bienvenue après une période de baisses importantes, mais sa mise en œuvre nécessitera des actions immédiates », souligne néanmoins le rapport. « D’ici à 2020 au plus tard, elle devra autoriser les engagements nécessaires pour atteindre cet objectif. »

Sécurité et développement

Parmi les bons points, le rapport pointe l’engagement français dans le domaine de la lutte contre les changements climatiques ainsi que le soutien aux États fragiles confrontés aux crises. L’action française dans la lutte contre le terrorisme et pour le maintien de la sécurité dans la région du Sahel est particulièrement saluée par le rapport.

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Pourtant, la dominante sécuritaire est aussi sujette à critique dans le résumé de l’OCDE. En effet, reprenant les arguments de nombreuses fois formulées par la société civile, les experts mettent en garde contre le risque de faire passer les enjeux de sécurité avant la lutte contre la pauvreté.

« La France doit veiller à ne pas subordonner l’aide au développement aux seules problématiques de sécurité, de politique intérieure ou de régulation des flux migratoires », prévient le rapport.

Il s’agit « d’un rapport très juste du comité d’aide au développement de l’OCDE qui fait écho aux analyses des ONG » a d’ailleurs salué Philippe Jahshan, président de Coordination SUD.

La France a également été une force motrice sur la question du devoir de vigilance des multinationales. En réaction à la catastrophe du Rana Plaza à Dacca, la France a en effet adopté une loi relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre, une première en Europe.

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En revanche, les priorités politiques affichése par l’Hexagone en matière de développement ne se retrouvent pas toujours dans la répartition réelle de l’aide française.

Égalité homme-femme

Seulement 22 % des engagements de la France ciblaient l’égalité femmes-hommes. Un chiffre « très en dessous » de la moyenne des pays donateurs, qui s’élève à 40 %. « Cela semble contredire la priorité accordée par la France à l’égalité femmes-hommes », pointe le rapport.

Autre écueil, la priorité française accordée aux pays les plus pauvres ne se retrouve pas non plus dans le portefeuille français.  En effet, la France a alloué seulement 14 % de son aide bilatérale aux 17 pays prioritaires* en 2016.

De plus, «  aucun de ces pays ne figure parmi les dix principaux bénéficiaires de l’APD française  ». Toujours en 2016, l’aide aux PMA [pays les moins avancés] représentait seulement 19 % de l’aide bilatérale, bien en dessous de la moyenne des pays donateurs, qui s’établit à 37 %. Pourtant, le gouvernement français s’est engagé à concentrer 50% de ses dons sur ces pays.

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Le gouvernement français a dévoilé son plan pour atteindre l’objectif de 0,55 % du revenu national brut dédié à la solidarité internationale d’ici 2022. Mais la hausse des crédit ne commencera qu’en 2020.

L’écart entre les ambitions affichées et la réalité de l’aide s’explique par la prédominance des prêts dans l’aide de l’Hexagone. Un équilibre qui incite l’Agence Française de Développement (AFD), « à investir dans les pays à revenu intermédiaire et dans des secteurs potentiellement profitables », plutôt que dans les pays les moins avancées ou les priorités peu rentables telles que le genre ou la santé.

« Nous attendons désormais que 2019 permette de concrétiser les engagements présidentiels via la feuille de route française de mise en œuvre des objectifs de développement durable, la révision de la loi d’orientation et de programmation relative à la solidarité internationale, des crédits supplémentaires pour l’aide publique au développement dès le Projet de loi de finances 2019 et un accroissement effectif des moyens au profit de la coopération non gouvernementale », conclut Philippe Jahshan.

*Bénin, Burkina Faso, Burundi, Comores, Djibouti, Ethiopie, Gambie, Guinée, Haïti, Liberia, Madagascar, Mali Mauritanie, Niger, République centrafricaine, République démocratique du Congo, Sénégal, Tchad, Togo) 

 

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