L’aide française au développement augmente timidement

EPA/CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL MAXPPP OUT

Si la France semble en passe de revenir sur les rails de ses promesses en matière de solidarité internationale, certaines ambiguïtés du budget 2019 inquiètent les ONG.

La France reviendra-t-elle parmi les bons élèves de l’aide au développement ? À l’occasion de la remise du  rapport du comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE sur la politique de développement de la France entre 2013 et 2018, l’organisation a salué la volte-face française.

Parmi les sujets de satisfaction, les engagements en matière de hausse de l’aide au développement du président français Emmanuel Macron. En effet, dès la campagne pour l’élection présidentielle, l’ancien ministre de l’Économie de François Hollande avait promis d’augmenter le montant de l’aide au développement à 0,55% de la richesse nationale à la fin de son mandat en 2022. Un objectif ambitieux et maintes fois réintégré depuis 2017.

Début septembre, Jean-Yves Le Drian a annoncé une vaste rénovation de la politique d’aide française, comprenant notamment une hausse d’un milliard d’euros de l’aide, mais aussi une nouvelle loi d’orientation et de programmation qui sera soumise au Parlement en 2019. Car après 5 ans de baisse entre 2012 et 2016, l’aide française est passée de 0,45 % de la richesse nationale à 0,38 %.

Cette loi devrait donc aligner les objectifs de la politique française avec ceux des Objectifs de Développement Durable (ODD) et inscrire dans le marbre la trajectoire d’aide.

Une hausse en dent de scie

Côté financement, si une première hausse a eu lieu en 2017, le chemin à parcourir est encore long avant d’atteindre les objectifs affichés.

Sur les un milliard d’euros supplémentaires annoncé début septembre, seule une petite partie serait effectivement débloquée en 2019. « Il s’agit d’autorisations d’engagement qui ont vocation à être réparties sur plusieurs années. Il ne s’agit donc pas d’un milliard d’euros en plus pour l’aide publique au développement en 2019 », souligne Oxfam dans un communiqué.

Et la présentation du projet de loi de finances pour 2019 n’a pas donné le coup d’accélérateur attendu.

La France a proposé une hausse d’à peine 4% de la mission aide publique au développement en 2019, soit 130 millions d’euros.

La France détaille son plan pour augmenter l’aide au développement

Le gouvernement français a dévoilé son plan pour atteindre l’objectif de 0,55 % du revenu national brut dédié à la solidarité internationale d’ici 2022. Mais la hausse des crédit ne commencera qu’en 2020.

La TTF réduite

Le projet gouvernemental entérine en outre une diminution de la part de la taxe sur les transactions financières (TTF) allouée au développement, qui passe de 50% à 35% seulement des recettes totales dégagées par la taxe en 2019.

La taxe sur les transactions financière rapporte chaque année environ 1,5 milliard d’euros, dont une moitié est affectée à la solidarité internationale; soit environ 800 millions.

« Cette hausse est bien sûr bienvenue, mais s’inscrit suite à plusieurs années de baisses majeures. Nous sommes donc toujours en phase de rattrapage. Il faut désormais un coup d’accélérateur important pour que la France soit enfin à la hauteur de ses ambitions et des engagements pris au niveau international », a souligné Michael Siegel, porte-parole d’Oxfam France.

« Selon l’OCDE, ce sont plus de six milliards d’euros qui sont nécessaires pour atteindre les 0,55 % à l’horizon 2022. Or, ce nouveau budget n’acte que 130 millions d’euros de hausse, il ne faudrait donc pas qu’on arrive en 2022 avec une mauvaise surprise », précise Michael Siegel.

Des lacunes en matière d’égalité

Au-delà des montants de l’aide, l’évaluation de l’OCDE souligne que l’aide française reste à la traîne en termes d’égalité femmes-hommes. En effet, 22% des projets seulement incluent l’égalité homme-femme, alors que la moyenne des pays de l’OCDE est à 40%.

L’aide française à la traîne sur l’égalité homme-femme

Malgré ses engagements, la France peine à faire parvenir son aide aux pays les plus pauvres ainsi qu’à l’égalité homme-femme, pointe une évaluation de l’OCDE.

Autre point noir relevé par l’OCDE, la dominante sécuritaire de plus en plus présente dans l’aide française. « La France doit veiller à ne pas subordonner l’aide au développement aux seules problématiques de sécurité, de politique intérieure ou de régulation des flux migratoires », prévient le rapport.

« La tentation est grande, en France comme en Europe, d’utiliser l’argent de l’aide dans des opérations militaires au Mali ou au Tchad, ou encore de retenir les personnes migrantes et réfugiées loin de nos côtes. Or, l’aide doit être mis au service des populations locales pour les accompagner à lutter contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique », souligne encore le rapport.

Les promesses d’APD de Macron jugées insuffisantes

Le président français a annoncé « un effort considérable » pour augmenter le budget de l’aide publique au développement d’ici 2022. Mais paradoxalement, les montants de l’aide resteront inchangés en 2018.

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