L’avenir du Sahel se dessine entre sécurité et développement à Bruxelles

epa05974194 French President Emmanuel Macron (2-L) visits the troops of France's Barkhane counter-terrorism operation in Africa's Sahel region in Gao, northern Mali, 19 May 2017. The French President's visit in Mali is his first trip outside Europe since his inauguration on 14 May 2017. Others are not identified. EPA/CHRISTOPHE PETIT TESSON / POOL MAXPPP OUT [Christophe Petit Tesson/EPA]

La dimension militaire va dominer l’agenda du sommet consacré au Sahel à Bruxelles le 23 février. Mais le renforcement de l’aide au développement dans la région constitue un deuxième volet  indispensable.

La conférence de haut-niveau sur le Sahel du 23 février s’annonce comme un subtil exercice équilibriste entre les enjeux de sécurité et de développement dans la région du Sahel, déstabilisée par la menace terroriste et la pauvreté.

Une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement se retrouvent à Bruxelles pour augmenter leur soutien à la force conjointe du G5 Sahel, qui regroupe le Burkina Faso, le Tchad, le Mali, la Mauritanie et Niger dans la lutte pour la paix et la sécurité.

L'aide internationale trop timide face à l’insécurité au Sahel

L’aide au développement internationale doit financer la sécurité dans la région sahélienne. Une dépense indispensable que la communauté internationale rechigne à effectuer, laissant la France isolée sur ce dossier sensible.

Au cours de la réunion de Bruxelles, le soutien financier international au G5 Sahel devrait atteindre sans problème les 300 millions d’euros visés.

Avec des taux de pauvreté oscillant entre 40 et 50 %, la problématique sécuritaire n’est toutefois pas la seule à miner la sous-région.

« Le développement et la sécurité devront aller de paire au Sahel : l’un ne peut exister durablement sans l’autre », a rappelé  Jean-Marc Gravellini, responsable de l’Unité de Coordination de l’Alliance Sahel.

L’Alliance pour le Sahel a été conclue en juillet dernier par la France et l’Allemagne, avec l’Union européenne, la Banque mondiale, la Banque africaine de développement et les Nations unies, et compte mettre l’accent sur le pilier de développement dans la région.

Sur fond de pauvreté endémique, cette large zone de près de six fois la taille de la France est devenue une véritable poudrière et le terreau du djihadisme. Et depuis l’intervention française au Mali en 2013, Paris à déclenché la sonnette d’alarme auprès de ses partenaires internationaux, non seulement sur les enjeux sécuritaires, mais aussi sur la nécessité de soutenir les populations.

« La principale préoccupation des populations sahéliennes c’est le rétablissement de la justice face au terrorisme et à l’extrémisme », détaillé Jean-Marc Gravellini. Concrètement, l’Alliance pour le Sahel doit permettre d’accélérer les projets de développement dans les zones les plus sensibles de la région, notamment en se concentrant sur les thématiques de bonne gouvernance et de sécurité intérieure, de l’énergie et du climat, de l’éducation, de la formation professionnelle et de l’employabilité des jeunes, qui composent la majorité de la population sahélienne. Enfin, les infrastructures de base, le développement local, l’agriculture et le développement rural  font aussi partie des thématiques prioritaires.

Lors de la grande-messe de Bruxelles, Paris compte augmenter la mobilisation des acteurs internationaux autour de l’Alliance pour le Sahel. Ce qui semble en bonne voix puisque l’Alliance a été élargie à trois nouveaux membres contributeurs : l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni.

À l’occasion du sommet, les différents partenaires vont présenter un portefeuille de 400 projets mis en œuvre dans les zones les plus sensibles du Sahel, pour un financement total estimé à  6 milliards d’euros sur la période 2018-2022, selon les estimations de l’Élysée. Une large partie de ce montant sera fournie par la France, qui table sur 1,2 milliard d’euros au cours des cinq années à venir.

Ce montant reflète un véritable effort de la part de Paris, puisque pour atteindre ces volumes, l’aide affecté au Sahel va devoir augmenter de 40%. À l’issue du dernier comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) début février, le gouvernement français a ainsi décidé d’augmenter significativement son aide au Sahel,

« Il y a une prise de conscience collective de l’importance du Sahel pour la géopolitique internationale », explique-t-on à l’Élysée

L’UE espère récolter plus de fonds pour la coalition militaire du Sahel

La Commission européenne espère que la conférence sur le Sahel, qui aura lieu à Bruxelles cette semaine, permettra de récolter davantage de fonds pour la force militaire conjointe G5 Sahel.

Zones sensibles

La concentration de cette aide sur les zones sensibles de la région sahélienne est également un des mots d’ordre de l’Alliance.  « La logique c’est de concentrer l’action dans les zones les plus vulnérables du Sahel, c’est-à-dire là ou il y a le plus de risque d’implantation de terrorisme. » explique une source à l’Élysée

Une réorientation destinée à concentrer les efforts sur les populations les plus vulnérables. « Il y a des projets de développement locales qui seront mis en oeuvre au plus près des populations, de manière à ce qu’elles voient des améliorations rapides de leur situation », a détaillé Jean-Marc Gravellini.

La nouveauté de l’Alliance tient aussi au fait de coordonner dans les faits les actions de développement et de sécurité. « Concrètement, cela implique une véritable révolution méthodologique en faisant travailler l’Agence française de développement et l’état major militaire des armées à une carte commune pour synchroniser les actions », explique une source à l’Elysée.

Le développement de l'Afrique toujours tributaire du renforcement de la sécurité

Les luttes contre le terrorisme et la corruption sont des prérequis indispensable au développement de l’Afrique, a affirmé Ely Ould Mohamed Vall, ancien Président de la Mauritanie, lors d’une conférence à Bruxelles. 

 

 

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