Le changement climatique risque d’augmenter l’afflux de migrants

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Si les États membres ne parviennent pas à réduire leurs émissions de CO2 et à respecter leurs engagements pour limiter le réchauffement climatique et s'y adapter, les catastrophes comme celle de Lampedusa risquent de se multiplier.

Le bilan du naufrage d'un bateau de migrants à Lampedusa s'élève à 232 morts le 8 octobre, mais 200 personnes sont toujours portées disparues. 

Le bateau transportait principalement des migrants d'Érythrée. Ce peuple « souffre beaucoup des conséquences négatives de la variabilité du climat » depuis 2000 et connait une sécheresse tous les trois ans, selon le Bureau de la coordination des affaires humaines de l'ONU.

Pa Ousman Jarju, le président du groupe des pays les moins avancés lors des négociations sur le changement climatique à l'ONU, s'est entretenu avec EURACTIV. Selon lui, nul ne sait si les personnes décédées sont des réfugiés climatiques, mais les conséquences seront graves si les pays riches continuent d'émettre des gaz à effet de serre et d'ignorer leurs promesses d'aide climatique.

« D'autres réfugiés arriveront chez vous à la recherche d'herbe plus verte », déclare-t-il. « Regardez ce qu'il se passe. Pratiquement chaque mois, vous apprenez une tragédie impliquant des personnes de cette partie d'Afrique ou d'Asie : c’est la conséquence. »

« Les gens vivent presque dans la misère dans leur propre pays », ajoute-t-il. « Je pense que la communauté internationale doit venir en aide aux réfugiés dans les pays en développement. »

Les ministres européens de la justice vont discuter le 8 octobre de la catastrophe de Lampedusa. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, va se rendre sur l'île le 9 octobre.

EURACTIV a contacté trois directions générales de la Commission européenne : Développement, Action pour le climat, Aide humanitaire et réaction aux crises. Aucune n'a voulu commenter les corrélations entre le changement climatique et la migration. Toutes se sont renvoyé la balle.

Selon plusieurs diplomates de pays en développement, ce sujet montre que « les traînards » dans l'UE pourraient entraver le rôle prépondérant de longue date de l'Union dans les négociations internationales sur le climat. Ces dernières devraient commencer à Varsovie en novembre.

Evans Davie Njewa, un négociateur climatique au Malawi, explique à EURACTIV que la « calamité » de Lampedusa n’est que l’une des nombreuses catastrophes influencées par le réchauffement de la planète. Le changement climatique provoque déjà des inondations annuelles dans les zones de plaines au Malawi.

« Les habitants doivent être relocalisés et recevoir de quoi survivre parce qu'ils ont perdu leurs champs, leurs cheptels et leur maison », indique-t-il. « Le changement climatique contribue [à l’augmentation du] nombre de réfugiés. En raison des hausses des températures, leur nombre continuera de grimper en Afrique et dans le monde. »

Les réfugiés climatiques, une certitude

Le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l'Homme des migrants, François Crépeau, a prévenu dans un rapport en 2012 que la migration mondiale due au changement climatique était une « certitude » au cours des prochaines années.

Le changement climatique accentuerait probablement la fréquence et l'intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, comme les tempêtes tropicales et les vagues de chaleur. Les processus graduels de dégradation de l'environnement, comme la désertification ainsi que l'érosion des sols et des côtes, s'intensifieraient, indique le rapport.

« Une réaction naturelle [des personnes victimes de ces phénomènes] sera la migration », explique le rapporteur.

Les scientifiques estiment que, d'ici 2050, près de 15 millions de personnes pourraient être déplacées au Bangladesh en raison du changement climatique. L'Inde a construit une barrière d'environ 4 kilomètres sur l’ensemble de sa frontière avec le Bangladesh pour empêcher ses voisins d'entrer dans le pays.

Le Dr Mohammed Asaduzzaman, le chef de l'équipe de négociation du Bangladesh sur le changement climatique, explique à EURACTIV que la migration internationale est tout à fait envisageable.

Le cyclone Aila

« La migration a lieu à partir de districts côtiers même en temps normaux », indique-t-il. « Mais après le cyclone Aila en 2009, nous avons découvert des endroits pratiquement sans hommes. Tous les hommes étaient partis pour la ville la plus proche, délaissant les femmes et les enfants. »

Le cyclone Aila a provoqué la mort de 330 personnes. Près de 8 000 sont toujours portées disparues et environ un million sont sans logement. Ces phénomènes semblent de plus en plus courants.

Plus de 5 700 personnes ont été portées disparues et présumées mortes en juin après des inondations de la mousson dans le nord de l'Inde.

Shailesh Nayak, le ministre indien des sciences de la terre, déclare : « Les [phénomènes] météorologiques extrêmes sont de plus en plus courants. Les précipitations du 17 juin doivent s'inscrire dans le contexte du changement climatique. »

Ces catastrophes peuvent pourtant être atténuées dans une certaine mesure grâce à des financements adéquats. Ces fonds permettraient de construire des infrastructures et des logements résistants aux tempêtes dans des régions prédisposées aux phénomènes météorologiques extrêmes.

Sans ces financements, le déplacement deviendrait « presque permanent », selon M. Asaduzzaman.

« Le déplacement au niveau national se fait à grande échelle et les réfugiés climatiques internationaux pourraient également poser problème », ajoute-t-il. « Nous devons convenir d'une solution afin que cela ne devienne pas problématique. »

Selon un rapport de 2012 de l'ONG DARA, le changement climatique aurait provoqué la mort d'environ cinq millions de personnes en 2010. Le coût pour l'économie mondiale s'élevait à 800 milliards d’euros.

L'establishment politique américain

L'establishment politique américain considère certainement le changement climatique comme une « menace sérieuse » pour la sécurité nationale. Plus par crainte de vagues de migration que par sympathie pour les victimes, selon ses détracteurs.

D'anciens secrétaires d'État américain à la défense et à la sécurité intérieure, plusieurs généraux et un ancien directeur des services de renseignements ont écrit une lettre cette année. Ils mettent en garde contre « des millions et des millions de voisins affamés et assoiffés dans le sud [des États-Unis] à la recherche d'un endroit où aller ».

Si des mesures de précaution ne sont pas prises, « les conséquences du changement climatique à l'étranger pourraient provoquer une migration de masse, influencer des conflits civils et finalement conduire à un monde plus imprévisible », peut-on lire dans cette lettre.

Selon Michele LeVoy, la directrice du Programme de coopération internationale sur les migrants dépourvus de documents (PICUM), la construction de murs contre la migration est une cause principale de tragédies, comme celle de Lampedusa.

En raison des mesures de sécurité accrues, « les migrants ont recours à des moyens très dangereux pour tenter d'entrer en Europe. Le manque de canaux réguliers les pousse à prendre des chemins plus dangereux », explique-t-elle à EURACTIV.

« Des tragédies vont encore se produire, c'est inévitable », ajoute-t-elle.

Contexte

En 2005, les Nations unies ont prévenu que des millions de personnes, principalement dans les pays en développement, tenteraient de fuir la dégradation de l'environnement due au changement climatique.

L'ONU estime que le monde comptera au moins 250 millions de réfugiés climatiques d'ici 2050.

Une équipe de recherche transatlantique du Fonds Marshall pour l'Allemagne des États-Unis a publié en 2010 les premiers résultats de ses travaux sur la migration due aux phénomènes climatiques. Elle a souligné que le changement climatique allait créer de de plus en plus de nouveaux groupes d'immigrants.

>> Lire : Le problème des réfugiés climatiques soulève des questions juridiques

Elle a conclu que l'intensification du changement climatique provoquerait le déplacement de plus de personnes dans les régions les plus pauvres du monde. Et de nouvelles réponses à l'immigration seront donc nécessaires.

Les chercheurs ont identifié plusieurs phénomènes climatiques qui pourraient influencer la migration à l'avenir : la sécheresse, la désertification, la montée du niveau des mers, la concurrence pour les ressources naturelles et les catastrophes naturelles de plus en plus graves, comme les cyclones.

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