Le drame du Rana Plaza pousse l’UE à bouger sur les normes du travail

Les décombres de Rana Plaza. Dhaka, Bangladesh, 13 mai 2013. [rijans/Flickr]

Il y a un an, le bâtiment Rana Plaza s’était effondré au Bangladesh, provoquant la mort de 1 135 personnes. La Commission européenne se penche sur une nouvelle initiative pour renforcer les normes de travail des entreprises mondiales qui fournissent l’Europe.

« Nous voulons discuter avec le secteur privé pour savoir comment augmenter les résultats [en matière de respect du droit des travailleurs] et comment attirer les acteurs autour de la table afin qu’ils prennent leurs responsabilités », a déclaré Klaus Rudischhauser, le directeur général adjoint de la DG développement lors d’une conférence le 19 juin.

« Nous nous penchons sur la mise en place d’une étiquette pour les textiles que vous achetez tous les jours dans les magasins. Vous pourriez voir sur l’étiquette que l’entreprise applique les normes sociales et environnementales », a-t-il expliqué.

L’initiative pourrait être le « projet phare » de l’année européenne du développement 2015, a-t-il avancé.

D’autres représentants de la Commission contactés par EURACTIV ont précisé que le projet n’était pas encore très avancé. Ils ont toutefois ajouté que le sujet serait abordé en profondeur lors d’une réunion le 20 juin avant le début des consultations interservices.

Une étiquette ou un code de conduite pourraient être par exemple envisagés, selon des sources haut placées de la Commission. « Nous pourrions ensuite évoquer d’autres secteurs, tels que la pêche et l’industrie extractive, mais nous voudrions d’abord commencer avec l’industrie des vêtements […] », selon l’une de ces sources.

Les hauts fonctionnaires ont insisté sur la nécessité de garantir la confiance dans les informations divulguées puisque la Commission n’a pas les ressources pour procéder elle-même aux inspections et aux contrôles des fabriques de vêtements. Les tentatives précédentes de renforcer les normes ont été mises à mal.

Label « éthique »

« Des labels [certifiés] ont été retrouvés dans le bâtiment [Rana Plaza] à Dhaka après l’incendie. Ils ont été délivrés par des entreprises qui faisaient du commerce éthique, mais quelle est donc la signification de ce terme dans ce contexte ? », se demande un autre représentant de l’UE. « Les labels ne fonctionnent pas toujours. »

Aidan McQuade, directeur d’Anti-Slavery International, partage cet avis. La législation en place, les contrôles ainsi que l’application des lois sont déterminants pour la réussite de ces programmes. Il a salué l’initiative proposée par le représentant de la DG développement.

« L’éradication du travail forcé devrait être une préoccupation majeure dans la politique de développement donc, si la Commission européenne envisage une action coordonnée et concertée, c’est assurément une bonne nouvelle », s’est-il réjoui.

Aidan McQuade met en avant des mesures pour aider des pays comme le Bangladesh et la Thaïlande à améliorer leurs systèmes judiciaires et les inspections du travail. L’UE pourrait faire la différence dans ces deux domaines en partageant les bonnes pratiques, assure-t-il.

« C’est une bonne idée en principe, mais le diable réside dans les détails », a-t-il mis en garde.

Règles strictes

Au sein de la Commission aussi, certains craignent que des règles strictes pour les fabricants, les acheteurs et les importateurs de vêtements suscitent une vive opposition au sein de la DG commerce. Un porte-parole du commissaire Karel de Gucht a toutefois déclaré qu’il existait actuellement de « graves lacunes » en matière de sécurité et du droit du travail pour les travailleurs du textile au Bangladesh.

Il reste encore différentes questions à trancher. Les auteurs du projet devront par exemple décider si les mesures doivent s’appliquer aux vêtements ou au textile, un vaste secteur qui inclut notamment la production de coton. Ils devront également se pencher sur la manière de protéger les travailleurs contre la pollution environnementale lors la fabrication de jeans. Les travailleurs utilisent en effet très souvent des toxines et des produits chimiques.

Il reste aussi à trouver une méthode pour convaincre les hauts responsables de gouvernement qui détiennent bon nombre d’actions dans l’industrie des vêtements.

Pour l’instant, les initiateurs du projet essaient de préciser les détails de toute proposition où les projets-pilotes fonctionnent le mieux. Ils veulent aussi déterminer les plus grands fabricants de vêtements dans les pays en développement qui revendent dans les magasins européens.

« Si Zara et H&M achètent des vêtements venant du Bangladesh, pas de souci », a indiqué un fonctionnaire. « Mais si les vêtements viennent de Chine, c’est différent : l’Europe n’a pas les capacités de contrôler des quantités aussi importantes. Comment peut-on négocier les critères pour les étiquettes en Chine ? », se demande-t-il, perplexe. 

Contexte

L'effondrement d'une usine en avril 2013 au Bangladesh constitue le troisième accident mortel en six mois et soulève des questions sur la sécurité des travailleurs et les conditions de travail dans le pays pauvre d'Asie du Sud, dont les vêtements représentent 80 % des exportations.

 Entre le début de l'année et juin 2012, les exportations de vêtements du Bangladesh vers l'UE se sont passées à 8,6 milliards d'euros, contre 8 milliards l'année précédente, selon le ministère du Commerce du Bangladesh. L'Allemagne est le marché principal de l'UE, suivie par le Royaume-Uni, l'Espagne et la France.

Les États-Unis représentent le deuxième plus grand marché à l'exportation pour le textile, après le Bangladesh.

Plus d'information

Subscribe to our newsletters

Subscribe