Le Parlement européen aimerait revigorer l’Union pour la Méditerranée

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Après des débuts chaotiques, l’UpM est en place depuis 2011. Soutenue par l’Assemblée strasbourgeoise, l’institution manque d’une reconnaissance politique des Etats de l’UE et dispose de faibles marges de manoeuvre budgétaires.

Le « Printemps arabe » a montré une Union européenne déroutée, incapable de proposer une réponse satisfaisante à un sursaut démocratique qu’elle n’a pas vu venir. Cette situation politique explosive s’est superposée à une crise économique qui, depuis 2008, creuse les inégalités entre le Nord et le Sud de la Méditerranée.

Face à ce constat d’impuissance, le président du Parlement européen propose la relance du partenariat euro-méditerranéen. 

Afin de combler le « vide de leadership politique » et donner « un coup d’accélérateur à la mise en œuvre des projets de Union pour la Méditerranée (UpM) à l’heure de bouleversements politiques et économiques régionaux majeurs », Martin Schulz a convoqué un sommet des présidents des Parlements des 42 pays actuellement membres de l’organisation, les 6 et le 7 avril.

Emploi, logistique, énergie

Après des débuts chaotiques (voir encadré), l’institution est en place depuis 2011. Trois premiers projets doivent voir le jour, dans le courant de l’année 2013, dans plusieurs pays de la rive sud. Le premier est intitulé « jeunes femmes créatrices d’emploi », un autre vise à améliorer la gestion et l’utilisation des ressources en eau, et le dernier est destiné à améliorer la logistique dans la circulation des marchandises (LOGISMEDTA). 

Deux chantiers « phares » doivent également démarrer cette année : le plan solaire méditerranéen et l‘initiative régionale pour l’emploi. Celle-ci a pour objectif de faciliter l’entrée sur le marché de l’emploi des jeunes diplômés particulièrement touchés par le chômage dans les pays arabes. 

14 projets relatifs au développement économique et social durable, et à l’enseignement supérieur et aux transports ont déjà été approuvés par les 42 Etats membres. Ils n’ont pas encore été lancés. 

Manque d’appui

Aujourd’hui, l’UpM ne dispose pas de fonds propres et sollicite divers bailleurs de fonds comme la Banque européenne d’investissement (BEI) ou des agences de développement nationales.

Le budget de fonctionnement de l’UpM en fait une institution de taille modeste, selon Jean-François Daguzelle, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. En 2011, les besoins du secrétariat ont été estimés par Bruxelles à 6,1 millions d’euros, 50% au moins provenant des contributions des Etats membres. 

« Il faudrait un appui politique beaucoup plus affirmé », en raison des « besoins financiers », note-t-on pourtant à l’UpM. La démarche du Président du Parlement européen est « un signal lancé vers la Commission et les Etats membres », analyse cette source. 

Relance parlementaire de l’UpM

En mettant fin aux régimes autoritaires, les Révolutions arabes ont permis de déplacer le pouvoir vers les Parlements, par l’organisation d’élections législatives en Tunisie, en Egypte ou en Libye. 

Pour relancer l’UpM, le Président du Parlement européen entend renforcer leur position dans les relations euro-méditerranéennes. « [Le] dialogue politique doit se construire autour de trois axes : les peuples, les parlements et la participation », a-t-il écrit dans une tribune cosignée avec André Azoulay, président de la Fondation euroméditerannéenne Anna Lindh, consacrée au dialogue des cultures, parue dans le journal La Croix, mercredi 3 avril. 

L’initiative du Parlement permettra peut-être de restaurer l’image très écornée de l’Union européenne dans la région. L’UE « a perdu en crédibilité » en acceptant de composer avec les régimes autoritaires aujourd’hui renversés, souligne Khadija Mohsen-Finan, chercheuse associée à l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS).

« Une partie de la société civile occidentalisée souhaite un lien fort avec l’Europe, mais une autre partie lui tourne le dos », constate la chercheuse. « Les militants des droits de l’homme ont été reçus par le Parlement européen dans le passé, mais ont été méprisés par la Commission », souligne-t-elle.

Statu quo

Mais pour Kristina Kausch, spécialiste du Moyen-Orient au think tank européen FRIDE, malgré une « bonne connaissance » de la région, les eurodéputés n’ont qu’un poids « symbolique » face aux Etats de l’UE dont dépend la vraie nature des relations entre le nord et le sud de la Méditerranée. 

Directement concernées par l’immigration provenant des pays du Sud, la France, l’Italie ou l’Espagne ne seraient pas enclines à accroître la mobilité des personnes au sein de l’espace méditerranéen. 

Aujourd’hui, l’heure est donc encore au « statu quo » dans les relations euroméditerranéennes. Elles sont structurées par la politique européenne de voisinage (PEV), par laquelle Bruxelles fournit de l’aide budgétaire et technique aux Etats du sud et de l’est de l’Europe. Cet argent étant principalement destiné au développement économique, à la modernisation des infrastructures et des institutions. 

Pour ses nombreux détracteurs, la politique de voisinage vis-à-vis de la Méditerranée est d’abord motivée par le besoin de sécuriser les frontières de l’Europe en aidant les Etats du sud à contenir les flux migratoires.

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