Le Parlement européen valide le consensus pour le développement

Le nouveau consensus pour le développement a reçu le feu vert des eurodéputés le 1er juin à Bruxelles. Mais les critiques demeurent nombreuses, notamment sur les ambitions de contrôle des migrations qui figurent dans l’accord.

Le consensus européen pour le développement vient d’être adopté au Parlement européen, le 1er juin en session plénière à Bruxelles. Mais pas de manière consensuelle.

Adopté par les ministres européens le 19  mai, le consensus pour le développement intègre les nouveaux objectifs mondiaux de développement durable à la politique de l’UE en matière de développement. Un vaste chantier qui a redessiné le cadre de la politique d’aide européenne, et provoqué des désaccords importants.

Les ONG contestent le nouveau consensus sur le développement

A peine adopté par les ministres des Affaires étrangères, le nouveau consensus sur le développement est décrié par les ONG de terrain. La priorité à la sécurité est notamment dénoncée.

Au Parlement, les eurodéputés des deux principales familles politiques, le PPE et les socialistes (S&D) se sont majoritairement prononcés en faveur du consensus dans une résolution adoptée à 405 voix pour, 70 contre et 159 abstentions.

« La coopération au développement est essentielle pour réduire les causes originelles de la migration illégale et des déplacements forcés, parce que les pays qui sont politiquement stables connaissent moins de départs de masse. Dans ce contexte, une plus grande attention a été portée au lien primordial entre le développement et la sécurité et à l’interdépendance entre la stabilité, la bonne gouvernance et l’État de droit d’un côté et la croissance et le développement à long terme de l’autre » a affirmé le rapporteur PPE, Bogdan Wenta.

Résolution alternative

Mais parallèlement, les élus des groupes des libéraux (ALDE), les Verts, la gauche radicale (GUE) et les eurosceptiques (EFDD) ont présenté une autre résolution appelant à rejeter le texte du consensus, jugé trop appuyé sur les problématiques de contrôle migratoire et de sécurité au détriment de la lutte contre la pauvreté.

« C’est un recul pour la politique européenne de développement. Au lieu de mettre la lutte contre la pauvreté en premier plan, cette révision fait de l’intérêt européen une priorité », a regretté l’eurodéputée écologiste Heidi Hautala.

Cette résolution parallèle n’a recueilli que 176 votes, mais a largement mis en évidence les faiblesses du consensus déjà dénoncées par les ONG.

 

Réactions mitigées face à la nouvelle stratégie de l'UE pour le développement

Les ONG ont accueilli avec réserve la refonte totale de la stratégie de l’UE sur le développement.

Parmi les principaux points d’achoppement figure la place laissée à la régulation des flux migratoires, qui a pris une ampleur sans précédent dans le nouveau consensus sous la pression des crises des réfugiés auxquels le continent européen fait face notamment depuis 2014.

« Les migrations sont une question d’intérêt commun, surtout avec nos partenaires africains », a affirmé le commissaire européen en charge du développement, Neven Mimica, lors du débat en plénière le 31 mai.

Les eurodéputés ayant soumis la proposition alternative se sont notamment opposé « à toute tentative de lier l’aide au contrôle aux frontières, à la gestion des flux migratoires ou aux accords de réadmission », souligne le texte.

La crise des réfugiés chamboule l'aide au développement

L’Europe est toujours le principal pourvoyeur d’aide au développement dans le monde. En 2015, son budget de solidarité internationale a fortement augmenté pour couvrir les coûts d’accueil des réfugiés.

Autre point sensible dénoncé par la résolution alternative, celui des dépenses de sécurités faites dans le pays du sud au titre de l’aide au développement. Ces dernières peuvent parfois être comptabilisées comme de l’aide, selon des règles définies par OCDE. « Mais le nouveau consensus ne rappelle pas ces règles de comptabilisation mises en place par l’OCDE » s’inquiète une source au Parlement.

Objectif des 0,7%

C’est cependant la question du financement de ce consensus qui a fait l’unanimité contre elle au Parlement européen. Les deux résolutions rappellent la nécessité d’un calendrier pour atteindre l’objectif de consacrer 0,7 % du RNB (Revenu national brut) à l’aide publique au développement.

Cet objectif n’est suivi que par une poignée d’Etats membres, et régulièrement repoussé voire abandonné par d’autres en période de restrictions budgétaires. « Consacrer 0,7 % du RNB à l’aide au développement est devenu une arlésienne, événement toujours annoncé qui ne se produit jamais » a rappelé l’eurodéputé Charles Goerens (ALDE). « Le consensus entérine l’objectif des 0,7 %, mais dans le même temps certains Etats membres ont annoncés qu’ils comptaient aller bien en deçà ! Nous sommes en face d’un problème de crédibilité » a-t-il poursuivi.

Après cette adoption au Parlement, le nouveau consensus doit être officiellement adopté par l’UE lors des journées européennes du développement, qui se tiendront à Bruxelles les 7 et 8 juin.