Le partenariat économique entre l’UE et l’Afrique de l’Ouest se précise

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L'UE et les pays d’Afrique occidentale ont finalement trouvé un compromis pour un accord de libre-échange et d'aide au développement après 10 ans d'atermoiements. En revanche, du côté de l'Afrique orientale et australe, les négociations s'enlisent.

L’Union et les pays d’Afrique se préparent à la signature d’un accord de partenariat économique sans précédent. L’accord, qui comprend un volet commercial et un volet développement, garantira aux États d'Afrique occidentale un accès sans entrave aux marchés européens sur le long terme. Une fois en vigueur, il rendra caducs les accords bilatéraux provisoires conclus avec la Côte d'Ivoire et le Ghana.

« Nous sommes très satisfaits des progrès […] réalisés lors des négociations de Dakar, » a confié à EURACTIV John Clancy, le porte-parole de l’UE pour le commerce. « Les résultats de ces négociations sont encore tributaires d'approbations politiques, » a-t-il cependant nuancé.

Mais il semblerait que ce soit une formalité, selon certaines sources proches des pourparlers. Tandis que les négociateurs assurent publiquement qu'ils ont simplement rempli leur mission et qu’ils ont « relevé» l'ambition de l'accord, un certain optimisme gagne les bureaux diplomatiques.

Dès le début, les chefs d'État ont indiqué qu'ils accepteraient de négocier à la condition que l’accord comprenne un volet important dédié à l'aide au développement, selon le Nigérian Kolawole Sofola, négociateur au nom de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Les négociateurs en chef de la CEDEAO devraient se rencontrer le 7 février. Les chefs d'État et de gouvernement de l'Union devraient officiellement entériner pour la première fois depuis 2007 un accord régional de partenariat économique fin février ou début mars. 

La majorité des pays membres de la CEDEAO, à l'exception du Nigeria, du Ghana et de la Côte d'Ivoire font partie de la liste des pays les moins avancés (PMA). Par conséquent, ils bénéficient déjà d'un libre accès vers le marché européen, sauf pour les armes. A partir de la signature de l'accord, cette situation sera étendue à tous.

L'ultime obstacle à la signature de l'accord portait sur la durée du processus de libéralisation des marchés des pays de l'Afrique occidentale. Les États africains ont obtenu une libéralisation de leurs marchés à 75 % sur une période de 20 ans alors que Bruxelles voulait une ouverture des marchés à 80 % sur 15 ans.  

Le mois dernier, l'UE a décidé de suspendre ses subventions aux exportations vers l'Afrique, un tournant pour trouver un éventuel compromis. Les pays de l'Afrique occidentale avaient déjà fait de nombreuses concessions.

La clause de la nation la plus favorisée

Les négociateurs de la CEDEAO ont consenti que l'aide au développement de l'UE, compris dans le programme de l'accord de partenariat économique pour le développement (PAPED), soit maintenue à 6,5 milliards d'euros, soit 8,5 milliards d'euros en deçà de ce que la CEDEAO avait demandé.

Les observateurs affirment que ce montant pourrait être comptabilisé comme une nouvelle aide, bien que déjà été promise dans le passé.

L'accord final a été accueilli chaleureusement par le groupe de réflexion, le Centre européen de gestion des politiques de développement (ECPDM).

« La conclusion d'un accord est une très bonne affaire pour l'Afrique occidentale et une grande victoire pour l'Europe, » a déclaré San Bilal, porte-parole de l'ECPDM.

« Mais si aucun autre accord n’est signé avec d’autres régions [du continent africain], l'Europe se demandera : "Pourquoi est-ce possible de signer un accord avec l'Afrique occidentale, mais ni avec l'Afrique orientale ni australe?" Ce qui risque clairement de générer des tensions, » a-t-il poursuivi.

Le cas de la Communauté de l'Afrique orientale

La Communauté de l'Afrique orientale (CAO) a eu plus de réticences à conclure un accord commercial garantissant un accès préférentiel aux marchés européens. En effet, la CAO est une région qui concentre de plus en plus l'attention d'autres puissances, dont la Chine.

« Si nous signons un APE [accord de partenariat économique] et si les autres régions faisaient de même, nous abandonnerions notre meilleure option […] qui permettrait de mener une vraie réindustrialisation [de la région], » a déclaré l'ex-président de la Tanzanie, Benjamin Mkapa.

Benjamin Mkapa met en doute l'utilité d'un accord : aidera-t-il les économies nationales ? Assurera-t-il la sécurité alimentaire ? Soutiendra-t-il la transition économique du secteur primaire au secteur tertiaire dans la région ?

La capacité fiscale à l'exportation de l’Afrique orientale, y compris sur les matières premières extraites et les produits dérivés, compliquera la signature de tout accord. Des dissensions du même acabit menacent toute perspective d'accords de libre-échange avec l'Afrique australe.

« Nous avons libéralisé tous azimuts et maintenant nous n’avons plus rien à réinvestir », s'est plaint le député ougandais et président de la commission au commerce, Mukitale Birahwa, au sujet de l'accord de libre-échange antérieur.

Des fleurs kényanes en Hollande

Le poumon économique de la région, le Kenya, a demandé l'autorisation de maintenir un accès libre à l'Europe pour ses exportations florales, même si le pays affiche un PIB de 25 milliards d'euros et ne fait pas partie des PMA.

« Si les ministres ne trouvent pas un accord, la question pour le Kenya se pose alors en ces termes : concluent-ils un accord avec l'UE de leur côté ou restent-ils au sein de la région même si leur commerce floral est en difficulté actuellement ?, » a expliqué San Bilal. 

« Ce pourrait vraisemblablement avoir des conséquences négatives pour les nombreux importateurs hollandais de fleurs kényanes, » a-t-il poursuivi. « Ce qui va causer des tensions entre les partenaires. »

Malgré tout le potentiel économique de l'Afrique orientale, l'Afrique occidentale représente 40 % des échanges commerciaux entre l'Europe et les pays de l'ACP. 

La signature d'un accord de partenariat économique (APE) régional était la suite logique de l'accord de Cotonou entre l'UE et les États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP).

 

L'APE a pour objectif d'uniformiser progressivement les relations commerciales entre la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'UE. Mais, les États d’Afrique occidentale pourraient chercher à protéger leurs industries naissantes et leurs productions stratégiques.

 

Une fois ratifié, l'APE entre l'UE et le CEDEAO sera mis en œuvre de façon asymétrique. L'UE ouvrira immédiatement son marché, tandis que le CEDEAO le fera au fil du temps.  En 2007, deux membres de la CEDEAO, la Côte d'Ivoire et le Ghana, avaient initié un APE bilatéral et provisoire avec l'UE.  

  • 7 février 2014: rencontre entre les négociateurs de la CEDEAO
  • Fin février/début mars 2014 : les chefs d'État de la CEDEAO devraient officiellement signer l'accord de partenariat économique avec l'UE

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