Le programme européen de lutte contre la piraterie en Somalie va être prolongé

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L'UE est sur le point de prolonger la mission Atalanta au large du littoral somalien. Le maintien d'un État stable et de la paix dans la Corne de l'Afrique est loin d'être assuré.

Le mandat de l'UE en Somalie aurait dû prendre fin en décembre 2014. Mais, une source européenne a affirmé à EURACTIV que « des signaux forts » semblent confirmer la prolongation de l'opération.

« Il n'y a pour l'instant aucune raison de penser que les États membres ne vont pas prolonger [le mandat] », selon la même source. « Il y a même de fortes chances pour qu'il soit prolongé pendant plus de deux ans. »

Le programme, de plus de 100 millions d'euros par an selon les estimations, vise à protéger le transport maritime international, à lutter activement contre les actes de piraterie et enfin à surveiller les activités de pêche.

Ce programme constitue l’un des nombreux dispositifs, dont les aides financières et l'entraînement de forces de sécurité, mis en place par Bruxelles nécessaires pour stabiliser le pays. À terme, le but de ce programme global est de fonder un État,  et d'assurer la paix dans la Corne de l'Afrique ce qui entraînera une coordination des actions politiques et humanitaires. 

Moins d'actes de piraterie

Notamment grâce au succès de la mission Atalanta, le département d'État des États-Unis se réjouit qu'aucun acte de piraterie contre un navire de commerce n'a réussi en l'espace d'un an et demi au large de la Corne de l'Afrique. Il a également  indiqué que les pirates n’avaient plus réussi à détourner de navires.

Dans la région, le nombre de prises d'otages a chuté de 700 en 2011 à environ une cinquantaine aujourd'hui. Mais l'UE assure qu'elle est « déterminée à réduire ce nombre à zéro: zéro navire et zéro gens de mer aux mains des pirates somaliens ».

« Le combat contre la piraterie n'est pas encore gagné, » indique la haute représente de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, dans un communiqué. « Il est essentiel que la communauté internationale continue à œuvrer ensemble pour éradiquer la piraterie et consolider les progrès déjà accomplis », poursuit-elle.

Dans le cadre de sa présidence d’un an à la tête du groupe de contact sur la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes, l’Union européenne a posé plusieurs priorités : la rationalisation du groupe et une participation plus poussée des acteurs régionaux, tels que les compagnies maritimes, l'Union africaine et les États dans la région.

La première réunion sous la présidence de l'Union aura lieu à Paris le 28 janvier prochain.

Le mois dernier, la France a annoncé qu’elle autoriserait les forces armées de sécurité du secteur privé à assurer la protection des flottes contre les pirates. L'UE a implicitement adopté la même position.

L'UE pour l'action de forces armées maritimes privées

« À nos yeux, il est évident que la décision prise par certains États membres et par certains partenaires internationaux de se doter de forces de sécurité a contribué au succès – ou plutôt à la diminution du nombre d'attaques et de prises d'otages, » certifie le fonctionnaire européen à EURACTIV. «  Nous considérons, du moins en interne, que [cette initiative] politique a contribué à la lutte contre les actes de piraterie. »

Selon les décideurs politiques européens, cette lutte doit être associée à la lutte contre les djihadistes d'Al-Shabaab. Ce groupe islamiste s’est propagé avec force ces dernières années depuis le renversement d’un gouvernement dirigé par des tribunaux islamiques modérés par un coup d'État soutenu par les États-Unis. 

Bruxelles reconnaît que les « modes de fonctionnement » d'Al-Shabaad diffèrent grandement de celui des pirates.  « Cependant, étant donné que la Somalie doit consacrer autant de forces de sécurité dans la lutte contre Al-Shabaab, elle n’en a plus pour gérer d'autres crises sécuritaires », ajoute la même source.

« C'est pourquoi, en tant [que représentants de] l'UE, nous sommes présents sur tous les fronts. D'une part, nous formons un si grand nombre de personnes dans l’armée, ce qui permet directement de gagner du terrain sur Al-Shabaab, et d'autre part, nous nous attaquons à la question de la piraterie, » selon le fonctionnaire européen.

Les intérêts stratégiques de l'UE

En novembre 2011, le Conseil des affaires étrangères de l'Union a qualifié pour la première fois la Corne de l'Afrique « d'intérêt stratégique de l'UE ». En effet, aucun gouvernement ne contrôle la région.

Cette importance géostratégique s’explique par plusieurs facteurs : les liens historiques avec la région, une volonté humaniste et la nécessité de protéger les citoyens de l'UE face aux menaces de la région, telles que « les actes de piraterie, le terrorisme ou l'immigration clandestine », indique la communication du Conseil.

Depuis lors, la question migratoire a pris de l’importance sur le plan politique. Elle est considérée comme un « intérêt stratégique de l'UE » au vu des efforts menés par l'Union dans ce domaine.

« Un certain nombre de migrants fuit l'Érythrée et la Somalie vers le nord par le Sahel, et beaucoup d'entre eux terminent pris au piège dans des endroits et des embarcations comme à Lampedusa, il est donc très important pour l'UE de contribuer au développement et à la sécurité dans la Corne de l'Afrique », a expliqué le fonctionnaire européen.

La majeure partie des 360 migrants décédés lors de la tragédie de Lampedusa provenaient d’Érythrée. Même si un grand nombre d'entre eux avaient transité de Lybie. Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, leur sécurité n'y était en effet plus assurée.

Depuis 2008, l'UE a transféré plus d’1,2 milliard à la Somalie en aide humanitaire et sécuritaire. En septembre de l'année dernière, l'Union s'est engagée à fournir 650 millions supplémentaires dans le cadre d'un plan triennal.

Ceci en vue de fonder un État, de mettre en place des institutions en charge de la sécurité, d'assurer la perception des impôts, de mettre sur pied un système judiciaire. Selon Andris Piebalgs, commissaire européen en charge du développement, l'introduction d'un système institutionnel souple et résistant doit être une priorité dans le cadre des futures interventions de l'UE.

L'aide au développement pour réduire l'immigration

Certains dirigeants européens lancent des appels en vue d’utiliser l'aide au développement pour endiguer l'immigration. La Commission a pour sa part insisté pour que les deux éléments, bien que liés entre eux, restent séparés l'un de l'autre.

Selon Don Flynn, le directeur du Réseau des droits des migrants, qui siège à Londres, l'UE dispose d’une stratégie de collecte de renseignements qui vise à surveiller les mouvements des éventuels migrants dans la région de la Corne de l'Afrique. 

« C'est un élément de très haute importance dans la politique de l'UE et influence vraiment la façon dont l'Union perçoit la Corne de l'Afrique », assure la source à EURACTIV.

D'après ses dires, « l'UE a réalisé d'énormes investissements, et ce sur une longue durée, dans la surveillance et le contrôle des passeports, ainsi que dans un projet, à l'origine plus ambitieux, de normalisation des visas ».

L'Europe a adopté sa stratégie actuelle relative à l'immigration lors d'un Conseil européen extraordinaire à Tampere en Finlande en 1999. Elle l'a ensuite précisée lors du sommet d'Amsterdam et de Stockholm. Cette stratégie consiste en la coopération entre les pays d'origine des migrants, les pays de transit et ceux de destination.

Le 16 septembre 2013, l'UE et la Somalie ont conjointement lancé l’initiative « le New Deal pour la Somalie » lors d'un évènement à Bruxelles. Le programme comprend une aide de 650 millions d'euros.

L'année précédente, le nouveau parlement somalien élisait Hassan Sheikh Mohamoud au poste de président. Cette élection a mis un terme à la phase transitoire du gouvernement fédéral. Objectif : achever la rédaction de la nouvelle Constitution avant les prochaines élections prévues en 2016.

Le pacte s'appuie sur des principes du New Deal, convenus lors du Forum de haut niveau sur l'efficacité de l'aide à Busan (Corée) en 2011. 1) des priorités sectorielles qui suivent 5 objectifs de consolidation de la paix et des États 2) des principes de partenariat et 3) la mise en place et le contrôle des dispositions.

  • 28 janvier 2014 : première réunion du groupe de contact sur la piraterie au large des côtes somaliennes
  • 14 mai 2014:  première session plénière officielle du groupe de contact sur la piraterie au large des côtes somaliennes
  • 17 octobre 2014 : session plénière officielle du Groupe de contact sur la Piraterie

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