Le budget 2018 éloigne encore plus l’objectif de 0,55% d’APD

L’Assemblée nationale a adopté le budget 2018. La place attribuée à l’aide au développement y est bien en deçà des promesses faites par Emmanuel Macron.

Le projet de loi de finances (PLF) a été adopté par les parlementaires français. Grosse déception pour les ONG françaises : les députés n’ont augmenté le budget 2018 dédié à l’aide publique au développement que de 100 millions d’euros.

Le président français, Emmanuel Macron, s’était pourtant engagé à allouer 0,55 % du revenu national brut à l’aide au développement d’ici à 2022 par rapport à 0,38 % en 2016. Pour concrétiser cet engagement, l’APD française aurait dû passer de 9 milliards d’euros actuellement à 15 milliards en 2022, soit une augmentation de 1,2 milliard chaque année pendant cinq ans. Bien loin des 100 millions euros prévus en 2018 par le PLF.

« Le décalage entre les discours politiques et les actes est flagrant ! Avec une augmentation d’à peine 100 millions d’euros du budget de l’aide au développement en 2018, nous sommes encore bien loin des 6 milliards d’euros requis pour concrétiser l’engagement d’Emmanuel Macron », a réagi Michael Siegel, chargé de plaidoyer sur l’aide au développement pour Oxfam.

Les promesses d’APD de Macron jugées insuffisantes

Le président français a annoncé « un effort considérable » pour augmenter le budget de l’aide publique au développement d’ici 2022. Mais paradoxalement, les montants de l’aide resteront inchangés en 2018.

La France est loin d’atteindre les 0,7 % du RNB dédié à l’aide au développement, objectif que les ministres de l’UE, y compris Paris, se sont engagés à respecter. Pour gonfler la contribution française, Emmanuel Macron s’était pourtant dit prêt à un « effort budgétaire considérable pour les cinq années à venir ».

Selon des données de l’OCDE, seuls six des 28 pays membres, à savoir le Danemark, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède, ont atteint en 2016 l’objectif du 0,7 % fixé par les Nations unies.

Justice fiscale

Les ONG voient là un signal inquiétant en matière de justice fiscale : la fiscalité s’allège pour les 1 % de Français les plus riches avec la suppression de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune) et la baisse du taux d’imposition des entreprises, alors que ce manque à gagner pourrait servir à améliorer les services publics ou à accroître l’aide au développement.

« Les 3,5 à 4 milliards d’euros perdus d’ISF pourraient par exemple permettre à la France de plus que doubler son budget d’aide publique au développement pour lutter contre l’extrême pauvreté dans le monde ou de renoncer aux baisses prévues dans le budget du logement », regrette Manon Aubry, porte-parole d’Oxfam.

Autre promesse non tenue, lors d’un discours à la Sorbonne fin septembre, Emmanuel Macron s’était dit favorable à l’idée de reverser l’intégralité des recettes de la taxe sur les transactions financières à la lutte contre l’extrême pauvreté et le changement climatique.

« En refusant d’affecter 100 % des recettes de la taxe sur les transactions financières à l’aide au développement, les parlementaires renoncent à 700 millions d’euros qui auraient pu permettre par exemple à 1 million d’enfants d’accéder à l’école primaire ou à près de 10 millions de personnes d’accéder aux services de santé de base pendant un an », affirment huit ONG françaises.

Les millions manquants de l'aide au développement française

Le budget français dédié à la solidarité internationale devrait augmenter de 500 millions d’euros au cours des trois prochaines années. Le gouvernement évalue à pourtant à 6,4 milliards les besoins d’ici 2022.

Du côté du gouvernement, Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, reconnaissait il y a quelques semaines que la hausse du budget de l’APD n’était pas suffisante pour atteindre d’objectif de 0,55 % mais que le président avait demandé de travailler sur une « trajectoire réaliste ».

« L’heure de vérité sera lors du prochain budget et du suivant », avait alors assuré le ministre. Mais les 500 millions d’euros supplémentaires prévus jusqu’en 2020 dans la loi de programmation trisannuelle changeront difficilement la donne.