Le Sommet des Deux Rives face au défi du financement

sommet-des-2-rives [(Crédit : DR/la tribune)]

Un an après son lancement, ce second sommet devait être la conclusion d’une politique visant à réunir les pays méditerranéens. Si 14 projets ont bien été sélectionnés pour répondre aux grands enjeux économiques, climatiques et de mobilité, la crainte qu’ils n’aboutissent pas demeure. Un article de notre partenaire, La Tribune.

« Marseille va peut-être devenir le lieu de tous les possibles », glisse, dès l’ouverture, l’animateur du sommet des deux rives, qui s’est tenu le 24 juin. Cette initiative lancée par Emmanuel Macron il y a un an tout pile pour « retrouver le fil d’une politique méditerranéenne différente », a réuni au palais du Pharo de Marseille les différents ministres des Affaires étrangères de dix pays du bassin méditerranéen ainsi que des acteurs de la société civile. Pour la politique, les « 5+5 », à savoir cinq pays de la rive nord (Espagne, France, Italie, Malte et Portugal) et autant pour la rive sud (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie). Pour la société civile, « l’assemblée des 100 » avec dix chefs de délégation pour chaque pays.

« Une composante inédite », se réjouit Ouided Bouchamaoui, présidente du comité de pilotage. Elle espère que cette initiative va « encourager la jeunesse des deux rives à se rapprocher pour réduire le gap économique entre le nord et le sud ». Enzo Moavero Milanesi, ministère des Affaires étrangères italien, souligne que « la Méditerranée a toujours été un grand carrefour, mais tout d’abord économique. 20 % du commerce mondial passe ici, c’est un défi pour nous tous ». Andreas Schaal, directeur de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), rappelle « le chômage est de 25 % au Sud et 23 % au Nord, c’est une problématique commune ». « Nous parlons de deux rives, mais moi je n’en vois qu’une seule. Il faut arriver à cela », ajoute Sabri Boukadoum, ministère des Affaires étrangères algérien.

Le défi est transversal. Energie, jeunes-mobilité, économie-compétitivité, culture-tourisme et environnement-développement durable sont les cinq thèmes retenus et sur lesquels chacun devait plancher. Grand absent, le défi migratoire est abordé du bout des lèvres. « Mobilité et migration devraient être vues comme un vecteur de croissance économique plutôt que comme une menace », souffle Khemaies Jhinaoui, ministre des Affaires étrangère tunisien. « C’est le symptôme des inégalités d’une rive à l’autre », balaie Emmanuel Macron.

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Reste à trouver les financements

Au total, 262 projets ont été présentés pour 14 retenus. « Le plus emblématique est pour moi le programme méditerranéen nouvelle chance », avance Jean-Yves Le Drian. Le ministre des affaires étrangères français poursuit : « Cela a été conclu au plus près des acteurs de l’emploi, cela prévoit un réseau d’écoles des métiers de la mer sur les deux rives, une école euro-arabe et un média plurilingue pour promouvoir les actions ». Il n’en sera pas dit davantage sur les projets. Emmanuel Macron veut lui relancer « le rêve » et le « mythe » de la Méditerranée.

Des ambitions qui se heurtent à une réalité. « Le problème c’est l’accès au financement », insiste Samir Abdelkim, entrepreneur marseillais fondateur de Start-upBrics. Un point de vue largement partagé par les différents intervenants. Les précédentes initiatives que sont le processus de Barcelone en 1995 ou l’Union pour la Méditerranée en 2008 n’ont pas abouti. « Le bilan aujourd’hui est en dessous de nos ambitions de l’époque », reconnaît Khemaies Jhinaoui.

La crainte est donc que cela ne devienne le mythe de Sisyphe. « Le grand risque c’est ce que vont devenir de tous ces projets qui ont fleuri pendant ces rencontres. Les fleurs sont jolies mais elles se fanent, il faut s’en occuper. Une idée reste une idée tant qu’il n’y a pas de suivi, de financement et d’appui », prévient Josep Borrell, ministère des affaires étrangères espagnol. Pour réunir les fonds nécessaires, Ambroise Fayolle, vice-président de la banque européenne d’investissement, « compte sur le secteur privé ». De son côté, Abderrahmane Mebtoul, le chef de file de la délégation algérienne annonce qu’il « va proposer une banque méditerranéenne pour financer les projets ».

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Rendez-vous dans six mois

Au-delà du financement, les ministres et acteurs économiques demandent un vrai suivi. « Les anciens dispositifs ont été limités à cause d’engagements insuffisants », juge Khemaies Jhinaoui. « Le suivi est important, il doit se faire de manière systématique dans les semaines qui suivent », Pierre Heilbronn, vice-président de la banque européenne pour la reconstruction et le développement.

Censé être un point d’arrivée, ce rassemblement à Marseille ressemble à un point de départ. « Je vous donne rendez-vous dans six mois », prévient Emmanuel Macron. « Pour voir les projets qui ont avancé pour que l’on essaie de se réunir entre chefs d’Etat ». Le président français « propose de mettre en place une petite équipe qui fasse le suivi concret pour que les financements arrivent et que l’on puisse avoir des résultats ». Un moyen « d’inventer une mythologie nouvelle ».

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