Les banques de développement passent la seconde sur le climat

Rémy Rioux, le patron de l’Agence française de développement (AFD).

Deux ans après la COP 21, les banques de développement regroupées au sein de l’International Development Finance Club (IDFC) ont largement verdi leurs investissements. Mais l’adaptation demeure l’enfant pauvre de leurs efforts.

Le verdissement général des portefeuilles des grandes banques nationales et régionales de développement va bon train. A l’occasion du « One Planet Summit » organisé par la France dans la foulée de l’annonce du retrait américain de l’Accord de Paris sur le climat, l’International Development Finance Club (IDFC) a annoncé qu’en 2016, ses 23 membres avaient fortement augmenté leurs engagements en faveur du climat.

En 2016, IDFC – qui regroupe 23 banques de développement nationales et régionales –  a contribué à hauteur de 159 milliards à la lutte contre le changement climatique, un montant qui a augmenté de 20% par rapport à 2015, année de la COP21, mais surtout représente une part très élevées des financements climat estimés à « un peu plus de 400 milliards de dollars », détaille Rémy Rioux, le patron de l’Agence française de développement (AFD), qui assure aussi la présidence d’IDFC.

La majorité de ses engagements (136 milliards de dollars) a par ailleurs été fléchée vers les pays en développement, où les besoins pour faire face au dérèglement climatique sont les plus nombreux.

Le club des banques de développement se concentre sur le climat

Le patron de l’Agence française de développement, Rémy Rioux, a pris pour deux ans les rênes d’IDFC, un club de 23 banques de développement représentant 3000 milliards de dollars. Objectif: mettre tous les investissements au service de l’agenda pour le développement durable.

« Après la COP 21, nous avons émis la première obligation verte en Turquie et même de la région », se félicite Cigdem İcel, vice-présidente exécutive de la banque de développement turque (TSKB), lors de l’événement « Mainstreaming ! Mobilisation » organisé le 11 décembre à Bercy en amont du sommet climat. «  L’obligation a été souscrite 20% au-delà de nos espérances, ce qui est une très bonne surprise pour une banque d’un pays émergent comme la nôtre » a-t-elle poursuivi.

En Afrique également, la question du financement de la lutte contre le réchauffement climatique est prioritaire. « Le climat est une question de survie pour nos membres » affirme Bassary Touré,vice-président de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD), qui rassemble huit pays de l’Afrique subsaharienne, très affectés par le dérèglement climatique.

Pour la BOAD, IDFC permet aussi d’approfondir l’expertise sur les sujets touchants au climat. « Le renforcement des capacités  est aussi quelque chose d’important. La culture sur les sujets d’environnement n’est pas toujours là, nous avons besoin de convaincre », a-t-il souligné.

Du côté de l’AFD, les projets présentant un cobénéfice climat représentent déjà la moitié du portefeuille. Et l’AFD est aussi la première institution financière à assurer que 100% de ses projets soient compatible avec les objectifs climatiques de l’Accord de Paris.

Le casse-tête de l’adaptation

Le réseau IDFC regroupe depuis 2011 les poids lourds du financement du développement que sont les banques de développement régionales et nationales, telles que l’AFD (France), la KfW (Allemagne), la CDB (Chine) ou la CAF (Amérique latine).

Ensemble, ces acteurs du financement du développement pèsent un bilan de 3 500 milliards de dollars, et d’environ 800 milliards de dollars de financement par an. Sous la houlette de Rémy Rioux, le patron de l’Agence française de développement, IDFC doit poursuivre le verdissement de ses investissements, surtout sur le volet de l’adaptation un changement climatique, qui demeure l’enfant pauvre des financements.

Sur les 159 milliards de dollars, seuls 5 sont consacrés à la l’adaptation au changement climatique, tandis que l’atténuation monopolise 153 milliards de dollars. Le dernier milliard comptabilisé est consacré à des projets mélangeant des éléments d’adaptation et d’atténuation.

L’adaptation, c’est-à-dire les actions qui permettent de limiter les impacts négatifs du changement climatique, peine davantage à mobiliser les financements que les projets liés à l’atténuation, soit la réduction des émissions des gaz à effet de serre.

« Nous savons qu’il y a un enjeu de taille concernant l’adaptation, mais il ne concerne pas seulement IDFC mais l’ensemble des financements climat » a reconnu Rémy Rioux lors d’une conférence de presse le 11 décembre.

La finance mondiale veut se mettre au vert

Les investisseurs se sont réunis à Paris pour promouvoir la finance verte, en amont du sommet climat. Si la dynamique est au rendez-vous, la définition des investissements verts doit encore être affinée.

De fait, le sous-financement de l’adaptation a régulièrement été pointé du doigt, notamment par les pays en voie de développement, qui sont en première ligne face aux conséquences néfastes du réchauffement climatique.

En effet, seuls 20% des financements climat étaient dédiés à l’adaptation, c’est-à-dire aux actions qui permettent de limiter les impacts négatifs du changement climatique, selon  une feuille de route présentée en 2016 à la COP 22. Résultat, l’adaptation ne bénéficiait que d’environ 20 milliards par an quand les Nations unies évaluent les besoins entre 140 et 300 milliards annuels d’ici 2030.

Pour Rémy Rioux, la question du manque de financement de l’adaptation n’est pas seulement liée aux montants des investissements, mais à une question de méthodologie. « Le problème, c’est que personne n’a réellement défini ce qu’était le financement de l’adaptation. Résultat, certains de membres d’IDFC n’indiquent aucun financement pour l’adaptation dans leur rapport », regrette-t-il.

À l’inverse du financement de l’atténuation qui a fait l’objet d’une définition en 2015, la feuille de route pour l’adaptation est toujours en travail au niveau international. «  Nous espérons que d’ici la COP24, nous aurons une méthodologie », appelle Rémy Rioux.

« Les ODD s’appliquent à la France comme au Burkina Faso »

Les agences de développement doivent changer leur approche duale de l’Afrique, qui ne correspond pas à la réalité du continent, explique le Directeur général de l’AFD, Rémy Rioux.