Les détails du financement de SE4ALL posent problème

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ÉDITION SPÉCIALE / Les détails du financement des projets aussi ambitieux que l'initiative de l'ONU « Énergie durable pour tous » (SE4ALL) posent généralement problème. Du financement des sources aux émissions de combustibles fossiles, SE4ALL n’y fait pas exception.

 

Pour 2030, l'ONU a défini trois objectifs qui associent les politiques énergétiques aux réductions des émissions et au programme d'éradication de la pauvreté mondiale : doubler les énergies renouvelables mondiales et l'amélioration de l'efficacité énergétique et fournir un accès universel à l'énergie pour tous.

 

Cette initiative a déjà réalisé quelques exploits impressionnants, dont un investissement prétendu de 50 milliards de dollars (38,7 milliards d'euros) d'entreprises et d'investisseurs, financé par des dizaines de millions de dollars supplémentaires provenant des gouvernements, des banques multilatérales de développement et des organisations de la société civile.

 

Plus tôt cette année, une installation technique européenne a été créée grâce à un budget de 50 millions d'euros valable pour les deux prochaines années. Lors de la conférence de Rio+20 en juin, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a également proposé de mobiliser 400 millions d'euros d'ici juin 2014 « afin de soutenir de nouveaux investissements concrets ».

 

« Nous sommes bien conscients que notre argent ne sera pas suffisant à lui seul [afin d'atteindre les objectifs de SE4ALL] étant donné que des milliards sont nécessaires », a déclaré à EURACTIV Catherine Ray, une porte-parole d'Andris Piebalgs, le commissaire en charge du développement.

 

L'idée était que « l'argent de l'UE serait utilisé comme garantie et incorporé dans le financement […] de la Banque européenne d'investissement ou de la Banque africaine de développement afin de créer des méthodes innovantes de financement », a-t-elle ajouté.

 

L'UE a promis de favoriser l’accès à l'énergie pour 500 millions de personnes qui n'en dispose pas actuellement. Il s’agit d’un engagement concret selon SE4ALL et Bruxelles.

 

« C'est un engagement clair, sans aucun doute », a déclaré à EURACTIV Christophe Yvetot, le représentant de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI). « Les 400 millions d'euros sont déjà garantis et alloués. En 2030, ils veulent que 500 millions de personnes soient connectées [au réseau électrique]. »

 

La crise économique a entraîné des coupes budgétaires dans les programmes pour la protection du climat de 3,8 milliards d'euros en Espagne, de 3,1 milliards et de 1,5 milliard en Allemagne. M. Yvetot a toutefois indiqué qu'il y aurait d'autres financements européens et qu'ils se reconcentreraient sur les priorités énergétiques des pays les plus pauvres du monde.

 

Le gouvernement allemand s'est engagé à favoriser l’accès à l'énergie pour 100 millions de personnes. La Norvège a promis d'allouer 232 millions d'euros au programme d'énergie durable « Energy+ ». Les objectifs du programme de l'ONU SE4ALL pourraient être intégrés aux cadres de développement pour la période après 2015.

 

« Un cadre mondial de suivi est en cours de développement. Il sera utilisé pour suivre les progrès des objectifs de 2030 et sera soutenu par des dispositifs institutionnels », a déclaré à EURACTIV Simon Trace, le directeur général de Practical Action, une ONG de défense de l'environnement.

 

Réussites et limites

 

L'Assemblée générale de l'ONU devrait bientôt voter en faveur d’une prolongation de l'initiative à toute la décennie, ce qui mesure le succès de la collecte de fonds de cette « Année de l'énergie durable » de l'ONU.

 

Les montants énormes collectés jusqu'à présent sont encore loin des 48 milliards de dollars (37 milliards d'euros) par an que l'Agence internationale de l'énergie estime nécessaires en vue d'actualiser l'objectif d'accès universel à l'énergie à lui seul.

 

Des questions restent toutefois sans réponse : quels seront les coûts totaux du projet, quel pourcentage proviendra du secteur public et devrait-il être évalué afin de garantir qu'il apporte une valeur ajoutée ?

 

Yvo de Boer, le conseiller en matière de changements climatiques du groupe KPMG et ancien secrétaire de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), indique que 85 % des financements proviendraient du secteur privé. Cette estimation approximative se fonde sur d'anciens ratios.

 

Mesures d'incitations

 

« La question essentielle est de savoir comment les mesures du gouvernement incitent ou mènent les investissements du secteur privé dans la bonne direction », a-t-il expliqué à EURACTIV.

 

M. de Boer a mis en évidence trois instruments d’intervention afin que la fixation exacte du prix du carbone soit le moteur des réductions des gaz à effet de serre. « Vous avez besoin d'impôts, d'échanges et de réglementation », a-t-il ajouté.

 

« J'estime personnellement que le défi auquel nous sommes confrontés est tellement immense que nous ne pouvons pas réellement choisir entre l'un ou l'autre, nous devons prendre les trois. »

 

Le Fonds vert pour le climat est l'un des instruments destinés à la réduction des émissions qui devrait enfin être dévoilé lors de la conférence de Doha.

 

« Des financements [de SE4ALL] pourraient provenir du Fonds vert pour le climat », a déclaré M. Yvetot. « J'espère qu'il sera ouvert à toute activité qui gère des systèmes énergétiques parce que l'efficacité énergétique peut radicalement réduire les émissions. »

 

Les mesures du programme SE4ALL ne prendront toutefois pas en compte l'additivité de tels investissements. « Nous ne faisons pas la distinction », a déclaré M. Yvetot. « L'important était de remettre l'énergie à l'ordre du jour. »

 

Cela signifie cependant que l'engagement de Microsoft, par exemple, en faveur d'une neutralité carbone peut être cité comme l'une des réussites de SE4ALL même si l'initiative n'est pas mentionnée dans les documents de Microsoft relatifs à ce changement.

 

Des financements publics en faveur de l'énergie électrique ?

 

Une autre initiative, « Enabling Electricity », lancée par l'entreprise énergétique italienne ENEL, promet de doubler le nombre de personnes dans le monde qui utilisent les programmes d'accès à l'énergie de l'entreprise. Elles sont actuellement au nombre d’un million.

 

Marina Migliorato, la chef de responsabilité sociale d'ENEL, a déclaré à EURACTIV que les financements de l'ONU favorisaient leurs projets, mais qu'ils étaient déjà « bien conscients que l'énergie durable pouvait définitivement créer un environnement qui vise à promouvoir le développement humain ».

 

L'utilisation du soutien du secteur public pour les investissements privés était « essentielle », a-t-elle expliqué, soulignant « la nécessité de mécanismes à long terme et efficaces et de cadres juridiques afin de soutenir et de motiver les actions du secteur privé ».

 

« Il est vrai que l'accès durable à l'énergie nécessite des mécanismes financiers solides afin de répondre aux besoins spécifiques des parties prenantes », a-t-elle ajouté.

 

Les investissements d'ENEL ont financé des projets locaux d'énergie photovoltaïque pour les collectivités rurales qui n'impliquent pas de connexions au réseau, mais également des projets d'infrastructures connectés au réseau..

 

Outre le transport de l'énergie principalement utilisée par un pays hôte, des approches axées sur un réseau central peuvent subir des pertes de transmission et des problèmes pour faire correspondre l'offre à la demande, ce qui peut augmenter les émissions de carbone.

 

D'autres projets innovateurs d'ENEL réduiront cependant les émissions de CO2, notamment les mécanismes de fixation des prix qui ont permis à plus de 300 000 familles d'économiser 420 000 euros parce qu'elles avaient rapporté leurs déchets dans des centres de collecte prévus pour le recyclage.

 

« Ce qui est important dans cette initiative, c'est que les questions liées au climat et à l'énergie sont placées dans un contexte de développement », a déclaré M. de Boer.

 

« Les premières préoccupations de beaucoup de gens du sud sont la croissance économique et l'éradication de la pauvreté [alors que] le changement climatique est [un élément] qu'ils pourront aborder plus tard, donc en ce sens, je pense que c'est très constructif », a-t-il ajouté.

 

L'initiative de l'ONU « Énergie durable pour tous » (SE4ALL) a vu le jour en même temps que le programme pour le changement de l’UE à l'automne 2011. Ces deux projets ont rapidement combiné leurs forces. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, a placé le projet SE4ALL sous la surveillance de Kandeh Yumkella, le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI). 

 

Les objectifs de SE4ALL pour 2030 consistent à doubler le taux d'amélioration de l'efficacité énergétique et la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique mondial ainsi qu'à fournir un accès universel à l'énergie à 1,3 milliard de personnes.

 

Pour l'ONU, l'année 2012 est celle de l'Énergie durable pour tous. Cette rubrique couvre des initiatives du secteur public telles que « de l’énergie pour doper le développement » de l'UE et les projets du secteur privé comme l'Enabling Electricity d'ENEL.

 

  • 2030 : date butoir des objectifs de l'ONU pour SE4ALL

 

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