Les dommages collatéraux de la PAC sur l’agriculture des pays en développement

Poudre de lait réengraissée à l’huile de palme, exportations de blé tendre au détriment des céréales locales ou surconsommation de soja d’Amérique latine : le soutien de la PAC aux agriculteurs pénalise l’environnement et l’agriculture locale.

Soutenir l’agriculture européenne ne doit pas se faire au détriment des agriculteurs des pays en développement. C’est le constat d’un rapport publié par le réseau d’ONG Coordination SUD, qui pointe les contradictions de la Politique agricole commune avec les objectifs de développement de l’UE.

« Il existe ainsi une réelle contradiction entre la PAC et l’objectif de cohérence que doivent avoir nécessairement les politiques européennes avec le développement et le respect des droits humains. La PAC qui doit être votée en février 2020 doit d’urgence réhabiliter cette exigence, avec force » explique Philippe Jahshan, président de Coordination SUD.

L’UE doit adopter la nouvelle mouture de sa politique agricole commune pour la période 2021-2027, un processus qui a déjà pris un certain retard. La première proposition faite par la Commission européen intègre davantage de mesures visant à « verdir » les aides agricoles. Mais l’architecture globale demeure inchangée. Et c’est là que le bât blesse.

Une concurrence pas très loyale ?

Dans le collimateur du rapport rédigé par le GRET pour le compte de Coordination sud, certains outils de la politique agricole commune sont plus ou moins responsables des effets indésirables sur les agricultures du Sud. En première ligne figurent les paiements découplés du premier pilier, versés aux agriculteurs en fonction de la surface et «  indépendamment du type de production pratiquée ».

« Le choix d’orienter la majeure partie du budget de la PAC vers des paiements directs à la surface, conditionnés à très peu d’exigences environnementales, a stimulé une production agricole intensive en intrants (engrais, pesticides, eau d’irrigation) de fourrages concentrés très énergétiques (céréales, maïs ensilage) » souligne le rapport.

Comment l'UE exporte sa crise du lait vers l'Afrique  

Les effets collatéraux de la politique agricole commune sur l’agriculture africaine inquiètent les eurodéputés, à l’heure de la réforme de la PAC. Les subventions au lait européen menacent l’essor de la filière africaine.

 

Côté européen, les aides européennes à l’agriculture sont pourtant indispensables pour les exploitants agricoles. En France, 47% du revenu d’agriculteurs provenaient de la PAC, selon l’ancien eurodéputé Michel Dantin.

Mais ce coup de pousse se répercute de manière dévastatrice dans les pays du Sud, ou les subsides de l’État ne sont pas aussi importants et ou les filières sont moins compétitives. Certains produits européens deviennent donc plus compétitifs que la production locale comme dans le cas du  « du blé et de poudre de lait sur les marchés ouest-africains » pointe l’étude.

Autre outil dénoncé, la suppression des mécanismes de régulation des marchés agricoles – à l’image des quotas laitiers – qui a accentué « la capacité de l’UE à exporter des produits agricoles à bas prix sur les marchés des pays du Sud ».

« Les exportations de blé ou encore de poudre de lait, parfois même de poudres de mélange de lait écrémé et d’huile de palme vendues abusivement comme du lait sur les marchés de l’Afrique de l’Ouest, sont symptomatiques. Ce véritable dumping vient déstabiliser les économies rurales. Ainsi en Afrique de l’Ouest, ces poudres importées reviennent aux transformateurs·rices jusqu’à 40 % moins cher que le lait local. Ils·elles préfèrent donc largement acheter ces poudres plutôt que d’investir dans le développement de réseaux de collecte de lait local », pointe Laurent Levard.

Pour lutter contre ces effets pervers, le rapport propose d’ailleurs de faire évoluer les aides à  en passant d’une aide à l’hectare par des « subventions conçues en fonction d’objectifs de transition agroécologique de l’agriculture », ainsi que la réactivation des mécanismes de régulation

Impact de la PAC sur la déforestation.

La question du modèle agricole tourné vers l’élevage intensif est aussi jugée responsable d’effets collatéraux dévastateurs   « Elle est en partie la cause de l’expansion d’un modèle soja en Amérique du Sud. » souligne le rapport.

Greenpeace dénonce l’addiction au soja OGM des élevages industriels européens

L’ONG Greenpeace dénonce l’importation massive de soja OGM à destination des élevages industriels européens, ce qui aggrave  la destruction des forêts au Brésil et en Argentine. Un article de notre partenaire, Ouest-France. 

Ce projet a été financé avec le soutien de la Commission européenne. La présente publication reflète uniquement l’avis de l’auteur et la Commission ne peut être tenue responsable de l’usage qui pourrait être fait des informations qu’elle contient.

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