Les nations les plus pauvres confrontées à l’obésité

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ÉDITION SPÉCIALE / Les pays en développement qui luttent contre l’incertitude de l’approvisionnement alimentaire et la malnutrition sont de plus en plus confrontés à un défi sanitaire bien trop connu en Europe : l’obésité.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'obésité constitue « l’un des plus grands défis pour la santé publique au XXIe siècle ». Ce problème devrait s'accentuer alors que les pays sortent de la pauvreté, même si l'obésité est toujours éclipsée par des famines qui font la une des journaux et la malnutrition sévère dans des régions en voie de développement.

La Commission européenne a publié en mars une nouvelle communication sur la nutrition maternelle et infantile. Elle expose les grandes lignes de projets qui visent à cibler davantage l'aide au développement à l'étranger sur l'amélioration de l'éducation nutritionnelle et les besoins alimentaires des femmes enceintes et des nourrissons. Ce document ne mentionne pas les mauvaises habitudes nutritionnelles qui peuvent donner lieu à un surpoids et à une obésité chronique.

« Le problème de l'obésité mondiale est évidemment lié au changement de l'environnement auquel nous sommes confrontés à l’heure actuelle en Occident ainsi que dans les pays en développement », a déclaré Dr Gabriele Riccardi, membre du comité consultatif de Barilla Centre for Food and Nutrition et professeur de médecine à l'université de Naples.

« La disponibilité de la nourriture bon marché et non nourrissante constitue le problème principal », a-t-il ajouté lors d'un entretien par téléphone. Il a tenu les entreprises alimentaires coupables de la vente d'aliments préparés bon marché, riches en calories, mais faibles en vitamines, en fibres et en minéraux.

Mauvaises habitudes

Selon des tendances démographiques, les enfants et les adultes de pays en développement suivent déjà le modèle occidental de vie urbaine sédentaire et de régimes à base de plats préparés et d'encas riches en graisse.

« […] Dans les pays en développement, nous suivrons la même route que celle à laquelle nous sommes confrontés dans nos pays dans le monde occidental. On passe […] de la dénutrition à la malnutrition et à l'obésité », a déclaré M. Riccardi.

La lutte contre la faim constituait l'une des huit priorités fixées par les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui appellent à la réduction de moitié de la faim dans le monde d'ici 2015.

Malgré l'accent poussé des OMD sur la lutte contre la pauvreté, 868 millions de personnes sont mal nourries à l'heure actuelle, dont la plupart se trouvent en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Ces chiffres ne cessent d'augmenter depuis le début du millénaire. Dans le monde, plus de 1,5 milliard de personnes sont obèses ou en surpoids, selon un nouveau rapport du Barilla Centre.

Certains défenseurs du développement ont demandé que la nutrition soit incluse dans les prochains OMD. Des discussions sont en cours en vue de remplacer les OMD actuels, qui expirent en 2015.

Selon Jan Vandemoortele, un ancien responsable de l'ONU qui a participé à la rédaction des OMD en 2001, les propositions récentes de la Commission européenne et d'un panel d'experts indépendants risquent d'« aller trop loin ». Il a recommandé que le cadre réglementaire pour l'après 2015 soit simple et se concentre sur quelques défis mondiaux et non simplement sur le monde en développement. Il a proposé que la nutrition constitue l'un de ces objectifs mondiaux.

« Lorsque nous parlons de nutrition, nous ne devrions pas tenir compte uniquement des discussions sur la faim et l'insuffisance pondérale, mais [inclure] l'obésité et le surpoids », a-t-il déclaré le 9 avril lors d'une conférence sur la politique de développement organisée par la Commission européenne.

La communauté internationale demande également de plus en plus de renverser la tendance à la baisse des investissements dans les exploitations agricoles de pays en développement afin d'aborder les besoins alimentaires et la production d'aliments plus sains cultivés localement.

La Commission se concentre sur la nutrition

La nouvelle communication de la Commission sur la nutrition propose de mettre davantage en évidence les besoins nutritionnels à long terme des femmes enceintes et des nourrissons. Publiée le 9 avril, elle survient un an après des avis critiques de la Cour des comptes européenne sur la réponse de l'UE à l'insécurité alimentaire et le manque de soutien aux besoins nutritionnels des pays en développement.

La communication recommande de collaborer avec des gouvernements qui bénéficient d’aide alimentaire afin d'augmenter les dépenses dans la nutrition et l'éducation nutritionnelle.

Des experts de la santé indiquent que les mille premiers jours de la vie d'un enfant sont essentiels dans la mise en place de bonnes pratiques alimentaires tout au long de la vie. Un manque de vitamines et une consommation de minéraux pendant la petite enfance peuvent provoquer une dénutrition, des retards de croissance et d'autres problèmes de santé graves à long terme.

Des données révèlent que pour chaque enfant en surpoids dans des pays en développement, deux au moins sont émaciés et au moins cinq souffrent de retards de croissance. L'émaciation est l'érosion graduelle du corps et de ses fonctions en raison d'une malnutrition sévère.

« Le retard de croissance peut priver un enfant de ses perspectives d’avenir et priver une nation de ses perspectives de développement », a déclaré Anthony Lake, le directeur général du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), lors de la publication d'un nouveau rapport sur la nutrition dans le monde. « Les données que nous avons obtenues sur les progrès actuellement réalisés montrent que le moment est venu d'accélérer ces progrès. »

Quelque 165 millions d'enfants de moins de cinq ans souffrent de retards de croissance, selon l'initiative mondiale soutenue par l'UE qui vise à améliorer la nutrition. Des données de l'UNICEF indiquent qu'environ 80 % de ces enfants vivent dans 14 pays en développement.

Hausse des taux d'obésité

Alors que ces conditions sanitaires touchent principalement les provinces de pays pauvres en Afrique subsaharienne et en Asie, l'obésité est en hausse. L'OMS estime que 42 millions d'enfants de moins de cinq ans sont obèses, dont 35 millions dans des pays en développement.

Quatre pays d'Afrique subsaharienne sont presque en tête des classements mondiaux, avec les pourcentages les plus élevés d'enfants obèses et en surpoids. Quatre des cinq pays avec les chiffres les plus élevés de malnutrition sévère se trouvent également en Afrique subsaharienne.

Les enfants en surpoids tendent à connaître d'autres problèmes de santé, dont des taux élevés de maladies cardiovasculaires, de diabète et de pression sanguine, selon l'étude de Barilla. Ils sont souvent plus léthargiques et un surpoids peut ralentir la productivité d'un travailleur dans la vie d'adulte.

Le rapport de Barilla Centre, « Alimentation en 2030 : tendances et perspectives », propose aux décideurs politiques de repenser la nutrition, dont un changement dans les politiques agricoles afin de promouvoir des aliments sains et nourrissants.

Dans le même temps, M. Riccardi a exhorté l'Europe à se pencher davantage sur ses propres défis sanitaires alors qu’elle collabore avec des pays en développement.

« Nous ne sommes pas en mesure de tirer les leçons de nos erreurs dans le monde occidental et de les transmettre à ces pays », a-t-il déclaré.

« Comment être en mesure, dans ces pays, dès que les conditions économiques s'amélioreront, d'avoir l'occasion d'aborder de manière correcte les problèmes nutritionnels, de mettre en évidence les fruits, les légumes, les céréales complètes et les produits sains, et non la restauration rapide que les gens consomment aujourd'hui et [consommeront] probablement de plus en plus à l'avenir ? » 

Selon des données de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le nombre de personnes obèses a doublé depuis 1980. L'OMS estime qu'en 2010, 42 millions d'enfants de moins de cinq ans étaient en surpoids, dont près de 35 millions dans des pays en développement.

Selon le Barilla Centre for Food and Nutrition en Italie, même si deux fois plus de personnes sont obèses que sous-alimentées, 36 millions meurent de malnutrition chaque année, contre 29 millions de décès dus à des maladies liées au surpoids.

Les définitions du poids se fondent sur des calculs d'indice de masse corporelle (IMC) de l'OMS qui tiennent compte de la taille et du poids :

  • moins de 18,5 : poids insuffisant ;
  • entre 18,5 et moins de 25 : poids normal ;
  • entre 25 et moins de 30 : en surpoids ;
  • égal ou supérieur à 30 : obésité.
  • 14-15mai : l'Unicef organise une conférence sur la dénutrition à Paris
  • 20-28 mai : Soixante-sixième Assemblée mondiale de la santé
  • 8 juin : Forum du G8 sur la nutrition en Grande-Bretagne
  • 13-15 nov. : Conférence internationale de la FAO et de l'OMS sur la nutrition à Rome

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