Les pays en développement peinent à accéder à des vaccins à prix réduit

Une préparatrice remplis une seringue du vaccin contre la variole dans un camp du Sud Soudan. [MSF]

Cet article fait partie de l'édition spéciale Combattre la maladie dans les pays en développement.

L’accès à la vaccination dans les pays en développement reste difficile. Les prix élevés des vaccins et le manque de recherche sur les maladies touchant les pays le plus pauvres constituent les principaux freins.?

Les vaccins offrent la solution la plus rentable et efficace aux maladies infectieuses. Mais dans les pays en développement, notamment les plus pauvres, l’accès demeure pourtant inégal.

Coût élevé, absence de vaccin pour certaines maladies et difficultés sur le front de la « thermostabilité » resortent comme les trois principaux éléments limitant l’accès aux vaccins, selon Rohit Malpani, directeur de l’analyse des politiques chez Médecins sans Frontières (MSF). Idéalement, les vaccins devraient rester efficaces jusqu’à quelques jours après être sortis de la chaine du froid, ce qui rendrait possibles les vaccinations dans des zones isolées.

« Il y a trois problèmes, et ils sont liés : les vaccins sont trop chers, les vaccins ne sont pas adaptés aux populations pauvres et certains vaccins n’existent pas. Il s’agit en fait des trois faces d’un même problème, le fait que nous ne développons pas de vaccins en fonction des besoins de santé publique, mais en fonction des populations qui peuvent payer le prix le plus élevé », regrette-t-il.

Un coût des vaccins en hausse

« Aujourd’hui, le prix du cocktail de vaccins de base, que tous les pays devraient utiliser lors de leurs campagnes de vaccination, est 68 fois plus élevé qu’en 2001 », souligne Rohit Malpani.

Les nouveaux vaccins qui ont fait leur entrée sur le marché sont en effet beaucoup plus chers que leurs variantes traditionnelles. Ainsi, trois des vaccins de l’éventail de base représentent 86 % du coût total de celui-ci. Le vaccin contre la maladie pneumococcique correspond à lui seul à 46 % du budget total.

Souvent, le prix des vaccins dans les pays en développement, comme au Maroc ou en Tunisie, est même plus élevé qu’en France. Cette différence est liée aux exigences des multinationales, qui demandent des prix différents en fonction des marchés, affrime MSF. Ce coût élevé représente une charge à la fois pour les donateurs et pour les campagnes de vaccinations partout dans le monde. 

Pour inverser la tendance, Rohit Malpani appelle à ce que les gouvernements communiquent les prix  qu’ils payent pour les vaccins et les entreprises à révéler leurs coûts de recherche et de développement.

GAVI, l’Alliance du vaccin, qui regroupe les pays en développement, l’OMS, Unicef et des donateurs privés et publics, rend ses finances accessibles au public, notamment les coûts d’achat des vaccins et les dépenses liées à l’amélioration de la vaccination dans environ 70 pays aux revenus peu élevés. Selon lui, GAVI pourrait obtenir des prix plus bas des producteurs de vaccins. MSF a d’ailleurs déjà demandé à GlaxoSmithKline  (GSK) et Pfizer, les deux seules entreprises produisant le vaccin pneumoccocique, de réduire les prix sensiblement.

>> Lire : L’Alliance du vaccin demande un coup de pouce aux pays donateurs

Maladies sans vaccins

Pour les grands fabricants de vaccin, il n’existe que peu de motifs de développer des vaccins pour les maladies presque exclusivement présentes dans les pays en développement, comme la dengue, le choléra, la tuberculose, le paludisme et l’encéphalite japonaise.

Dans le cas de la tuberculose, il existe un vaccin élaboré dans les années 1920, mais aucun autre n’a été créé depuis. Autre exemple, un vaccin contre la malaria va être développé des laboratoires GSM, mais celui-ci ne pourra être injecté qu’aux enfants, et il faudra compter 15 années supplémentaires avant que la nouvelle génération de vaccins nécessaires ne soit développée.

Environ 40 % des enfants dans le monde sont protégés d’au moins un maladie grave grâce aux vaccins de GSK, qui a distribué en 2013 plus de 860 millions de doses dans près de 170 pays et mène une activité soutenue dans les pays en développement. Ces Etats ont acheté  80 % des doses fabriquées par GSK en 2013. 

>> Lire : Le sommet du vaccin récolte 6,6 milliards d’euros à Berlin

« Une réussite révolutionnaire »

Les scientifiques de GSK collaborent avec d’autres spécialistes du monde entier pour tenter de développer un vaccin contre le paludisme, a expliqué à EURACTIV Corry Jacobs, directrice de la politique de recherche des vaccins pour GlaxoSmithKline (GSK).

En 2013, avec l’aide de ses partenaires, l’entreprise a posé un important jalon en élaborant un vaccin candidat, RTS,S. Après 18 mois d’usage, les cas de malaria avaient été réduit de près de la moitié chez les jeunes enfants (âgés de 5 à 17 mois lors de la première injection) et d’un quart chez les nourrissons (âgés de 6 à 12 semaines lors de la première injection).

Selon Corry Jacobs, l’OMS devrait publier une recommandation concernant la vaccination en octobre 2015, ce qui signifie que le vaccin pourrait être disponible dès 2016 en Afrique subsaharienne.

La directrice de la politique de recherche des vaccins qualifie de « réussite révolutionnaire » cette avancée scientifique qui a couté 308 millions d’euros via un partenariat public-privé avec le programme Malaria Vaccine Initiative de l’ONG PATH. La Fondation Bill & Melinda Gates a notamment participé à ce partenariat.

Le prix de vente du vaccin couvrira les frais de fabrication et un petit retour sur investissement de 5 %  sera réinvesti dans la recherche et le développement des vaccins contre la malaria de deuxième génération ou de vaccins contre d’autres maladies tropicales, selon GFK.

« Les entreprises doivent être rentables »

Quant aux mesures prises par GSK pour réduire le prix des vaccins, Corry Jacobs souligne que « les entreprises doivent être rentables », mais que le modèle économique de GSK facilitait un accès plus large au vaccin, tout en préservant l’investissement dans la recherche.

Afin d’améliorer l’accès à ses vaccins, GSK a mis en place un système de prix par paliers, en fonction du produit national brut des pays (PIB), précise Corry Jacobs. L’entreprise est par ailleurs l’un des plus gros contributeurs à l’Alliance du vaccin et s’est engagée à lui fournir plus de 850 millions de doses à prix réduit. Ces vaccins aideront à protéger quelque 300 millions d’enfants des pays en développement. 

Pour les économies qui se portent bien et sortent de la tutelle de GAVI, GSK a décidé de geler les prix des vaccins pendant dix ans, afin de leur permettre de continuer les campagnes de vaccinations pendant cette période de transition.

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Corry Jacobs assure en outre que les chercheurs de l’entreprise tentent d’améliorer la thermostabilité des vaccins. L’une des premières étapes vers des vaccins moins sensibles à la température ambiante est de stabiliser les adjuvants, un composé essentiel de certains vaccins. Le vaccin candidat antimalarial de DSK, RTS,S, sera le premier sur lequel ces modifications seront apportées.

Transfert de technologies

Les versions génériques permettent de réduire considérablement les coûts des médicaments, et EURACTIV a donc demandé si GSK envisageait un partenariat de la sorte dans les pays en développement.  L’entreprise coopère avec la Fondation Oswaldo Cruz, dans des zones sensibles des campagnes de vaccination universelles brésiliennes, ainsi qu’avec Biologocal E. en Inde, indique Corry Jacobs.

« Pour arriver à des vaccins complètement accessibles, il faudra passer par ces partenariats », estime-t-elle. « L’industrie a bien sûr un rôle à jouer, mais nous n’avons pas toutes les réponses, c’est évident. Au plus l’industrie collabora avec des ONG, des universités, des gouvernements, pour former une communauté mondiale, au plus nous trouverons des solutions innovantes aux défis qui nous attendent. »

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La vaccination est sans doute la mesure de santé publique la plus efficace de tous les temps, surtout dans les pays en développement, où nombre de familles n'ont pas accès aux soins, pour des raisons économiques ou géographiques. Dans ces conditions, les vaccins sauvent de nombreuses vies.

Grâce aux vaccins préventifs, la variole a été éradiquée, et la polio est devenue très rare. Dans les pays où les enfants sont vaccinés régulièrement, la diphtérie, la rougeole, la coqueluche et la rubéole ne posent plus non plus de problème grave.

Il existe cependant encore beaucoup de maladies pour lesquelles il n'y a pas de vaccin. De plus, la loi du marché ne fournit pas assez d'incitations au développement des vaccins à elle seule, surtout pour les maladies principalement présentes dans les pays pauvres.

Les campagnes de vaccination atteignent environ 83 % des enfants de la planète, un chiffre dont se félicite Unicef. Ces campagnes permettent donc de sauver plus de 2 millions de vies par an.

Pourtant, ce chiffre révèle aussi que 17 % des enfants, soit près de 1 sur 5, ne sont pas vaccinés.

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