Les pays en développement tiraillés entre obésité et malnutrition

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Des enfants font de l'exercice avec leurs instituteurs à Cihampelas. [Henriette Jacobsen]

L’adoption d’un style de vie « à l’occidentale » dans certains pays en développement a provoqué des taux d’obésité alarmants, alors qu’une partie de la population de ces pays reste sous-alimentée. 

Certains pays en développement font de plus en plus face au problème d’obésité. Le Mexique est ainsi confronté à une explosion du nombre taux d’obésité, et en particulier chez les enfants. Le nombre d’enfants obèses dans ce pays d’Amérique latine est à présent plus élevé que partout ailleurs dans le monde.

Il y a seulement 25 ans, les deux tiers des Mexicains avaient une corpulence normale et un certain nombre était en surpoids, selon les statistiques officielles. Aujourd’hui, près d’un tiers de la population est cliniquement obèse, alors qu’un autre tiers est en surpoids.

Cette hausse impressionnante du taux d’obésité coïncide avec l’adoption d’un régime alimentaire américain par les Mexicains, qui font également moins d’exercice physique. Chaque année, plus de 200 000 Mexicains meurent de maladies cardiovasculaires et le diabète, généralement causée par l’obésité, tue 80 000 personnes, selon le Financial Times. Comme les Mexicains pauvres ont peu accès aux soins de santé, la situation pourrait devenir catastrophique dans le pays.

Nouvelle tendance

En Indonésie un autre pays en développement au revenu intermédiaire, la différence entre les régions est extrêmement marquée. À Jakarta, la capitale, les travailleurs font la navette en voiture ou en scooter et les chaînes de fast-food sont très présentes. La diffusion du style de vie occidental a des conséquences très importantes sur le taux d’obésité national.

Le docteur Elvina Karyadi, directrice de l’initiative micronutriment en Indonésie, a expliqué à EURACTIV que l’obésité est une nouvelle tendance dans son pays, de même que la malnutrition et les retards de croissance (souvent liés à la malnutrition).

« Les habitants de Jakarta n’ont pas le temps de faire de l’exercice physique et se déplacent en voiture. Ils sont aussi friands de malbouffe et de grignotage. Ils disent qu’ils n’ont pas le temps de préparer des repas sains. Et cela commence dès l’enfance : les parents donnent à leurs enfants de l’argent pour s’acheter à manger au lieu de leur préparer un repas eux-mêmes. C’est un changement de style de vie par rapport aux générations précédentes. »

La malnutrition, fléau toujours très répandu

Dans le même temps, les spécialistes de la nutrition soulignent que le fléau de la malnutrition reste largement répandu. Les retards de croissance touchent 38,9 % de la population dans le nord-est de la région du Sulawesi et 45,9 % dans l’ouest de la région. Ce pourcentage monte à 48 % dans l’est du Nusa Tenggara.

Malgré le fait que le pays soit considéré comme ayant un revenu intermédiaire, la tranche de la population n’ayant gagné que la moitié du revenu moyen est passé de 17 à 21 % entre 2004 et 2008. Le taux de pauvreté a également considérablement augmenté entre 2006 et 2010. Le nombre d’Indonésiens vivant dans l’extrême pauvreté ou dans une pauvreté modérée est passé de 35 à 46 % (ce qui représente 52 millions de personnes).

L’Indonésie fait partie des cinq pays du monde dans lesquels le rachitisme est le plus répandu. Ils seraient plus de 7,9 millions d’enfants rachitiques en Indonésie, selon UNICEF. Les retards de croissance sont une conséquence chronique des problèmes de nutrition, comme la malnutrition ou une alimentation inadaptée. Le phénomène a lieu pendant la croissance in-utero et les deux premières années de vie de l’enfant la grossesse. C’est à ce moment que les premiers symptômes apparaissent.

Plus d’un tiers des enfants de moins de cinq ans ont des retards de croissance, mesurés par rapport aux normes internationales d’indice de taille par âge, selon la Millennium Challenge Corporation. Plus de 3,8 millions d’enfants indonésiens sont en sous-poids.

Nafsiah Mboi, présidente du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et ancienne ministre de la Santé en Indonésie, a confirmé les importants écarts de santé de son pays à EURACTIV.

« Je n’ai malheureusement pas les chiffres exacts en ce qui concerne la nutrition, mais il me semble qu’environ 17 % des Indonésiens sont aujourd’hui en surpoids, alors que la malnutrition reste présente dans certaines régions. Les taux de maladies infectieuses ont diminué, mais eux des maladies non contagieuses se sont envolés. Ces maladies non contagieuses ne sont pas comprises dans notre système d’assurance maladie, c’est ce que j’essaie de changer. L’Indonésie est dans une transition, elle passe des maladies liées à la pauvreté aux maladies liées au mode de vie occidental », explique-t-elle.

Des efforts qu’il faut poursuivre

Elvina Karyadi a également souligné que l’enrichissement des aliments était courant en Indonésie depuis un certain temps. Cette pratique est utilisée pour lutter contre la malnutrition et les retards de croissance.

L’enrichissement des aliments consiste à ajouter des micronutriments (des oligoéléments et vitamines essentiels) à la nourriture. Les aliments enrichis les plus courants sont les céréales et les produits à base de céréales, le lait et les produits laitiers, les graisses et les huiles, le thé et autre boissons et les aliments pour bébés.

« En Indonésie, nous ajoutons de la vitamine A dans la farine, le riz et le sel, mais c’est nouveau. Le processus est encore en cours, tout n’est pas encore complet et il manque un système de contrôle », déplore-t-elle.

Franck Viault, directeur de la coopération de la délégation européenne en Indonésie, indique que l’UE et l’UNICEF financent ensemble un programme qui se concentre surtout sur la nutrition en général et la nutrition maternelle et infantile. Ce programme régional a reçu 4,5 millions d’euros de l’UE à ce jour.

Pourtant, depuis le début de 2014, l’UE modifie son aide au développement et privilégie à présent les pays les plus pauvres. L’aide européenne en Indonésie ne sera plus centrée sur la santé, mais sur l’éducation et la bonne gouvernance, notamment grâce à un nouveau programme dans le secteur de la justice.

L'Indonésie, économie émergente, prend une place de plus en plus prépondérante sur la scène internationale. Le pays reçoit toujours des aides internationales pour établir des services de santé de base, comme la vaccination des enfants.

Dans un pays composé de plus de 6 000 îles habitées, il est difficile d'améliorer l'accès aux services de santé, qu'il s'agisse de vaccination ou de traitements contre la tuberculose ou le sida.

  • 2015 : Année européenne du développement

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