Les pays touchés par Ebola appellent à un plan Marshall pour soutenir leurs économies

Ellen Johnson Sirleaf et Christos Stylianides. [Georgi Gotev]

Le 3 mars, les dirigeants du Liberia, de la Sierra Leone et de la Guinée ont demandé à l’UE de mettre en place un plan Marshall pour Ebola. 

Lors d’une conférence de haut niveau organisée par la Commission européenne à Bruxelles, trois dirigeants africains ont demandé une aide internationale plus importante, tout en insistant pour garder le contrôle sur les efforts de rattrapage économique. Grâce à l’action internationale, l’épidémie d’Ebola semble à présent être contenue. Le prochain objectif est d’empêcher de nouvelles contaminations.

La conférence Ebola: from emergency to recovery n’avait pas pour but d’être une conférence de donateurs, mais plutôt de se centrer sur la marche à suivre pour que les pays se relèvent de l’épidémie. Le message principal du Libéria, de la Sierra Leone et de la Guinée a été délivré par Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Libéria depuis 2006 et l’un des dirigeants de pays en développement les plus respectés.

Au nom de ses homologues, Ellen Johnson Sirleaf a commencé par expliquer que les trois dirigeants étaient venus à Bruxelles pour démontrer leur unité. Elle a remercié l’UE et les autres acteurs internationaux qui ont aidé la région à combattre la maladie.

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La présidente libérienne a néanmoins souligné que l’épidémie avait grandement déstabilisé les trois pays, les obligeant à fermer leurs frontières, écoles, fermes, marchés et routes. Les activités commerciales ont cessé et investisseurs et contractants ont fui la région, a-t-elle expliqué. Cette baisse de revenu a affaibli le solde budgétaire, alors même que les dépenses augmentaient, surtout dans le domaine médical. Le PIB prévu pour 2014 a lourdement chuté dans la région et pourrait continuer à dégringolé en 2015.

À présent que le Libéria, la Sierra Leone et la Guinées s’embarquent sur la voie du rétablissement, les trois pays ont également besoin que leurs partenaires internationaux continuent de les soutenir et les aident à stabiliser leurs économies, indique la présidente. Comme ces trois marchés sont relativement petits, la meilleure solution est une action régionale.

Un « plan Marshall »

Ellen Johnson Sirleaf insiste cependant sur le fait que tout plan régional devrait être « fait maison », pensé par les trois capitales africaines. « Il ne fait aucun doute que cela requerrait des ressources considérables, voire un ‘plan Marshall’, comme l’a suggéré le directeur de la Banque mondiale [Dr. Jim Yong Kim]. Nous pensons qu’un tel plan pourrait être mis sur pied grâce aux aides supplémentaires promises par la Commission », ajoute-t-elle. « Notre rôle serait de formuler une action régionale, une feuille de route et une structure de coordination. Nous proposons de conclure tout cela dans le mois à avenir. »

« Si nous voulons parvenir à nos objectifs économiques, nous aurons besoin de plus. Nos partenaires investisseurs doivent nous donner plus : des taxes justes, des taux justes et des opportunités d’emploi qualifié justes », estime Ellen Johnson Sirleaf, ajoutant que les trois pays s’engageraient de leur côté à créer un meilleur environnement commercial et à s’atteler au problème de la corruption.

La dirigeante libérienne a appelé à un soutien budgétaire direct, à des annulations de dette pour les pays touchés, et à la pleine révélation de toutes les ressources engagées dans la lutte contre Ebola.

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La Commission européenne a accepté d’ajouter les termes « promotion de la coopération régionale » à son communiqué de presse relatif à la conférence, mais a également insisté pour que les pays touchés améliorent leur gouvernance et leur reddition de comptes.

Federica Mogherini, la Haute Représentante pour les affaires étrangères, a déclaré que l’UE avait la responsabilité d’offrir une aide au développement efficace, de promouvoir une bonne gouvernance et de renforcer la coopération régionale.

Selon Christos Stylianides, commissaire à l’aide humanitaire et à la gestion des crises, qui a été nommé coordinateur spécial pour Ebola, la conférence a permis de mettre en lumière trois points essentiels. Premièrement, le maintien de d’aide internationale, nécessaire jusqu’à la disparition des cas d’Ebola. Deuxièmement, la promotion de la coopération régionale dans la lutte contre la maladie, qui ne s’arrête pas aux frontières. Et, enfin, le soutien à apporter au Libéra, à la Sierra Leone et à la Guinée en termes de santé, d’éducation, d’eau potable et d’assainissement.

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Jusqu'à 4,5 millions de personnes ont été menacées par Ebola depuis le début de l'épidémie, qui s'est déclaré l'an passé au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée. Jusqu'ici, 9 000 personnes ont perdu la vie dans ces trois pays. Aujourd'hui, le nombre de morts est toutefois en train de diminuer considérablement.

L'Union européenne a mobilisé des ressources politiques, financières et scientifiques importantes afin de contenir, gérer, soigner et, finalement, vaincre le virus d'Ebola. Au total, la contribution financière de l'UE s'élève à plus de 1,2 milliards d'euros provenant à la fois des États membres et de la Commission. Celle-ci a dédié plus de 414 millions d'euros à la lutte contre la maladie, à la recherche et aux mesures d'urgence, ainsi qu'au soutien à long terme des pays touchés.

Récemment, les premiers résultats montrant qu'un traitement, le favipiravir, serait efficace contre Ebola. Ce succès est le résultat du soutien financier des pays occidentaux.

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