Les premières statistiques sur Europe 2020 révèlent une Europe en crise

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Eurostat a publié sa première analyse de la stratégie Europe 2020, qui étaye l’évaluation des budgets nationaux. Elle fournit les dernières tendances statistiques d’un large éventail de domaines tels que l’emploi, les dépenses pour la recherche et le développement, les émissions de CO2, les énergies renouvelables, l’éducation, la pauvreté et l’exclusion sociale.

 

Ces statistiques, publiées lundi (1er octobre), révèlent les dernières données sur chacun des indicateurs clés de la stratégie et sur la manière dont ils ont été appliqués à l'échelle nationale.

 

Elles montrent une baisse du taux d'emploi dans l'Union, le premier objectif de la stratégie, depuis que la crise économique et financière a frappé le vieux continent en 2008.

 

En 2011, le taux d'emploi a chuté à 68,11 % en moyenne, en comparaison au pic de 70,3 % en 2008. Les données indiquent tout de même une amélioration par rapport au taux d'emploi de 68 % enregistré en 2005 dans l'UE.

 

Les différences entre les pays sont toutefois considérables. La Grèce enregistre le taux d'emploi le plus bas avec 59,9 % en 2011 tandis que la Suède détient le taux le plus élevé avec 80 % la même année. L'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède enregistrent tous des taux d'emploi supérieurs à l'objectif européen de 75 %.

 

L'Allemagne a manqué de justesse son objectif national de taux d'emploi de 77 % de 0,7 point de pourcentage. Cette légère sous-performance n’a rien à voir avec celle de l'Espagne et de la Hongrie, qui ont toutes deux manqué leur objectif national avec l'écart le plus important (respectivement 14,3 et 12,4 points de pourcentage).

 

Trop tôt pour juger

 

Les fonctionnaires d'Eurostat soulignent que ces chiffres ne constituent pas une évaluation de la stratégie Europe 2020, convenue entre les chefs d'État et de gouvernement européens à l’issue de vives discussions lors d'un sommet en juin 2010.

 

« Il ne s'agit pas d'une évaluation de la stratégie Europe 2020 parce qu'il est beaucoup trop tôt. Il s'agit de présenter l'évolution des indicateurs », a déclaré un fonctionnaire d'Eurostat, dont les bureaux sont basés au Luxembourg.

 

« Dans la mesure où la stratégie Europe 2020 a été lancée en 2010, il est très difficile de savoir dès aujourd’hui si nous atteindrons les objectifs. Ce que nous présentons, c'est ce qu'il s'est passé jusqu'en 2010 », a déclaré ce responsable à EURACTIV.

 

Les objectifs européens convenus en 2010 ont ensuite été subdivisés en objectifs nationaux, représentant la contribution des États membres à l'effort européen (voir le tableau complet des objectifs par pays).

 

Montée de la pauvreté après la crise

 

Le rapport présente également une détérioration des indicateurs de pauvreté, alimentée par la crise économique et la crise de la dette souveraine dans la zone euro.

 

Le nombre de personnes menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale a progressivement diminué à 113,8 millions en 2009. Mais l'année suivante, il est monté en flèche pour atteindre 115,7 millions de personnes.

 

Ce chiffre est toutefois inférieur à celui de 2005, lorsque 123,9 millions de personnes étaient menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale.

 

Cette amélioration relative se remarque dans le nombre décroissant de personnes en situation de privation matérielle sévère, qui a chuté de 11,6 millions de personnes en Europe entre 2005 et 2010.

 

Les systèmes de sécurité sociale ne semblent toutefois pas constituer une protection contre la pauvreté.   Au contraire, une augmentation de 1,7 million de personnes menacées de pauvreté après transferts sociaux a été enregistrée, selon Eurostat.

 

La fiabilité des données fournies par les instituts nationaux de statistique est parfois discutable, a précisé Eurostat, faisant remarquer que la Commission européenne avait lancé une enquête sur la manière dont chaque pays définit ses objectifs nationaux.

 

Une main d'œuvre plus instruite

 

La crise fait ressentir ses effets sur l'emploi et la pauvreté, mais d'autres indicateurs de la stratégie Europe 2020 semblent montrer quelques points positifs.

 

Dans l'ensemble, les Européens sont de plus en plus instruits. Le pourcentage de personnes détenant un diplôme de l'enseignement supérieur a augmenté régulièrement, passant de 22,4 % en 2000 à 34,6 % en 2011 en Europe. L'objectif de la stratégie est qu'au moins 40 % des personnes âgées de 30 à 34 ans aient un diplôme de l'enseignement supérieur ou un équivalent en 2020.

 

Plus de femmes que d'hommes obtiennent désormais le diplôme d'enseignement supérieur. Alors que la proportion était identique en 2000, l'augmentation pour les femmes équivalait pratiquement au double de l'augmentation pour les hommes (15,8 points de pourcentage pour les femmes contre 8,6 points de pourcentage pour les hommes).

 

De manière générale, les étudiants semblent surmonter la crise.  Depuis 2000, la proportion de personnes ayant quitté l'enseignement prématurément n'a cessé de diminuer, passant de 17,6 % à 13,5 % en 2011 dans l'UE, selon Eurostat. Les hommes restent ceux qui quittent le plus l'enseignement ou leur formation prématurément (entre 18 et 24 ans).

 

Malte détient la plus grande proportion d'abandons scolaires, avec 33,5 % en 2011. Non loin derrière se trouvent l'Espagne (26,5 %), l'Italie (18,2 %) et le Portugal (23,2 %). La proportion de personnes ayant quitté l'enseignement prématurément a fortement diminué en Espagne et en Italie, où elle avait atteint un pic respectivement de 31,9 % et de 19,7 % en 2008.

 

Essor des énergies renouvelables

 

L'indicateur sur les énergies renouvelables est celui qui s'est le plus amélioré.

 

La proportion d'énergie éolienne et solaire, entre autres, dans le bouquet énergétique primaire a augmenté régulièrement dans l'UE, passant de 8,1 % en 2004 à 12,5 % en 2010, selon Eurostat. L'objectif pour 2020 est que les énergies renouvelables représentent 20 % du bouquet énergétique total, et il est encore loin d'être atteint.

 

Entre 2005 et 2010, la proportion d'énergies renouvelables a augmenté dans tous les pays. L'Estonie, la Roumanie et la Suède ont presque atteint leur objectif national pour 2020.

 

Mais les différences entre Etats restent considérables, avec 0,4 % à Malte et 47,9 % en Suède pour 2010.

 

Eurostat indique également que la consommation d'énergie primaire tend à diminuer.  L’agence a toutefois ajouté : « La diminution substantielle pour la période 2008-2010 est essentiellement imputable à un niveau d’activité économique plus faible en raison de la crise économique et financière, plutôt qu’à une évolution structurelle de la consommation énergétique. » 

 

En juin 2010, les 27 chefs d'État européens se sont engagés dans la stratégie Europe 2020, qui définit cinq grands objectifs pour la fin de la décennie :

  • faire passer le taux d'emploi pour la population âgée de 20 à 64 ans de 69 % en 2010 à 75 % en 2020 ;
  • porter les investissements dans la recherche, le développement et l'innovation à 3 % du PIB de l’UE ;
  • atteindre les objectifs européens pour l'énergie et la lutte contre le changement climatique en diminuant de 20 % les émissions de gaz à effet de serre et en utilisant 20 % d'énergie provenant de sources renouvelables ;
  • abaisser le taux de décrochage scolaire de 15 % à moins de 10 % et s'assurer qu'au moins 40 % de la population âgée de 30 à 34 ans obtient un diplôme de l'enseignement supérieur ;
  • réduire de 25 % le nombre d'Européens vivant sous le seuil de pauvreté, pour faire passer ce nombre de 80 millions à 60 millions.

>> Lire le LinksDossier d’EURACTIV sur la stratégie Europe 2020

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