Les réductions de l’aide menacent la lutte contre le paludisme

Malaria sufferers in Democratic Republic of Congo

Les menaces de réduction de l’aide à l’étranger de l’Union européenne et ses gouvernements en difficulté pourraient saper les efforts de lutte contre le paludisme. Cette maladie facilement évitable fait néanmoins de nombreuses victimes dans les pays pauvres, selon des experts internationaux de la santé.

 

Alors que le budget consacré à l'aide est en cours de discussion dans le cadre de la proposition du budget 2014-2020 de l'UE et que bon nombre de pays européens ne respectent pas leurs engagements envers les nations pauvres, les organisations des soins de santé se préparent à une réduction de financements destinés à la lutte contre le paludisme. Selon des estimations, cette maladie tue 655 000 personnes par an et en touche des millions.

 

« Le paludisme est une maladie liée à la pauvreté, qui maintient malheureusement les personnes dans une spirale descendante de pauvreté. Je plaide donc pour que les pays à hauts revenus assument la responsabilité et l'obligation morale d'éradiquer ce fléau qui empêche les pays à bas revenus de se développer », a déclaré Dr Scott Filler, un spécialiste du paludisme au Fonds mondial basé à Genève, une institution internationale qui finance des traitements et la prévention du sida, de la tuberculose et du paludisme.

 

« Les engagements de l'UE envers le Fonds mondial sont extrêmement importants et je pense que le contrôle du paludisme constitue un retour sur investissements très considérable », a-t-il poursuivi. Il espère que « les pays les plus riches dégagent autant d'argent que possible de leur environnement budgétaire difficile pour des projets vraiment importants ».

 

Le Fonds mondial a déjà estimé que l'argent des plus grands contributeurs, dont la Commission européenne, les États membres de l'UE, les États-Unis et le Japon, diminuera de 3,5 milliards de dollars en 2012 à 3,3 milliards en 2013 (2,68 à 2,53 milliards d'euros).

 

Les données de l'organisation révèlent que les contributions des fondations et entreprises privées sont également revues à la baisse : elles passent de 181,6 à 164 millions de dollars (139,2 à 125,5 millions d'euros), soit une baisse générale de 6 %.

 

L'OMS s'inquiète des financements

 

Le mois dernier, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a signalé que le financement en matière de prévention et de contrôle s'était stabilisé après une forte croissance entre 2004 et 2009. Dans un communiqué accompagnant la publication de son rapport annuel sur le paludisme dans le monde, l'organisation de la santé de l'ONU a affirmé que « ces développements indiquent un ralentissement qui risque d'annuler les progrès remarquables récemment accomplis dans la lutte contre l'une des maladies infectieuses les plus meurtrières ».

 

Margaret Chan, la directrice générale de l'OMS, a lancé un appel afin que les donateurs doublent leurs engagements en faveur de la prévention du paludisme de 2,3 à 5,1 milliards de dollars (1,7 à 3,9 milliards d'euros).

 

Cette demande ne se concrétisera probablement pas étant donné les défis que rencontre l'aide au développement en général. En Europe, des milliards d'euros de financements dédiés à l'assistance aux pays plus pauvres sont en jeu puisque les dirigeants nationaux envisagent de réduire l’aide au développement à l'étranger.

 

L'UE dans son ensemble est le plus grand donateur mondial : les gouvernements nationaux et les institutions de l'UE ont fourni 86 milliards de dollars (66 milliards d'euros), soit 55 % des donations mondiales en 2011, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

 

Les mesures d'austérité pourraient cependant réduire les dépenses d’aide de l’UE de près de 10 milliards d'euros pour la période entre 2014 et 2020 selon les dernières propositions discutées par les dirigeants de l'UE.

 

Des réductions similaires du budget des États-Unis et du Japon menacent déjà les programmes d'aide.

 

Révision au sein du Fonds mondial

 

Des financements dédiés à la lutte contre le paludisme et d'autres affections ont subi un autre revers. En 2011, le Fonds mondial a suspendu provisoirement le financement de projets en raison de querelles internes et de présomptions de vols dans quelques pays récipiendaires. Ces problèmes ont entraîné la désignation d'un nouveau directeur l’année dernière et la révision des règles de distribution de l'argent de l'organisation.

 

Quelque 77 pays bénéficient de financement du Fonds mondial. Depuis sa création en 2002, il a fourni environ la moitié de la totalité des fonds dédiés à la prévention et au contrôle du paludisme, d'après des données.

 

Des experts de la santé se font l'écho de l'OMS en affirmant que des réductions de l'aide pourraient entraver les avancées enregistrées depuis que les Nations unies ont établi leurs objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) en 2000 en vue de réduire les maladies, la faim et la pauvreté. Des données de l'OMS indiquent que le taux de mortalité dû au paludisme a chuté de 25 % à l'échelle mondiale et de 33 % en Afrique, où sont répertoriés 90 % des décès provoqués par le paludisme.

 

La situation empire cependant dans certains des pays les plus peuplés de l'Afrique subsaharienne, dont la République du Congo et le Nigeria. Dans ces deux pays, l’évaluation exacte de l'ampleur du problème est difficile en raison de contrôles irréguliers.

 

Perte de contrôle

 

« La lutte contre le paludisme porte peut-être ses fruits dans certains pays africains et asiatiques, mais le paludisme progresse toujours dans certains endroits sur la carte », a expliqué Dr Jorgen Stassijns, spécialiste du paludisme et des maladies tropicales de la section belge de Médecins Sans Frontières.

 

« Ce qui se passe au fond […] au Congo, c'est la perte totale de contrôle du paludisme, à savoir plus aucune surveillance du paludisme. La population ne se rend donc pas compte de l'ampleur du problème. Ni prévention ni traitement ne sont disponibles. Par conséquent, on assiste de nouveau à une hausse du nombre de cas. »

 

L'ironie de cette perte éventuelle d'aide internationale est que le coût de la lutte contre le paludisme est relativement bon marché. Des moustiques transmettent la maladie et la suppression des bassins d'eau où s'alimentent les insectes ne coûte rien. L’un des facteurs qui contribue au déclin du paludisme, en particulier chez les enfants, est de dormir sous une moustiquaire traitée avec des insecticides. Ce procédé coûte environ 2 euros.

 

Des experts de la santé affirment que même de petites coupes budgétaires peuvent freiner les avancées. Ils précisent également que la sensibilisation de la population est nécessaire à la prévention, qu'il faut remplacer les moustiquaires avec le temps et que le traitement nécessite l'approvisionnement constant de médicaments.

 

Risque accru de paludisme

 

Jorgen Stassijns déclare que la réduction des traitements et de la prévention en raison d'un arrêt du soutien financier signifierait que « vous risqueriez de voir le paludisme progresser à nouveau. C'est une [logique] très simple », a-t-il expliqué à EURACTIV.

 

M. Filler du Fonds mondial affirme que les gouvernements des pays récipiendaires ont également un rôle important à jouer dans l'apport de soutien à la lutte contre le paludisme.

 

« Dans certains pays, un sentiment de contentement de soi se ressent à propos du paludisme. Certaines personnalités politiques ont vécu avec le paludisme et pensent qu'il s'agit de quelque chose avec laquelle nous sommes à l'aise et que nous commençons à accepter. Dans certains endroits, il n'existe donc aucune volonté ou engagement politiques, mais les ressources circulent et les programmes sont couronnés de succès où la volonté et l'engagement politiques sont présents. »

 

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Margaret Chan, la directrice générale de l'OMS, a plaidé en faveur d'engagements plus importants de la part des donateurs dans la lettre contre le paludisme. Dans l'avant-propos du dernier rapport de l'Organisation des Nations unies sur le paludisme, elle indique que « les fonds disponibles ne correspondent pas aux ressources nécessaires pour atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement liés à la santé et d'autres objectifs mondiaux sur le paludisme convenus à l'échelle internationale. Quelque 5,1 milliards de dollars par an (3,9 milliards d'euros) seraient nécessaires entre 2011 et 2020 en vue d'atteindre l'accès universel aux activités de lutte contre le paludisme.

 

Actuellement, seuls 2,3 milliards de dollars (1,7 milliard d'euros) sont disponibles, moins de la moitié de ce qui est nécessaire. L'identification de nouvelles sources de financement est urgente afin d'accroître et de maintenir les efforts de contrôle du paludisme ainsi que de protéger les investissements de la dernière décennie. Nous devons également examiner de nouvelles façons de débloquer davantage de fonds existants en augmentant le rapport qualité prix des produits paludiques et l'efficacité du service de livraison. »

 

« Le paludisme est l'une des maladies transmissibles majeures, mais elle n'est pas vraiment onéreuse à traiter ou à prévenir », a déclaré Dr Jorgen Stassijns, spécialiste du paludisme et des maladies tropicales de la section belge de Médecins Sans Frontières.

 

« En gros, les outils dont nous disposons ne sont pas très chers. La question de savoir pourquoi ils ne veulent pas investir suffisamment d'argent dans la lutte contre le paludisme dépend réellement des priorités. Je pense que le VIH, dans les années 1990 par exemple, était bien connu et les gens étaient très actifs contre [ce virus]. En ce qui concerne le paludisme, ce mouvement de patients qui luttent contre la maladie n'existe pas, comme c'était le cas pour le VIH. Il s'agit d'une maladie [qui touche] les petits enfants, pas les adultes. Les enfants ne parlent pas d'eux-mêmes. C'est peut-être moins visible, mais [le paludisme] tue pas mal de personnes. »

 

En 2000, les 15 États membres de l'UE se sont engagés à consacrer 0,7 % de leur revenu national brut à l'aide au développement d'ici 2015. Cet engagement coïncide avec les promesses d'aides aux pays en développement afin qu’ils réduisent de moitié la pauvreté dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Un seuil plus bas, 0,33 % du RNB, a été imposé aux 12 pays qui ont adhéré à l'UE depuis 2004.

 

Les crises actuelles de l'économie et de la dette souveraine impliquent que peu de pays de l'UE sont en mesure de remplir ces objectifs.

 

Plusieurs États, dont l'Espagne, la Grèce, l'Irlande et le Portugal criblés de dettes, ont réduit les dépenses d'aide, selon des données de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Les mesures d'austérité pourraient réduire le budget d'aide de l'UE de près de 10 milliards d'euros pour la période entre 2014 et 2020 selon les dernières propositions discutées par les dirigeants de l'UE au cours du sommet de novembre 2012 à Bruxelles.

 

Des statistiques de l'OCDE indiquent que quatre pays, le Danemark, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède, ont dépassé l'objectif des 0,7 %. Les deux plus grandes économies de l'Europe, l'Allemagne (0,4 %) et la France (0,46 %) ont dépensé une partie moins élevée du RNB en aide à l'étranger que l'Irlande (0,52 %) en 2011.

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