Les vagues de chaleur sont toujours plus mortelles dans les pays du Sud

Mai 2016 : canicule historique en Inde

Alors que le Pakistan et le Moyen-Orient croulent sous une canicule historique depuis fin mai, une étude publiée mercredi 7 juin dans Science Advances, portant sur l’Inde, révèle la catastrophe sanitaire que constituent ces vagues de chaleur toujours plus courantes. Un article de notre partenaire, le JDLE.

Le record de température pourrait avoir été égalé : à l’ouest du Pakistan, le département national de météorologie a enregistré le 28 mai une température de 53,5°C dans la ville de Turbat. Du fait de la marge d’incertitude (0,5°C), ce niveau a donc pu atteindre 54°C, identique au record mondial observé le 21 juillet 2016 à Mitribah (Koweït). Record mondial ex aequo ou pas, c’est en tout cas la température la plus chaude jamais observée pour un mois de mai au Pakistan, et la plus élevée relevée dans le pays tous mois confondus.

Plusieurs pays du Moyen-Orient ont connu une situation similaire depuis la dernière semaine de mai : l’Iran a connu un pic à 52,8°C, proche du record national de 53°C, tandis qu’Oman a battu le sien avec 50,8° C. Pour le mois de mai, plusieurs records ont été battus au Vietnam, mais aussi en Europe (Espagne, France, Belgique, Pays-Bas, Irlande, Norvège, Allemagne et Autriche).

Vagues de chaleur plus fréquentes

Or avec le réchauffement climatique, ces vagues de chaleur sont vouées à devenir plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Dans Science Advances, l’équipe de Mohsen Niknejad, de l’université de Californie à Irvine, en souligne les conséquences sanitaires catastrophiques pour l’Inde, qui a elle-même traversé une canicule historique en mai 2016, faisant des centaines de morts, avec une pointe à 52,4°C à Jaisalmer (Rajasthan).

Selon les chercheurs, la température moyenne estivale a grimpé de 0,5°C en 50 ans en Inde, passant de 27,5°C en 1960 à 28°C en 2009. Et ce n’est pas près de s’arrêter : avec le réchauffement, le pays pourrait voir le mercure s’élever de 2,2°C à 5,5°C d’ici à 2100, avec des effets très marqués sur le nord, le centre et l’ouest du sous-continent.

Par rapport à la période 1960-1984, les vagues de chaleur indiennes sont devenues 50 % plus fréquentes sur 1985-2009, tandis que le nombre de jours à température élevée (dans les 15 % les plus chauds) et la durée des vagues de chaleur se sont élevés de 25 %.

Une mortalité qui explose

Or l’équipe révèle que le risque de mortalité de masse (plus de 100 personnes décédées lors d’une vague de chaleur) s’élève très rapidement : lorsque la température estivale moyenne est de 27,5°C, elle est de 32 %, contre 13 % à 27°C. Idem pour la durée des vagues de chaleur : le risque de mortalité de masse est de 46 % lorsqu’elles s’étendent sur une moyenne de six jours, et passe à 82 % lorsqu’elles durent huit jours.

« L’Inde est particulièrement vulnérable aux vagues de chaleur, du fait de sa géographie et de son niveau de développement, mais de nombreux pays le sont tout autant. Nos résultats montrent que de petites hausses de température moyenne, inévitables avec le réchauffement en cours, vont entraîner une très forte hausse de la mortalité liée à la chaleur, à moins que des mesures soient prises pour améliorer la résilience de la population face à ces évènements », concluent les chercheurs.