Levée de boucliers contre les politiques de Trump sur les droits sexuels

L'accès au planning familial est un facteur de développement important. [karelnoppe/Shutterstock]

La ministre du Développement des Pays-Bas lance un mouvement mondial pour contrer la menace du gouvernement Trump sur le planning familial dans les pays en développement.

181 millions d’euros : c’est ce qu’a réussi à mobiliser l’initiative « She decides » en cinq semaines pour contrer la règle du bâillon (« gag rule ») réinstaurée par Donald Trump, qui interdit le financement public d’organisations conseillant les citoyens sur l’avortement comme méthode de planning familial.

Tout a commencé le 24 janvier, aux Pays-Bas. Ulcérée par la décision du nouveau président américain de réinstaurer la règle dite du bâillon mondial, qui va à l’encontre de la santé sexuelle et des droits reproductifs, Lilianne Ploumen, ministre néerlandaise au Commerce international et à la Coopération au développement, décide de contre-attaquer et lance la plateforme She Decides.

La ministre en appelle aux citoyens et à ses homologues politiques et ne tarde pas à recevoir un soutien considérable : la Belgique, le Danemark, la Suède, le Cap Vert, le Canada répondent présents, ainsi qu’un grand nombre de citoyens, qui se rendent dans les ambassades néerlandaises de leur pays pour demander comment ils peuvent contribuer à l’effort en cours. En quelques jours, She Decides avait fait les gros titres dans 123 pays.

La Commission européenne ne participera cependant pas financièrement à l’initiative, contrairement à certains de ses États membres. Les Pays-Bas et la Belgique, premiers pays à se lancer dans l’aventure, donneront ainsi 10 millions d’euros, tout comme le Danemark et la Norvège. La Finlande et la Suède ont quant à elles promis 20 millions, et le Luxembourg deux.

La Belgique et les Pays-Bas veulent contrecarrer le décret anti-avortement de Trump

Les deux pays veulent lancer un fonds dédié à l’accès à l’avortement dans les pays en développement, après la décision du président américain d’interdire les subventions fédérales aux ONG travaillant sur le sujet. La Commission a affirmé qu’elle ne participait pas à l’initiative.

Bâillon mondial

Depuis 1984, la règle du bâillon mondial est typiquement instaurée chaque fois qu’un président républicain est élu à la Maison-Blanche, et supprimée quand un démocrate le remplace. Elle interdit le financement par l’État de toutes les organisations qui présentent l’avortement comme une méthode de planning familial, même si celles-ci mènent ces activités grâce à leurs fonds propres et si l’avortement est légal dans ces pays.

L’administration Trump a encore étendu le champ d’application de l’interdiction à tous les financements liés à la santé, alors qu’il était jusqu’ici réduit aux fonds alloués au planning familial. Au lieu de s’appliquer aux 547 millions d’euros alloué par le gouvernement américain au planning familial dans le monde, la règle vaudra à présent pour les 9 milliards d’euros versé pour la santé (aux cliniques, hôpitaux, etc.), explique Ann Stars, de l’Institut Guttmacher.

« Nous ne savons pas encore combien de partenaires des États-Unis seront affectés par cette règle », indique-t-elle. « Les ONG étrangères auront un choix à faire : soit elles promettent de respecter les conditions américaines, de ne jamais faire référence à l’avortement, soit elles refusent, et perdent leurs financements. Dans les deux cas, ce seront à nouveau les femmes et familles des pays les moins riches qui supporteront les conséquences de cette décision. »

«Si les hommes donnaient naissance, les systèmes de santé seraient mieux adaptés»

Des centaines de milliers de femmes meurent pendant ou des suites d’un accouchement dans les pays les plus pauvres, a rappelé l’ancienne ministre au Développement allemande, Heidemarie Wieczorek-Zeul, qui dénonce la misogynie des système de santé.

Une politique d’un autre temps

Si les conséquences exactes de la nouvelle politique américaine n’ont pas encore pu être évaluées, il ne fait aucun doute qu’elles seront immenses. Les spécialistes estiment ainsi que les objectifs de développement durable de l’ONU, dont la priorité est d’éradiquer les formes de pauvreté les plus graves, ne pourront être atteints sans un financement correct des droits sexuels et reproductifs.

« Atteindre l’égalité homme-femme augmenterait le PIB mondial de 25 % », a fait remarquer Ulla Tørnæs, la ministre danoise au Développement. « Les droits des femmes sont des droits humains fondamentaux. C’est aussi simple que ça. »

En outre, il a été démontré que la règle du bâillon mondial ne fait pas diminuer le nombre d’avortements. Au contraire, elle les multiplie. De fait, privées d’éducation sexuelle, d’informations sur la contraception et la santé, plus de femmes tombent enceintes. En outre, ces avortements supplémentaires sont souvent réalisés dans des conditions dangereuses.

À l’heure actuelle, 20 millions de femmes avortent déjà dans des conditions peu sûres tous les ans. « En dix ans, nous avons réduit de moitié les maladies liées à la maternité et aux nourrissons. Il n’y a jamais eu autant de filles allant à l’école, qui font leurs propres choix et contrôlent leur avenir », souligne Alexandre De Croo. « Il faut continuer, nous ne voulons pas voir des millions de filles renvoyées vers l’âge sombre de l’ignorance. »

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L’Italie est à nouveau épinglée sur l’accès à l’interruption volontaire de grossesse par le Conseil de l’Europe. Un article d’EURACTIV Italie.

Contrôler son corps et son avenir

Le but de She Decides est que toutes les femmes puissent décider si elles veulent des enfants, avec qui, et quand, explique simplement Lilianne Ploumen, ministre néerlandaise à la Coopération au développement et fondatrice du projet. La plateforme entend donc compenser le manque de financement engendré par la décision de Washington et acheminer les fonds récoltés vers les organisations qui perdront leurs financements américains.

« L’égalité des chances est un objectif important, mais il n’est réalisable que si nous assurons l’accès au planning familial et aux droits sexuels et reproductifs. […] Aujourd’hui, nous sommes à mi-chemin de réaliser nos objectifs de développement durable, qui prévoient d’éradiquer la pauvreté extrême d’ici 2030. Pourquoi nous arrêter en si bon chemin ? », argue le ministre belge, qui insiste pourtant que l’initiative n’est pas dirigée « contre » quelqu’un en particulier.

Lilianne Ploumen est plus tranchée, et a hâte de rencontrer le président américain, qu’elle espère convaincre de changer d’avis. « Nous savons que la règle du bâillon aura un impact multiple : la fin de l’éducation sexuelle pour les jeunes, l’absence de planning familial pour les couples, moins de soins de santé durant la grossesse, davantage de maladies sexuellement transmissibles, etc. La liste est longue. Au final, cela se résume à cela : moins de femmes et de filles contrôleront leur propre corps et leur propre vie. Et le nombre d’avortements augmentera. »

Engouement international       

« C’est le plus beau jour de ma carrière de ministre au Développement », a annoncé Ulla Tørnæs, en poste depuis cinq ans, le 2 mars, à l’ouverture de la conférence She Decides, organisée par le gouvernement belge à Bruxelles et à laquelle ont participé les représentants de 50 pays et d’une multitude d’organisations et ONG.

Alexander De Croo, vice-premier ministre belge et ministre à la Coopération au développement, est ravi. Il y a trois semaines, quand il a proposé d’organiser une conférence pour appuyer She Decides, il ne s’attendait pas à un tel succès. « Il y a 50 pays présents, 50 pays qui ont une voix, qui font des choix » et sont rejoints par une cinquantaine d’organisations, mais aussi d’acteurs du secteur privé.

Lors de l’événement, se sont en effet exprimés des membres d’associations actives sur le terrain au Mali, au Pakistan et en Colombie, les ministres au Développement portugais et canadien, les ministres de la Santé tchadien et éthiopien, le directeur du Fonds des Nations Unies pour la population et le directeur général de la Fédération internationale du planning familial.

Face au scepticisme de certains critiques du projet, ce dernier, Tewodros Melesse, a assuré, s’attirant les applaudissements des participants : « ce n’est pas une initiative du Nord [pour le Sud]. Quand il s’agit de l’avenir des jeunes, il n’y a ni Nord ni Sud ».

Un sentiment auquel fait écho Ngarmbatina Odjimbeye Soukate, ministre de la Santé du Tchad. « Je prends la parole aujourd’hui avec beaucoup d’émotion », a-t-elle confié, « je voudrais vous remercier d’être là, et d’être tous d’accord sur le simple fait que les femmes doivent pouvoir choisir, même là où le poids des traditions les font souvent se sentir inférieure aux hommes. »

Depuis 1984, la règle du bâillon mondial est typiquement instaurée chaque fois qu’un président républicain est élu à la Maison-Blanche, et supprimée quand un démocrate le remplace. Une loi en place depuis 1973 interdit au gouvernement de financer des avortements à l’étranger comme méthode de planning familial. La politique de Mexico, introduite en 2001 par George Bush, va plus loin, et étend l’interdiction à toutes les organisations qui comptent l’avortement comme une méthode de planning familial, même si celles-ci mènent ces activités grâce à leurs fonds propres et si l’avortement est légal dans ces pays.

L’administration Trump a encore étendu le champ d’application de l’interdiction à tous les financements liés à la santé, alors qu’il était jusqu’ici réduit aux fonds alloués au planning familial.

Face aux conséquences catastrophiques que pourrait avoir cette décision sur le développement, surtout dans les pays pauvres, Lilianne Ploumen, ministre à la Coopération au développement néerlandaise a lancé l’initiative She Decides, pour tenter de combler le manque de financements accessibles.

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