Bill Gates appelle à un maintien de l’aide britannique

Le fondateur de Microsoft et philanthrope Bill Gates est attendu le 12 décembre au One Planet Summit [Will Oliver/EPA]

En amont des élections législatives, le milliardaire américain a mis en garde les conservateurs britanniques contre leur volonté de réduire l’aide au développement. Un article de notre partenaire, The Guardian.

Le millionnaire philanthrope a abordé, lors d’une interview avec The Guardian, les conséquences potentielles d’une diminution de l’objectif de 0,7 % du PIB pour l’aide au développement. Ses déclarations interviennent quelques heures seulement après le refus de la Première ministre de dévoiler la place de cet objectif dans son programme électoral. Les travaillistes sont convaincus que Theresa May veut réduire les 12 milliards de livres sterling de fonds et revoir son engagement envers les pays en développement.

« Les grands donateurs internationaux sont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne. S’ils ne respectent pas leurs engagements, les actions en cours pour lutter contre le paludisme et aider au développement de l’agriculture et de la santé reproductive n’aboutiront pas », a déploré Bill Gates.

D’après le fondateur de Microsoft, le rôle de chef de file du Royaume-Uni déterminera la mise en place de moyens effectifs pour éradiquer le paludisme en Afrique. « Nous avons toujours voulu lutter contre le paludisme, et le Royaume-Uni est le pays qui a le plus œuvré pour son éradication, grâce à ses infrastructures de recherche et à ses financements. En fonction de ce que le gouvernement décidera, le Royaume-Uni pourra lancer une grande campagne mondiale contre le paludisme, ou a contrario ne pas pousser le monde à agir », a-t-il ajouté.

Sans Londres, l'UE va perdre sa place de premier donateur mondial

Le Brexit remettra en question la place de l’UE en tant que premier contributeur mondial à l’aide au développement, dont les fonds pourraient diminuer de 3 %, selon une étude du Parlement européen.

Les premiers signes d’une potentielle réduction de l’aide au développement ont été donnés par Theresa May lors d’une interview au Sun, la Première ministre n’ayant pas réellement indiqué si elle soutiendrait l’objectif de 0,7 % du PIB dans son programme électoral. « Vous devrez attendre, et lire mon programme dès qu’il sera disponible », a-t-elle déclaré.

Lors des questions du mercredi au Parlement, elle a de nouveau évité la question, indiquant à un député travailliste que le Royaume-Uni respectait actuellement ses engagements en matière d’aide au développement. Une source du cabinet de la Première ministre a précisé que Theresa May n’avait pas souhaité indiqué si l’objectif de 0,7 % du PIB serait maintenu après les élections. « Nous respectons nos engagements actuels », a ajouté la source. « Concernant le futur programme, il faudra patienter. »

Londres double la mise contre les maladies tropicales

Le Royaume-Uni s’est engagé à doubler ses financements pour la lutte contre les maladies tropicales. Des pathologies qui affectent plus de 200 millions de personnes dans le monde.

Le Parti conservateur, le parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et les journaux de droite tels que le Sun et le Daily Mail préconisent depuis longtemps de réduire le budget de l’aide au développement, martelant que cet argent pourrait servir à autre chose.

Pour Kate Osamor, ministre du Développement de l’opposition, « Bill Gates a raison de dire qu’une réduction de l’aide au développement sera synonyme de moins de vies sauvées. Theresa May devrait respecter notre engagement en matière d’aide internationale. Elle parle d’une Grande-Bretagne mondiale mais semble plus encline à nous transformer en une petite Angleterre. »

Dans un discours prononcé devant le groupe de réflexion Chatham House, Kate Osamor s’en est prise à l’approche du Parti conservateur en matière d’aide au développement, accusant Theresa May d’en réduire le budget, csimplicitéomme l’avait fait George Osborne avec le budget de la protection sociale.

« Les conservateurs et leurs amis de la presse de droite sont en train de faire à l’aide au développement ce qu’ils avaient fait à la protection sociale », a-t-elle indiqué. « L’aide au développement est devenue le bouc émissaire des médias conservateurs et des députés pro-Brexit. Les personnes qui ont voulu nous faire sortir de l’Europe veulent maintenant que nous renions nos engagements avec les pays en développement. »

La Fondation Gates coopère avec le Royaume-Uni depuis plus de cinq ans afin d’éradiquer les maladies tropicales qui touchent plus d’un milliard de personnes. D’après Bill Gates, le Royaume-Uni devrait être salué pour ses engagements, et non ridiculisé.

Les financements britanniques ont fait une énorme différence, a-t-il reconnu. « À travers mes voyages, j’ai pu observer de mes propres yeux les accomplissements du Département pour le développement international. Le Royaume-Uni peut être fier de sa générosité et des efforts accomplis. »

Bill Gates mène la même bataille aux États-Unis, où il tente de convaincre Donald Trump de ne pas réduire ses aides au développement. Il essaye ainsi de montrer au président américain, qui a relativement peu d’expérience en la matière, tout le bien que l’aide peut apporter. Le prédécesseur de Theresa May, David Cameron, a déjà enjoint à la Première ministre de ne pas réduire le budget.

La Belgique et les Pays-Bas veulent contrecarrer le décret anti-avortement de Trump

Les deux pays veulent lancer un fonds dédié à l’accès à l’avortement dans les pays en développement, après la décision du président américain d’interdire les subventions fédérales aux ONG travaillant sur le sujet. La Commission a affirmé qu’elle ne participait pas à l’initiative.

Des groupes d’aide humanitaire s’inquiètent du fait que les conservateurs tentent déjà de repousser l’objectif de 0,7 % du PIB en détournant l’argent au profit d’autres fonds. Ainsi, 1 milliard d’euros ont été alloués au Fonds de stabilisation des conflits, supervisé par le Conseil national de sécurité, plutôt qu’au Département du développement international. Les ministères des Affaires étrangères, du Commerce et de la Défense ont plusieurs fois pioché dans le budget réservé à l’aide au développement, indiquant que la promotion des échanges et la sécurité étaient incluses dans ce même budget.

Bill Gates a ajouté qu’il était naturel qu’un gouvernement revoie son budget, mais a demandé à Theresa May si elle avait l’intention de tenir ses engagements avec le monde en développement. « Theresa May a choisi de quitter l’UE. Cela signifie-t-il que le pays s’éloignera simplement des règles migratoires et douanières, ou bien qu’il s’isolera du monde entier et cessera d’être généreux? »

Conscient du nombre croissant de plaintes indiquant la mauvaise utilisation des fonds ou leur gaspillage, Bill Gates a souligné que, en tant qu’homme d’affaires, il n’avait pas de temps à perdre avec une mauvaise utilisation des ressources. « Une aide mal gérée est un double crime, contre les contribuables et contre les pauvres. » Il a demandé au public britannique d’être réaliste. « Il ne sera jamais possible d’éradiquer complètement le gaspillage ou la corruption à petite échelle, tout comme il ne sera jamais possible d’éliminer le gaspillage de tout programme gouvernemental ou de toute entreprise. »

Il a enjoint au public de regarder les grandes lignes et de continuer à croire en l’utilité de l’aide. « Pas plus tard qu’en 1950, les trois quarts du monde vivaient encore dans l’extrême pauvreté. Aujourd’hui, ce nombre ne dépasse pas les 10 %. En 1990, un enfant sur 10 mourrait avant l’âge de cinq ans, quasiment toujours de causes évitables. Aujourd’hui, c’est le cas de moins d’un enfant sur 20. Dans les quinze prochaines années, ce sera un enfant sur 40. »

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