Mariage arrangé entre aide au développement et francophonie

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Le remaniement ministériel a rassemblé les portefeuilles du développement et de la francophonie sous la houlette de la nouvelle secrétaire d’État, Annick Girardin. Un mariage qui préoccupe le monde du développement.

L’effectif resserré voulu par le Président François Hollande au sein du nouveau gouvernement a poussé aux mariages arrangés. Afin de ramener le nombre de ministres et de secrétaires à un seuil raisonnable, certains portefeuilles ont été fusionnés.

C’est le cas du développement et de la francophonie. Répartis respectivement entre deux ministres délégués sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault  – Pascal Canfin et Yamina Benguigui –, le développement et la francophonie se retrouvent sous la férule d’une unique secrétaire d’État,  Annick Girardin.

Double portefeuille

La pilule est difficile à avaler pour différentes ONG qui estiment que le signal adressé aux acteurs de la solidarité internationale et de l’action humanitaire est « particulièrement négatif».

>>Lire la tribune : « L’absence de ministre chargé du développement dans l’équipe de M. Valls inquiète le monde de l’humanitaire » sur LeMonde.fr

« C’e n’est pas positif de fusionner ces deux compétences. C’est un mélange des genres » regrette une ONG.

« Nous sommes heureux qu’il y ait un secrétariat d’État, mais comme il s’agit d’un double portefeuille, nous ne savons pas encore quelle sera la disponibilité sur les sujets développement » souligne une porte-parole de l’ONG One France.

Au-delà de la simple fusion des portefeuilles, le développement de la diplomatie économique sous l’autorité du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius fait aussi grincer des dents.

« Nous espérons que l’aide au développement va garder sa finalité première de lutte contre la pauvreté et qu’elle ne sera pas soumise aux intérêts économiques, diplomatiques ou politiques qui se sont renforcés au sein du ministère des Affaires étrangères » détaille Christian Reboul.

La nouvelle secrétaire d’État a profité d’une audition devant la commission des Affaires étrangères du Sénat le 15 avril, pour défendre cette alliance comme « une logique de complémentarité et d’efficacité ». « Le regroupement de la Francophonie et du développement au sein d’un même secrétariat d’État n’est pas un renoncement. » a institué l’élue de Saint-Pierre-et-Miquelon.

De fait, le prisme francophone de l’aide au développement existe déjà. L’ensemble des 16 pays pauvres prioritaires sur lesquels la France concentre la majorité de son aide fait partie de l’Organisation internationale de la Francophonie, et seuls le Ghana et la Mauritanie ne comptent pas le français comme langue officielle.

« Des synergies existent donc entre notre politique de développement et la valorisation de la langue française, » affirme Annick Girardin. « La Francophonie, c’est un privilège culturel, mais c’est aussi un atout politique et économique ».

Contexte tendu

La secrétaire d’État au développement et à la francophonie aura par ailleurs fort à faire dans les mois à venir. Examen du projet de loi sur la politique de développement et de solidarité internationale –la première du genre -, taxe sur les transactions financières européenne (TTF), dont une partie des recettes pourraient être allouées au développement, mais surtout les inquiétudes sur la baisse du budget français consacré à l’aide publique au pays du sud, ravivées par les derniers chiffres de l’OCDE.

« Annick Girardin arrive dans un contexte assez particulier, juste après la publication des chiffres de l’OCDE » explique Christian Reboul, responsable de plaidoyer financement du développement chez Oxfam France.

Le 8 avril, l’Organisation pour la Coopération et le Développement économique a publié le bilan 2013 des financements consacrés au développement. Si le tableau global a de quoi réjouir, avec une hausse de 6,1 %,  la tendance à la baisse de la France inquiète.

>> Lire : L’aide au développement recule plus en France qu’en Grèce

En 2013, le pays a consacré presque 10 % de moins qu’en 2012 à l’aide au développement. Une performance qui éloigne un peu plus le pays de l’objectif de consacrer 0,7 % de son Revenu national brut au développement d’ici 2015.

Examen du projet de loi « développement »

Lors de son audition au Sénat le 15 avril, la nouvelle secrétaire d’État a donné les grandes lignes de son action, qu’elle situe « dans la continuité » de celle de son prédécesseur, Pascal Canfin.

« Cette loi d’orientation et de programmation traduit un engagement fort du président de la République. […] Nous avons tous en tête l’impatience qu’ont nos concitoyens à observer des résultats. Il est donc nécessaire de ne pas rallonger les délais » a-t-elle précisé. Dans un second temps « il faudra s’assurer que les bonnes intentions sont mises en pratique ».

Le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a pris le poste de premier ministre le 2 avril 2014, après des élections municipales marquées par une victoire de la droite. À la tête d'un gouvernement resserré qu'il dit « de combat », Manuel Valls sera épaulé par Laurent Fabius, qui se retrouve numéro 2 dans l'ordre protocolaire du gouvernement et récupère le portefeuille du commerce extérieur, précédemment détenu par Bercy.

À la faveur de ce remaniement, la députée de Saint-Pierre-et-Miquelon, ?Annick Girardin, est nommée secrétaire d'État au Développement et à la Francophonie et prend ainsi la succession des deux ministres délégués en charge de ces portefeuilles sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault  - Pascal Canfin et Yamina Benguigui.

  • 30 avril et 21 mai 2014 : examen de la loi d'orientation et de programmation en commission des affaires étrangères au Sénat.
  • 26 mai 2014 : examen et vote en séance de la loi d'orientation et de programmation 

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