En Afrique, des eurodéputés s’interrogent sur les accords de partenariat

Le siège de la délégation de l'Union européenne à Dakar, au Sénégal, un membre de la Cédéao. [Matt Tempest/Flickr]

La commission commerce international est en Afrique de l’Ouest pour surveiller la mise en application des Accords de partenariat économique.

Une équipe de six eurodéputés, dirigés par Bernd Lange (groupe S&D), est au Ghana et en Côte d’Ivoire pour rencontrer les politiques locaux, les dirigeants d’entreprise et les membres de la société civile du 18 au 20 avril. Le séjour se clôturera par une conférence de presse dans la capitale ghanéenne, Accra.

Le voyage intervient dans un contexte de scepticisme concernant les Accords de partenariat économique (APE), étant donné que le représentant spécial de l’Allemagne pour l’Afrique, Günther Nooke, a indiqué la semaine dernière que ces derniers n’étaient « pas une réussite, ni pour l’Afrique, ni pour l’Europe ».

Les accords commerciaux avec l’Afrique ne sont pas une « success story »

Pour le représentant allemand en Afrique, le commerce entre l’Europe et l’Afrique est « presque insignifiant ». La faute aux mauvais accords de partenariat mis en place par l’UE, mais aussi aux gouvernements africains qui « ne sont pas à la hauteur ».

Günther Nooke fait partie de l’équipe du gouvernement allemand en charge de l’organisation du prochain sommet du G20 à Hambourg en juin, qui se concentrera sur l’Afrique. Pour lui, les APE « ne sont pas un accord, ni un partenariat », et le commerce entre l’Afrique et l’UE est « presque insignifiant », sauf pour le café, le cacao et les diamants du Botswana.

Si l’UE est le premier donateur au monde, aussi bien en termes absolus que pour l’Afrique en particulier, les APE ne datent que de l’année 2002. Leur mise en place a été chaotique, étant donné que les négociations n’ont pas abouti à la date prévue, en 2008, et que des accords temporaires ont été adoptés, d’abord jusqu’en 2014, puis jusqu’en octobre 2016.

Les 16 chefs d’État de la Cédéao (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) ont approuvé les APE en 2014, mais le processus de signature est toujours en cours. Le Nigéria et le Ghana ont refusé de les signer, même si le Ghana a signé un accord provisoire en août 2016 afin de ne pas perdre son accès privilégié au marché européen.

En vertu de la première convention de Lomé de la fin des années 1970, puis des accords de Cotonou de 2000 (qui expireront en 2020), les 79 membres des États ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) bénéficient d’un libre accès au marché européen, sous le critère de « tout sauf les armes ».

D’après une déclaration des eurodéputés, la visite de cette semaine « se concentrera principalement sur la procédure de mise en place des accords temporaires récemment signés, sur l’intégration régionale de l’Afrique occidentale et sur l’environnement commercial et d’investissement dans ces pays ». L’équipe de Bernd Lange rencontrera les gouvernements, les députés, le secteur privé, la société civile et certaines ONG durant leur voyage.

Avant son départ cependant, la commission parlementaire a publié une étude sur les moyens possibles de suspendre les APE avec les États ACP si ces derniers ne respectaient pas les droits de l’Homme, les principes démocratiques ou l’État de droit, après l’expiration de l’accord de Cotonou dans trois ans. Les progrès actuels concernant la période qui suivra la fin des accords de Cotonou s’avèrent lents, voire stagnants, à la suite des discussions de l’année dernière à Dakar, au Sénégal.

Les relations entre l'UE et les pays ACP se tendent au sommet de Dakar

Les représentants des pays du groupe Afrique-Caraïbes-Pacifique ont exprimé leur mécontentement quant à leur collaboration avec l’UE lors d’une rencontre au Sénégal.

Le Cédéao compte 16 membres, à savoir le Bénin, le Burkina Faso, le Cap Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigéria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.

Le Soudan et la Guinée équatoriale ont refusé de ratifier l’accord de Cotonou en 2000, après la publication d’un amendement en 2005 reconnaissant la compétence juridictionnelle de la Cour pénale internationale.

Le Fonds européen de développement (FED) pour aider les pays ACP s’élève à 29,1 milliards d’euros, dont 24,3 milliards sont destinés aux programmes de coopération régionale et nationale, 3,6 milliards à la coopération entre États ACP et 1,1 milliard aux dispositifs d’investissement ACP.