OMD : appels politiques en faveur d’une gouvernance contraignante de l’ONU

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ÉDITION SPÉCIALE / Les États membres n'atteindront probablement pas l'objectif d'allouer 0,7 % de leur revenu national brut (RNB) à l'aide publique au développement (APD) d'ici 2015. Pour contraindre les pays riches à honorer leurs engagements, certains appellent à donner à l'ONU des pouvoirs coercitifs. 

Le secrétaire général du Groupe des États d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), Alhaji Mumuni, et la présidente de la commission du développement au Parlement européen, Eva Joly, ont expliqué à EURACTIV que l'ONU devrait pouvoir définir des politiques plus contraignantes.

« Un engagement, c'est un engagement. L'allocation de 0,7 % du RNB est un objectif du Millénaire pour le développement (OMD) qu'il faut respecter », affirme M. Mumuni.

Selon le projet « Objectifs du Millénaire » des Nations unies, ce pourcentage représente la somme nécessaire aux pays développés pour atteindre les OMD. 

« S'il [le pourcentage] n'est pas atteint, les progrès des pays en développement seront entravés », ajoute le secrétaire général du Groupe ACP. « La seule manière d'avancer, c'est de trouver des moyens de contraindre ces pays de s'acquitter de leurs obligations. »

L'eurodéputée française Eva Joly (Verts) a pointé du doigt la crise économique mondiale qui a fortement touché les pays en développement, pourtant les moins responsables de cette situation.

« Nous devons avoir de nouvelles règles qui rendent les contributions au développement obligatoires », a-t-elle expliqué à EURACTIV. « Nous avons besoin à l’heure actuelle d'une gouvernance mondiale, de sorte que si vous vous engagez à allouer 0,7 % de votre RNB [à l'aide], et que vous ne le faites pas, cela peut devenir obligatoire. »

« Tant que nous ne disposons pas de ce système, nous serons égocentriques et égoïstes. Les gens diront "Moi et mon pays d'abord" et les progrès [que nous avons réalisés] risquent d'être anéantis » a-t-elle poursuivi. 

De nouvelles données, compilées par Concord Aidwatch et consultées par EURACTIV, renforceront les appels en faveur d'un régime d'application de l'aide au sein des Nations unies. Concord Aidwatch est une ONG paneuropéenne de développement qui analyse les dépenses d'aide des États membres.

L’aide réelle

Selon les statistiques de l'ONG, en tenant compte de l'aide réelle et non des chiffres déclarés, les contributions des États membres sont en moyenne inférieures de 0,06 % à celles déclarées. Elles atteignent en réalité 0,37 %, soit plus de 5 milliards d'euros de différence avec les sommes annoncées.

L'« aide gonflée » comprise dans l'APD inclut souvent des dépenses non liées à l'APD, comme les coûts imputés aux étudiants et aux réfugiés des pays en développement ainsi que les réductions de taux d'intérêt sur les remboursements de prêts.

« L'aide n'est pas réelle lorsqu'elle est dépensée à l'échelle nationale et non à l'étranger, comme dans le cas des étudiants et des réfugiés », précise Luca de Fraia, coprésident de Concord Aidwatch.

Il en va de même pour l'« aide liée ». Dans ce cas, l'aide est utilisée pour obtenir des contrats et des produits du pays donneur et pour alléger la dette, de sorte que le donateur ne dépense aucun centime à l'étranger.

« Sur la base des données, nous devons conclure que l'objectif de 0,7 % n'est pas à portée de mains pour le moment », déplore M. de Fraia. « En raison des cycles budgétaires, nous savons par définition que les chances d'y parvenir sont très minces. » 

Pas la bonne manière

Mais à Bruxelles, les objectifs obligatoires ne sont pas considérés comme « la bonne manière de participer au développement ».

« L'aide est volontaire et soutenue par les citoyens européens. Vous ne voulez pas commencer à dicter les politiques de leur gouvernement », indique un fonctionnaire de l'UE à EURACTIV« Un accord international sur ces propositions serait également impossible », indique une autre source de l'UE.

Elle met toutefois en évidence la suppression des coûts de transaction, ce qui permettrait de lever plus de fonds que l'objectif de 0,7 % des dépenses.  

Cet objectif a été défini lors de l'Assemblée générale de l'ONU en 1970 pour « tout pays économiquement avancé ». Il devait être atteint avant 1975. Il a été réaffirmé lors des sommets des Nations unies pour le développement à Monterrey (Mexique) et à Johannesburg (Afrique du Sud).

Lors d'un Conseil de l'UE en 2005, les États membres se sont engagés à le respecter d'ici 2015 dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement.

Selon des données de 2013 de l'OCDE, l'UE est toujours le plus grand donateur d'aide avec 55,2 milliards d'euros en 2012. Les contributions atteignent en moyenne 0,43 % du RNB. Les États membres de l'UE ont réalisé des progrès, même s'ils ont manqué l'objectif intermédiaire de 0,56 % en 2010.

La méthodologie des OMD

Plus de 30 statisticiens en chef des différents organes de l'ONU, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, mesurent les progrès des membres des Nations unies vers les OMD. Ils se réunissent à la fin de chaque exercice budgétaire, entre mars et avril.

Jan Vandemoortele, qui a participé à la rédaction des OMD, explique à EURACTIV que cette manière de procéder est « l'une des plus grandes réussites ».

Plusieurs OMD ambitieux, comme la réduction de moitié de la proportion de la population qui souffre de la faim et celle dont le revenu est inférieur à 1,25 dollar (0,95 euro) seront probablement atteints. Pour d'autres, ce sera plus difficile.

Près de 1,2 milliard de personnes vivent toujours dans l'extrême pauvreté, même si l'objectif est de l'éradiquer. Environ 57 millions d'enfants en âge d’aller à l'école primaire ne fréquentaient pas d'établissement scolaire en 2011 alors que la garantie d'une éducation primaire pour tous est l'un des OMD.

Le commissaire européen au développement, Andris Piebalgs, confie à EURACTIV qu'environ 100 millions de personnes se sont « à nouveau retrouvées dans la pauvreté » à cause de la crise économique mondiale. Malgré ces échecs, « les progrès ont été remarquables ces deux dernières décennies », ajoute-t-il. 

Des progrès remarquables

M. Piebalgs fait remarquer que les taux de croissance des pays en développement sont deux fois plus élevés que ceux des pays développés. Ils ont permis de sortir 700 milliards de personnes de l'extrême pauvreté.

Certaines régions à croissance rapide comme l'Asie du Sud-Est ont rempli plus facilement les OMD que l'Afrique subsaharienne, par exemple. La croissance économique jouerait donc un rôle plus important que la volonté politique.

Le commissaire indique qu'il est « juste » de mettre le doigt sur les différences régionales dans les progrès en matière de développement ces dernières décennies.

« Des pays en Asie du Sud-Est se tournent vers des activités à plus haut niveau de productivité, grâce à des gouvernements proactifs qui se concentrent sur l'industrialisation et la promotion des exportations. » « En Afrique subsaharienne, les exportations de matières premières ont fait grimper les taux de croissance. Mais la transformation structurelle nécessaire pour réduire la pauvreté de manière durable n'a pas eu lieu », poursuit-il.

Il félicite toutefois les pays d'Afrique subsaharienne pour avoir « réalisé des progrès très importants alors qu'ils partaient de très bas ».

Les Nations unies ont établi huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qui doivent être atteints d'ici 2015. Ces objectifs sont :

  • Éliminer l'extrême pauvreté et la faim
  • Assurer l'éducation primaire pour tous
  • Promouvoir l'égalité des sexes et l'autonomisation des femmes
  • Réduire la mortalité infantile
  • Améliorer la santé maternelle
  • Combattre le VIH/sida, le paludisme et d'autres maladies
  • Préserver l'environnement
  • Mettre en place un partenariat mondial pour le développement

En 2008, des gouvernements, des entreprises et d'autres organisations ont renforcé leurs engagements en vue de respecter les OMD. Ils ont levé près de 12,3 millions d'euros de nouveaux financements pour le développement. En 2010, lors d'un sommet consacré aux OMD, un plan d'action mondial a été adopté. Il renforce encore le mouvement vers le respect des OMD.

  • 23 sept. 2013 : ouverture du sommet consacré à la révision des objectifs du Millénaire pour le développement à New York
  • 2015 : date butoir pour atteindre l'objectif de 0,7 % en matière d'APD
  • 2015 : date butoir des objectifs actuels du Millénaire pour le développement

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