La ruralité, pierre angulaire de la croissance des pays en développement

Pour assurer un meilleur développement rural, les infrastructures sont importantes. [Gudkov Andrey/Shutterstock]

Les millions de jeunes qui entreront à l’avenir dans le monde du travail des pays en développement ne devront pas quitter les zones rurales pour échapper à la pauvreté, selon un rapport de la FAO.

Les zones rurales possèdent en réalité un potentiel de croissance économique énorme, lié à la production alimentaire et à tous les secteurs associés, souligne le rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) intitulé « La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2017 ».

Étant donné que la majorité des habitants pauvres et manquants de nourriture de la planète se trouvent dans ces zones, il sera essentiel de libérer ce potentiel trop souvent négligé pour atteindre les objectifs de développement durable pour 2030.

Économies rurales

Pour ce faire, il faudra cependant démêler une situation complexe, liée à la faible productivité de l’agriculture de subsistance, l’impossibilité d’industrialiser le secteur dans de nombreux endroits, la croissance exponentielle de la population et une urbanisation galopante. Tous ces facteurs participent en effet aux difficultés rencontrées par les nations qui tentent de fournir emplois et nourriture à leurs citoyens.

Il est néanmoins prouvé que des modifications des économies rurales peuvent avoir un impact important sur la capacité de créer de l’emploi et des aliments. Depuis les années 1990, certaines de ces modifications permettent par exemple à des centaines de millions d’habitants des zones rurales à se hisser hors de la pauvreté, fait remarquer le rapport. Les progrès sont cependant en dents de scie et la pression démographique a doublé les enjeux.

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Jeunesse mondiale

Entre 2015 et 2030, le nombre de personnes entre 15 et 24 ans devrait augmenter de 100 millions de personnes, pour atteindre le 1,3 milliard. Cette augmentation touchera presque seulement l’Afrique subsaharienne, et particulièrement les zones rurales.

Pourtant, dans nombre de pays en développement, particulièrement dans le sud de l’Asie et en Afrique subsaharienne, la croissance des secteurs de l’industrie et des services est à la traîne, et ne permettra pas de suivre l’augmentation drastique du nombre de demandeurs d’emploi. Et, dans son état actuel, le secteur agricole n’offre guère d’échappatoire.

De nombreux habitants se déplacent donc vers les villes, où ils courent de plus en plus le risque de rejoindre les rangs des pauvres urbains, et non de sortir de la misère. D’autres iront tenter leur chance ailleurs, créant des migrations permanentes ou saisonnières.

C’est pourquoi il est important de cibler les politiques de soutien et d’investissement dans les zones rurales, afin de créer des systèmes agroalimentaires en pleine santé et de soutenir les industries bien connectées aux zones urbaines, surtout dans les villes de petite et moyenne taille. Cela permettra de créer de l’emploi et permettra à davantage d’habitants de rester dans les campagnes et d’y réussir leur vie.

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Les économies rurales transformées ne constitueront pas nécessairement une panacée effaçant toutes les raisons qui poussent les habitants à abandonner ces régions, mais elles généreront au moins des postes bien nécessaires et contribueront à transformer la migration et choix, plutôt qu’en nécessité.

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Demande urbaine pour renouveau rural

Les auteurs du rapport estiment que ces transformations pourraient être lancées grâce à l’augmentation de la demande de nourriture dans les zones urbaines, afin de diversifier les systèmes alimentaires et de générer de nouvelles opportunités économiques dans activités non agricoles liées au secteur.

Cela inclut des entreprises qui traitent ou transforment, qui emballent ou transportent, qui stockent et vendent des aliments, ainsi que des sociétés qui produisent des intrants, comme les semences, les engrais, les outils et équipements, ou encore des services, tels que l’irrigation ou le labourage.

La demande croissante émanant des centres urbains s’élève actuellement jusqu’à 70 % de l’offre alimentaire nationale, même dans les pays où la population rurale est encore très nombreuse, souligne le rapport de la FAO.

Pas de panacée

Si l’urbanisation constitue une occasion en or pour l’agriculture, elle engendre également des difficultés pour des millions de petites exploitations familiales. Les marchés plus rentables peuvent en effet causer une concentration de la production dans les grandes exploitations commerciales. Celles-ci développent en outre des relations privilégiées avec les grands transformateurs et chaines de distributions, contrairement aux agriculteurs plus modestes.

Pour faire de la demande urbaine le moteur d’une croissance transformative et équitable, il sera donc vital de mettre en place des investissements et politiques de soutien, ainsi que des mesures conçues pour assurer l’accès au marché des petits agriculteurs.

Exploitations et infrastructures

Le rapport de la FAO identifie trois grandes orientations. La première implique la mise en place d’un éventail de politiques assurant l’accès au marché des petits producteurs. Parmi les mesures possibles : le renforcement des droits d’exploitation de la terre, des contrats de fourniture équitables, un meilleur accès au crédit, etc.

Deuxièmement, il s’agit de construire les infrastructures nécessaires pour relier les zones rurales aux marchés urbains. Dans de nombreux pays en développement, l’absence de routes, de réseaux électriques, d’infrastructure de stockage et de systèmes de transport réfrigéré constitue un obstacle insurmontable pour les agriculteurs désireux de vendre en ville des fruits, légumes, viandes ou produits laitiers frais.

Enfin, il faut s’assurer que non seulement les grands centres urbains et mégalopoles sont bien connectés aux zones rurales, mais aussi les villes moins importantes et plus dispersées. Selon le rapport, cette dernière catégorie représente un marché négligé pour les produits agricoles.

En 1960, 22 % de la population des pays en développement, soit 460 millions de personnes, vivaient en ville. En 2015, ce chiffre avait atteint les 49 %, soit 3 milliards de personnes. La plupart de ces zones urbaines sont relativement petites, puisque la moitié de la population urbaine de ces pays, soit 1,45 milliard de personnes, vit dans des agglomérations de 500 000 habitants ou moins.

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