Sommet UE-Afrique : à la recherche d’un partenariat constructif

Les plans de l'UE visant à établir un « partenariat stratégique » avec l'Afrique ont été fortement ébranlés par la pandémie de Covid-19. [EPA-EFE/STR]

Deux ans après la présentation par l’Union européenne de son projet de «  partenariat stratégique  » avec l’Afrique, le sommet UE-Union africaine destiné à sceller l’accord se tiendra à Bruxelles jeudi 17 février. Une série d’initiatives et de promesses seront dévoilées, mais beaucoup de choses restent encore en suspens.

Bien que les projets de communiqués et les résultats du sommet circulent encore frénétiquement entre les responsables de l’UE et de l’Union africaine, il existe une ébauche de plan.

L’UE prévoit de dévoiler six initiatives lors du sommet, dont trois paquets d’investissement, dans le cadre de ce qu’elle appelle un «  partenariat prospère et durable  ».

La première de ces initiatives s’articulera autour de l’initiative Global Gateway — lancée en septembre dernier comme la réponse de l’UE au programme chinois Belt and Road — qui promet des investissements d’infrastructure dans des projets énergétiques, numériques et environnementaux.

«  Lors du sommet, les investissements seront au cœur des discussions car ils sont les moyens de notre ambition commune  », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, jeudi à Dakar, capitale du Sénégal, après avoir annoncé que le Global Gateway comprendrait un plan d’investissement de plus de 150 milliards d’euros pour l’Afrique.

Le programme promet d’établir une plateforme d’investissement de l’UE dans chaque pays africain mais ne sera pas soutenu par un nouvel engagement financier de Bruxelles.

Il est beaucoup plus important de savoir si, et dans quelle mesure, les 450 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux (DTS) émis par le Fonds monétaire international l’année dernière, dont une grande partie a été allouée aux États membres de l’UE, seront réaffectés à l’Afrique pour aider à couvrir les coûts de la pandémie de Covid-19.

Peu d’États de l’UE ont l’intention d’utiliser ces droits pour eux-mêmes — le fonds de relance de l’UE et les achats d’obligations de la BCE font qu’ils n’en ont guère besoin — et un projet de communiqué de l’UE avait initialement déclaré que les États de l’UE devraient allouer 50 % des DTS à l’Afrique. Cette proposition a toutefois été rejetée par certains pays de l’UE.

La réorientation des DTS vers l’Afrique a été l’un des projets favoris du président français Emmanuel Macron, et les initiés affirment que la présidence française du Conseil de l’UE (PFUE) a fait une pression concertée sur les DTS, mais les progrès ont été mitigés.

La France, l’Italie et l’Espagne ont jusqu’à présent promis 20 % de leurs nouveaux DTS, tandis que la Belgique et les Pays-Bas ont également annoncé de plus petits montants.

Un responsable de la société civile a qualifié la lenteur des progrès de l’UE en matière d’allocation de DTS d’«  extrêmement décevante  » et d’«  occasion manquée pour l’UE d’améliorer son offre  » à l’Afrique.

M. Macron aurait fixé un objectif de 40 à 45 milliards de dollars pour l’allocation des DTS, mais ces chiffres resteraient bien en deçà de la demande formulée par le président sénégalais Macky Sall, président de l’Union africaine, lors du sommet de l’UA la semaine dernière, selon laquelle au moins 100 milliards de dollars de DTS devraient être redirigés vers l’Afrique dans le cadre d’un «  New Deal  ».

L’Afrique parle d’une seule voix, mais l’UE l’écoute-t-elle ?

L’Europe pense en faire suffisamment pour garantir un nouveau « partenariat stratégique » avec l’Afrique, mais sa stratégie actuelle vis-à-vis de la pandémie pourrait compromettre les discussions de la semaine prochaine.

Les vaccins en ligne de mire

Les progrès en matière de production et d’accès aux vaccins sont également en suspens. Le président Macron a promis de mettre en place un système de «  licence globale  », mais les détails n’ont guère bougé.

Il est peu probable que l’UE accepte la principale demande de l’UA, sur laquelle il existe un soutien africain unanime, à savoir une dérogation de l’Organisation mondiale du commerce aux droits de propriété intellectuelle sur les vaccins contre la Covid-19.

«  Nous n’avons pas vu les engagements dont nous avons besoin de la part des géants pharmaceutiques ou de l’UE sur la renonciation aux droits de propriété intellectuelle  », a déclaré un dirigeant de la société civile.

Cependant, il pourrait y avoir des développements sur les investissements européens dans les sites de production de vaccins en Afrique. Le président sénégalais Sall, le président rwandais Paul Kagame et le président ghanéen Nana Akufo Addo doivent rencontrer le géant pharmaceutique BioNTech à Marbourg mercredi prochain.

Il existe également des signes de développement de l’industrie de la production pharmaceutique en Afrique. L’Afrique du Sud a récemment produit son premier lot de vaccins Moderna.

L'UE promet à l'Afrique plus de 150 milliards d'euros d'investissements

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé jeudi 10 février à Dakar que l’Europe comptait mobiliser plus de 150 milliards d’euros d’investissements en Afrique dans les prochaines années.

Préoccupations en matière de sécurité

Ailleurs, la sécurité et la défense risquent de devenir un facteur de déraillement. L’UE est de plus en plus préoccupée quant à l’avenir de la mission Amisom anti-Al Shabaab en Somalie, tandis que le statut de la mission militaire dirigée par l’UE et la France au Sahel est de plus en plus fragile, à la suite d’une série de coups d’État militaires récents dans la région.

Le Mali, la Guinée, le Soudan et le Burkina Faso ont tous été suspendus de l’UA au cours de l’année écoulée après que leurs gouvernements ont été renversés par les militaires.

Lors du sommet de l’Union africaine qui s’est tenu ce week-end dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, tous les dirigeants ont «  condamné sans équivoque la vague de changements anticonstitutionnels de gouvernement  », a déclaré le chef du Conseil de paix et de sécurité de l’UA, Bankole Adeoye.

Lors d’un voyage en Afrique de l’Est début février, Josep Borrell, haut représentant de l’UE pour les Affaires étrangères, a prévenu que la structure et le mandat de l’Amisom devaient être réformés si l’UE voulait continuer à la financer.

Lors du sommet, les deux parties devront s’accorder sur le texte d’une architecture de sécurité et de stabilité Afrique-Europe, un engagement commun visant à renforcer les capacités africaines et à soutenir les opérations de paix africaines. Toutefois, il s’agit principalement de réitérer les efforts existants en matière de défense et de sécurité.

Il convient également de surveiller, et c’est important pour la crédibilité du sommet, le nombre de dirigeants africains qui seront physiquement présents.

La confiance a été fortement entamée par la pandémie, les plaintes largement répandues en Afrique concernant la thésaurisation des vaccins par l’UE étant aggravées par les interdictions de voyager imposées aux États d’Afrique australe après la découverte, en novembre, du variant Omicron.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, qui a accusé l’UE d’«  apartheid vaccinale  », au grand dam de l’Union, devrait être le «  no show  » le plus en vue. Le Nigeria et le Kenya ont également laissé entendre que leurs chefs d’État ne participeraient pas au sommet en personne.

Il est probable que les dirigeants africains expriment davantage de colère à l’égard de leurs homologues européens.

«  Il y a toujours un profond manque d’équilibre dans le partenariat  », a déclaré une source proche des organisateurs aux du sommet. «  Nous finissons par dissimuler les tensions sous-jacentes  ».

«  A mon avis, ce sera « business as usual » mais avec beaucoup de bonnes intentions  », a-t-il ajouté.

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