Tajani défend un «plan Marshall» pour l’Afrique

Le président tunisien Béji Caid Essebsi rencontrait Antonio Tajani, président du Parlement européen, à Tunis, le 31 octobre. [EFE/ Presidencia de Túnez]

Le président du Parlement européen, Antonio Tajani, a défendu la mise en place d’un plan Marshall pour l’Afrique, qui permette le développement économique et social du continent mais aussi de réguler les flux migratoires vers l’Europe, lors d’une visite de deux jours à Tunis. Un article d’Euroefe.

Lors de sa visite les 30 et 31 octobre en Tunisie, Antonio Tajani, le président du Parlement européen, a rencontré le président tunisien, Beji Caid Essebsi, et a insisté sur le fait que la coopération avec les pays riverains en matière de terrorisme, de contrôles frontaliers et de déradicalisation était clé pour la sécurité en Europe.

« L’Europe doit choisir la voie d’un véritable plan Marshall pour l’Afrique, c’est-à-dire qu’elle doit investir au moins 40 milliards d’euros et créer un effet de levier pour créer 400 milliards d’euros pour le développement de l’Afrique », a affirmé Antonio Tajani.

« Il faut essayer de comprendre pourquoi des milliers et bientôt des millions de personnes quittent leur pays pour arriver dans le vôtre ou dans les nôtres : le changement climatique, le désert qui dévore l’agriculture, la famine, la sècheresse, la guerre, la pauvreté et l’accroissement démographique », a-t-il souligné.

Stabilité pour l’Europe

Une explosion démographique qui, selon le politique italien, fera « qu’en 2050, nous aurons en Afrique 2,5 milliards d’hommes et de femmes, la plupart des jeunes, à qui il faudra donner une chance pour leur avenir dans leur pays d’origine ».

« La croissance de l’Afrique n’est pas liée à l’investissement chinois, ça c’est autre chose. La Chine est là pour faire des affaires. C’est un devoir pour nous, de mener à bien des accords politiques, car la stabilité et la croissance de l’Afrique c’est aussi la stabilité et la croissance de l’Europe », a-t-il affirmé.

« La paix, la stabilité et le travail des jeunes sont importants, surtout dans votre pays, pour éviter que le rêve de trouver un travail ne se transforme en déception qui les pousse à l’extrémisme ou à abandonner leur pays. Nous devons tous réduire le chômage chez les jeunes. C’est notre priorité », a-t-il soutenu.

Lors d’une allocution devant le parlement tunisien, Antonio Tajani a déclaré que le pragmatisme et la diplomatie économique étaient les piliers de la lutte contre l’immigration illégale et que la coopération bilatérale était l’antidote à la radicalisation et au terrorisme.

Pour lui, la stabilité politique en Libye et la surveillance des djihadistes rentrés sont la pierre angulaire de la sécurité en Méditerranée. À cet égard, il a prévenu que la stabilité de ce pays ne serait possible que via une solution politique, tout en rappelant que « la sécurité de la Tunisie signifiait aussi la sécurité de l’Europe ».

« L’UE doit s’impliquer dans la mécanisation agricole de l’Afrique »

La mécanisation de l’agriculture africaine est un chantier prioritaire sur le continent, où 70% de la population vit encore de l’agriculture familiale, selon Josef Kienzle de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Contrôle strict des djihadistes

« La lutte contre le terrorisme consiste aussi en un contrôle strict de ceux qui reviennent, qui se mélangent aux immigrants pour traverser votre pays, pour rester ici ou se rendre en Europe, pour poursuivre leur horrible travail », a-t-il précisé en conférence de presse.

À ce sujet, Antonio Tajani a réitéré l’obligation commune de « renforcer le contrôle, tant du côté tunisien que du côté européen » et souligné que « le problème de l’immigration ne pouvait pas se régler seulement avec des murs, mais plutôt avec une stratégie politique qui doit être à la fois européenne et africaine. »

« La Tunisie, qui est un pays de transit, contrôle sa frontière avec la Libye. Je remercie le pays pour ce qu’il fait, pour le renforcement de la paix en Libye, qui est crucial pour la stabilité de la région Méditerranée », a-t-il conclu.

Après la visite protocolaire au Parlement, Antonio Tajani s’est rendu au musée national du Bado, où il a rendu hommage aux 22 victimes de l’attentat perpétré en mars 2015 par un commando associé à l’organisation de l’État islamique.

Même si la situation économique était déjà critique à l’époque, ces attentats ont aggravé la blessure qui menace aujourd’hui la transition politique de la Tunisie, seule survivante du « printemps arabe ».

La chute du tourisme – une des principales sources de richesses du pays –  et le climat d’incertitude pour les investisseurs, associés à la lenteur et fragilité des réformes socioéconomiques et à la présence écrasante de la corruption maintiennent le pays sur le fil du rasoir.

Selon le dernier rapport du Soufan Center, en lien avec le FBI et la CIA, la Tunisie est le quatrième pays au monde en termes de combattants étrangers, après la Russie, l’Arabie saoudite et la Jordanie.

Sur les 2 986 combattants, environ 800 sont rentrés au pays, alors que plusieurs centaines se seraient rendus en Libye voisine.

En plus d’un contrôle plus strict des frontières, Antonio Tajani a proposé à Tunis une plus grande collaboration entre les services de renseignement, ouvrant la possibilité à une plus grande présence d’Europol.

L'Allemagne propose un « Plan Marshall » controversé pour l'Afrique

Optimisme ou scepticisme : le « plan Marshall » de l’Allemagne pour l’Afrique ne fait pas l’unanimité. Certains estiment qu’il s’agit de la panacée aux vieux problèmes de développement du continent, d’autres remettent en cause les véritables intentions de Berlin. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Instabilité en Libye

Antonio Tajani a fait part de l’extrême préoccupation de l’Europe vis-à-vis de l’instabilité de la Libye, pays qui s’est transformé en État failli depuis 2011, lorsque l’OTAN a contribué à la victoire des rebelles sur la dictature de Mouammar Kadhafi.

Le responsable italien, membre du parti conservateur « Forza Italia » reconnaît que la mort du tyran était une erreur et appelle les Européens a placé les intérêts de l’UE au-dessus des ambitions nationales pour ne pas répéter ces erreurs.

« Il est important que la Commission européenne et le Parlement se décident à parler d’une seule voix. Les différents pays de l’UE doivent discuter pour renforcer une politique européenne », a-t-il affirmé.

Antonio Tajani plaide pour un accord-cadre, sous la tutelle de l’ONU, qui réunirait toutes les parties concernées par le conflit, y compris le maréchal controversé Khalifa Haftar, ancien allié du dictateur.

Recruté par la CIA dans les années 1980 et devenu son principal opposant en exil, le militaire est revenu en Libye au début du soulèvement en 2011 et a fait campagne parmi les rebelles jusqu’à devenir l’homme fort du pays.

« Il faut trouver une solution avec l’ONU pour laisser agir Khalifa Haftar, qui n’est pas reconnu par l’ONU, mais qui joue un rôle important. Nous pourrions donner le pouvoir politique à Tripoli et le pouvoir militaire à Haftar », a-t-il affirmé.

« Il faut trouver une solution pour faire asseoir toutes les parties autour de la même table. C’est difficile, car chacune veut gagner, mais c’est à nous d’empêcher qu’elles s’attaquent entre elles », a-t-il conclu.

«La Francophonie des affaires, une chance pour nos entreprises»

Casablanca accueille ces 4 et 5 Mai 2017 Hub Africa, la plateforme de solutions dédiées aux entrepreneurs, investisseurs en Afrique. Une contribution de Pape Landing Mane, président du CJD International pour notre partenaire, La Tribune.