Taxe carbone européenne : Hedegaard n’hésite pas à s’imposer

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Cet article fait partie de l'édition spéciale European Business Summit.

Ne taxez pas ce que vous payez, taxez ce que vous dépensez. Dans un entretien avec EURACTIV, la commissaire de l'UE à l'action climatique  Connie Hedegaard n'hésite pas à peser de tout son poids en faveur d'une taxe carbone européenne et affirme que l'Europe doit rester l'acteur principal des négociations internationales.

Capitalisant sur l'expérience qu'elle a accumulée au Danemark, qui depuis longtemps taxe la teneur en CO2 des carburants, Mme Hedegaard a affirmé que la taxe carbone devrait être l'un des outils qui encourage les gens à consommer moins d'énergie.

Elle s'exprimait en amont de l'European Business Summit à Bruxelles cette semaine, lors duquel elle apparaîtra avec Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la CCNUCC à l'occasion d'une session consacrée au changement climatique.

Si vous faites cela intelligemment, vous pouvez obtenir de nombreux résultats grâce à la fiscalité énergétique, a déclaré Mme Hedegaard suite à un débat avec ses collègues commissaires la semaine dernière sur la révision de la directive sur la fiscalité énergétique.

La commissaire a expliqué que taxer l'énergie plutôt que le travail semblait logique pour encourager les gens à rester plus longtemps sur le marché du travail et également pour trouver des moyens de financer les sociétés de bien être relativement coûteuses de l'Europe.

Bien entendu, cela ne doit pas seulement consister à générer de l'argent mais aussi à amener les gens à faire les choses différemment, a-t-elle ajouté.

Le secteur agricole, par exemple, devrait être concerné par cette taxe puisqu'il n'est pas couvert pour le moment par le système d'échange d'émissions pour le dioxyde de carbone. Elle a affirmé qu'une taxe pourrait inciter les agriculteurs à explorer des possibilités comme le biogaz.

30 % ou pas ?

L'hypothèse d'une taxe carbone était l'une des options politiques envisagées dans le document présenté par la Commission européenne en mai, qui affirmait que l'UE pouvait se permettre de relever son objectif de réduction à 30 % d'ici 2020 au lieu des actuels 20 %.

Elle a mis en avant le fait que les conséquences économiques du relèvement de l'objectif de l'UE n'avaient pas été analysées lorsque l'UE s'était engagée à relever ses ambitions dans l'hypothèse où les autres pays développés s'engageraient de manière similaire.

La prochaine étape qu'il nous faut franchir avant d'aller plus loin, c'est de coopérer avec les Etats membres pour analyser quelles seront les conséquences d'un tel objectif pour eux puisque les coûts et bénéfices potentiels ne sont pas partagés de manière équilibrée, a expliqué la commissaire.

Elle a rejeté les critiques selon lesquelles elle avait cédé aux pressions en échouant à imposer une initiative unilatérale de 30 %, affirmant qu'il n'avait jamais été dans l'intention de la Commission de changer la stratégie européenne de promesse conditionnelle.

Mais malgré les efforts de l'exécutif européen de rendre ses évaluations à temps pour la conférence climatique de l'ONU à Cancun à la fin de l'année, ceci pourrait ne pas être possible alors que les Etats membres ferment les portes de leurs administrations pour les vacances d'été, a indiqué Mme Hedegaard.

Le timing est très serré mais nous essayons d'en faire le plus possible avant Cancun et ensuite avoir un très fort dialogue avec les Etats membres, a-t-elle dit.

Toutefois, elle a averti que l'Europe ne devait pas se montrer suffisante concernant son leadership en matière de protection climatique, déclarant que depuis l'an dernier, des économies importantes comme la Chine, la Russie, l'Inde, le Mexique et le Brésil avaient fixé des objectifs pour rendre leurs économies plus durables.

Nous jouerons un jeu très différent ces cinq à dix prochaines années, par rapport à ce que nous avions l'habitude de connaître maintenant que le reste du monde s'est réveillé et s'est fixé des objectifs domestiques après Copenhague, a-t-elle prévenu.

En effet, l'UE n'ira pas à Cancun avec le même discours qu'à Copenhague, où les dirigeants européens avaient dit qu'il n'y aurait pas d'autres occasions d'adopter un nouveau traité climatique, a souligné la commissaire au climat.

Si vous disiez que tout ce que l'on n'a pas obtenu à Copenhague doit être obtenu à Cancun, alors vous pourriez courir le risque de ne rien conclure du tout, a-t-elle dit. Au contraire, elle estime que Cancun devrait rechercher un accord sur des questions essentielles comme la sylviculture, l'adaptation et le financement rapide, et continuer à négocier sur la forme juridique en Afrique du Sud en 2011, après que les pays en développement aient vu ce qu'ils pouvaient obtenir.

Soyons honnêtes, combien de rencontres du G2 y a-t-il eu entre la Chine et les Etats-Unis l'an dernier pour discuter de la forme juridique sans se mettre d'accord ? a déclaré Mme Hedegaard, soulignant que cela allait nécessiter au moins de nouveaux signaux de la part de Washington et Pékin pour imaginer que des questions fondamentales soient résolues à Cancun.

Parler des approches sectorielles avec la Chine

Bien qu'elle ait donné du fil à retordre aux pays industrialisés autour de la table des négociations, la Chine se rapproche tranquillement de ses objectifs, a déclaré Mme Hedegaard.

La commissaire danoise a révélé que l'UE allait commencer ses négociations avec les Chinois sur le développement d'approches industrielles pour la réduction d'émissions début juillet.

J'ai proposé cela au ministre chinois fin avril et je pensais qu'il allait juste répondre "non", mais il a dit que cela pouvait être une bonne idée, a expliqué la commissaire, ajoutant que la Chine se penchait sur plusieurs secteurs comme le ciment, l'aluminium ou l'acier.

Elle a ajouté qu'alors que la Chine devait augmenter de manière considérable son efficacité énergétique dans ces secteurs intensifs en énergie pour remplir ses objectifs domestiques, ce sont aussi les secteurs en Europe qui sont les plus exposés à la concurrence étrangère.

Il s'agit donc d'un bon exemple. Si nous parvenons à coopérer avec les Chinois pour développer des approches sectorielles, cela sera bénéfique pour les deux parties, a-t-elle expliqué en substance.

Connie Hedegaard s'est confiée à Susanna Ala-Kurikkaet Daniela Vincenti-Mitchener.

Pour lire l'entretien dans son intégralité, cliquez ici.

Le 26 mai 2010, la commissaire à l'action climatique Connie Hedegaard a présenté une communication analysant les options visant à relever l'objectif européen de réduction d'émissions de 20 % à 30 % par rapport aux niveaux de 1990.

Elle a conclu que la récession avait rabaissé les coûts de la réduction des émissions de manière considérable. Dès lors, parvenir à 30 % coûterait seulement 11 milliards d'euros de plus que ce qui était estimé pour l'objectif de 20 % il y a deux ans (EURACTIV 27/05/10).

Le 26 mai 2010, la commissaire à l'action climatique Connie Hedegaard a présenté une communication analysant les options visant à relever l'objectif européen de réduction d'émissions de 20 % à 30 % par rapport aux niveaux de 1990.

Elle a conclu que la récession avait rabaissé les coûts de la réduction des émissions de manière considérable. Dès lors, parvenir à 30 % coûterait seulement 11 milliards d'euros de plus que ce qui était estimé pour l'objectif de 20 % il y a deux ans (EURACTIV 27/05/10).

Ce document affirmait que l'introduction d'une taxe carbone dans des secteurs non couverts par le système d'échange d'émissions de l'UE pourrait être une bonne option pour se diriger vers un objectif plus élevé.

Le 23 juin, le commissaire à la fiscalité et à l'union douanière Algirdas Šemeta a lancé un débat sur la révision de la directive sur la fiscalité énergétique pour mettre en place une taxe sur la teneur en carbone des carburants. Il lui a été demandé de préparer une analyse d'impact avant de faire une quelconque proposition (EURACTIV 25/06/10).

Ce document affirmait que l'introduction d'une taxe carbone dans des secteurs non couverts par le système d'échange d'émissions de l'UE pourrait être une bonne option pour se diriger vers un objectif plus élevé.

Le 23 juin, le commissaire à la fiscalité et à l'union douanière Algirdas Šemeta a lancé un débat sur la révision de la directive sur la fiscalité énergétique pour mettre en place une taxe sur la teneur en carbone des carburants. Il lui a été demandé de préparer une analyse d'impact avant de faire une quelconque proposition (EURACTIV 25/06/10).

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